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Angle mort
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Le blogue de Steve Proulx. Jetez-y un oeil de temps en temps. C'est plus prudent.
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Donner un livre
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Comme le veut la tradition, cette année encore on déplorera l'enflure consommatoire entourant Noël. Tant qu'à toujours radoter autour de la même rengaine, on devrait en faire un cantique.
J'y pense, quelqu'un l'a déjà fait. Joel Kroeker. La chanson s'intitule Buy Nothing At All. On peut la télécharger gratuitement: buynothingchristmas.org.
Comme plusieurs, cela fait un bail que la surconsommation des Fêtes me dégoûte.
Or, j'ai déjà voulu, dans ma famille, purger Noël de ses cadeaux. Ce fut un lamentable échec. L'idée n'a pas passé l'épreuve du terrain. Le rituel d'acheter des présents à la fête de Jésus est trop bien programmé. À-Noël-il-faut-matérialiser-son-amour-pour-son-père-à-travers-un-jeu-de-douilles-Mastercraft. À-Noël-il-faut-honorer-sa-mère-avec-une-couverture-à-manches-Snuggy. Ainsi de suite.
Par conséquent, je ne pense pas voir un Noël sans cadeaux de mon vivant. Toujours est-il qu'à défaut de pouvoir vaincre le magasinage des Fêtes, j'ai décidé de m'y joindre. Mais à ma façon.
Désormais, je n'offre que des livres. Même à ceux qui ne lisent pas beaucoup. M'en fous. Leur donne un livre pareil. Dans le bas de Noël: un livre. Sous le sapin: un livre. Pour l'échange de cadeaux: un livre à moins de 25 $.
C'est que le livre est le cadeau parfait.
Il est écolo. Biodégradable, recyclable et souvent fabriqué à partir de papier recyclé, aucun livre n'a été testé sur les animaux ni ne figure sur la liste des résidus domestiques dangereux.
Il est équitable. En particulier s'il s'agit d'un livre d'ici. En achetant un livre, on ne finance aucune multinationale qui engage des enfants dans des ateliers de misère au Bangladesh. En revanche, on aide un auteur à vivre de sa plume. Au Québec, moins de 10 % des écrivains comptent sur leurs droits d'auteur comme principale source de revenus.
Il est durable. Je possède encore des livres reçus à l'âge de 12 ans. Je pense à Chronique du 20e siècle, cet énorme volume de 1400 pages qui a nourri mon amour pour l'Histoire. J'avais commencé à le lire à partir de la page 1, juste pour me lancer le défi d'avaler au complet un si gros bouquin. Je ne l'ai pas encore terminé.
Donner un livre est un geste politique. Ce ne sont que les pays totalitaires qui en brûlent. En le distribuant, on célèbre plutôt notre liberté de lire, d'écrire, de penser.
Donner un livre est un geste moderne. Dany Laferrière, à Tout le monde en parle: "Dans le métro, tu ouvres un livre et tu convoques Socrate." Quelle technologie, tout de même...
Donner un livre, c'est aussi enrichir ceux qu'on aime. On apprend beaucoup d'une personne en regardant le contenu de sa bibliothèque. Vous essayerez, pour voir. Ainsi, donner un livre à quelqu'un, c'est en quelque sorte enrichir sa personnalité en lui offrant un ouvrage qui nous fait penser à lui.
Le livre est un cadeau riche, noble, significatif, humain.
Bien entendu, en ne donnant que des livres, je n'espère pas viser dans le mille à tous coups.
Il est possible que, de temps en temps, j'offre à quelqu'un un ouvrage qui ne lui plaira pas du tout. Qu'importe. Si j'ai à décevoir, j'aime mieux décevoir avec un livre plutôt qu'avec un ensemble de fourchettes à fondue acheté chez Pier1 Import.
Je ne m'attends pas non plus à faire des économies en n'achetant que des livres. La facture monte vite. Qu'importe. Si j'ai à faire monter le solde de ma carte de crédit, j'aime mieux le faire monter avec des livres qu'avec des papillotes Starfrit pour cuire les légumes à la vapeur.
Et tant qu'à retrouver mon cadeau deux ans plus tard dans une vente-débarras, j'aime mieux que ce soit un livre plutôt qu'un AbRoller.
Si, à Noël, on a à ce point besoin de matérialiser notre amour pour autrui dans un objet, aussi bien que ce soit dans un livre.
Devinez maintenant ce que je ferai ce week-end au Salon du livre de Montréal.
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Si vous n'avez personne à qui offrir un livre en cadeau, comblez un enfant pauvre. L'an dernier, 29 614 enfants défavorisés ont reçu un livre neuf grâce au programme Lecture en cadeau de la Fondation pour l'alphabétisation.
Offrir un livre à un enfant défavorisé, c'est prendre le risque qu'un objet de culture et de savoir traîne chez lui. C'est distribuer chez les moins nantis des protéines pour la tête.
Et je me plais à imaginer que, dans certaines familles, le livre servira à mettre à niveau une table bancale. Et que peut-être, comme dans le film Léolo, un gamin osera un jour mettre le nez dedans...
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Le Nouvel Ordre mondial
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Il y a de ces semaines où l'actualité prend des airs d'apocalypse.
Des enfants qui braillent à la une des journaux. Des files d'attente interminables. Des parents courroucés d'avoir été abandonnés là, pendant des heures, sur un terrain vague, sous la pluie, dans le froid, avant d'apprendre qu'ils ne pourront pas, en fin de compte, recevoir le précieux vaccin.
Ces milliers de gens, depuis les dernières semaines, se sont déplacés dans un centre de vaccination avec, au fond de l'âme, une certaine peur de la mort. Une peur nourrie par les autorités locales et les médias. Les médias. Les maudits médias...
On patauge en pleine psychose collective.
"Attention! La pandémie!" "Lavez-vous les mains! La pandémie!" "Toussez dans votre manche! La pandémie!" "Isolez vos enfants qui toussent! La pandémie!"
J'ai dû prendre l'autobus l'autre jour. Angoisse grave. Toute cette promiscuité. Ce nid à microbes qui roule au biodiésel. Heureusement, j'ai survécu.
Au fond du bus, il y avait un jeune. Le genre Ti-Jos Connaissant qui parle assez fort pour que tout le monde l'entende. "De toute façon, a-t-il lancé aux filles qu'il tentait d'impressionner, tout le monde sait que la grippe H1N1, comme le sida et le SRAS, a été créée en laboratoire par les compagnies pharmaceutiques."
Ah... Douce sérénade conspirationniste!
Les airs d'apocalypse de nos bulletins de nouvelles ne seraient pas les mêmes sans nos prolifiques prophètes de malheur. Ces exquis fournisseurs de complots variés. Ces vendeurs de livres mal écrits, de DVD mal tournés. Ces pondeurs de textes interminables, décousus et bourrés de fautes.
C'est immanquable. Chaque fois qu'un événement majeur survient, un de ces illuminés sort de sa torpeur et met son imaginaire à spin pour le salut de l'humanité.
Oui, la grippe A (H1N1) est un génocide "médicalement assisté", orchestré par les entreprises pharmaceutiques, elles-mêmes sous l'emprise du célèbre Nouvel Ordre mondial, ce comité secret dont l'objectif, depuis la chute du bloc soviétique, vise la réduction de la population mondiale, et éventuellement l'instauration d'un gouvernement global.
Prenez n'importe quelle catastrophe moderne, et vous trouverez quelqu'un pour vous démontrer A+B que c'est en fait l'œuvre du Nouvel Ordre mondial.
Le 11 septembre 2001? Nouvel Ordre mondial. C'est flagrant. Le tsunami de 2004, l'ouragan Katrina et les super-catastrophes naturelles? Encore un coup du Nouvel Ordre mondial (le projet HAARP, ça vous dit quelque chose?). Même l'élection de Barack Obama, une catastrophe pour certains, aurait été fomentée par le Nouvel Ordre mondial. Les preuves sont là.
Pierre-André Taguieff, auteur de La Foire aux "illuminés", un essai portant sur les théories du complot, avance que le conspirationnisme actuel est une forme de religion de substitution. Dans une société qui se désacralise et qui sombre, chemin faisant, dans les méandres de l'incertitude, "l'idée de complot permet à l'homme démocratique en mal de repères de s'orienter".
Le porte-parole des Sceptiques du Québec, Pierre Cloutier, compare aussi la foi inébranlable des conspirationnistes à la foi en Dieu. "On dirait que certaines personnes ont remplacé Dieu par ça, le Nouvel Ordre mondial."
Les deux entités partagent d'ailleurs certains traits: puissances intangibles, immanentes, qui ne laissent rien au hasard. "Les croyants ne sont jamais ébranlés par ce que Dieu fait, dit Pierre Cloutier. Tout, même ce qui les répugne, est la volonté de Dieu, point." Idem chez les adhérents à la théorie du Nouvel Ordre mondial.
Le Dieu de remplacement qu'est le Nouvel Ordre mondial est une force occulte par ailleurs tout à fait cohérente avec notre monde actuel. C'est le Dieu vengeur de notre société organisée, surmédiatisée, néolibérale. Le Nouvel Ordre mondial, c'est une institution froide, gigantesque, opaque. C'est un C.A. secret composé de puissants de ce monde. En catimini, ces gens-là emploient tous les moyens à leur disposition (et Dieu sait qu'ils en ont) pour mettre l'humanité au pas.
Aujourd'hui, c'est une campagne de vaccination. Demain, ce sera autre chose.
Heureusement, on achève. Le 21 décembre 2012, c'est bien connu, ce sera la fin du monde...
À moins, bien sûr, que tout ce délire entourant la fin du calendrier maya ne soit qu'un autre fin stratagème du Nouvel Ordre mondial pour détourner l'attention publique pendant qu'il planifie son prochain plan machiavélique...
Ça ne m'étonnerait pas du tout.
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Dubois qui s'enfonce
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Oh que je suis d'accord avec la conclusion de Lagacé, qui depuis deux jours fait passer Claude Dubois pour Claude Ducon avec des arguments massues. La conclusion de son dernier texte.
Claude Dubois est la preuve sur deux pattes que lorsqu'une personnalité
publique est dans la merde, elle devrait embaucher une firme de
relations publiques compétente pour gérer une crise semblable et
qu'est-ce que ça dit une firme de relations publiques dans une
situation comme celle-là, généralement?
Ça conseille de s'excuser.
J'irais même plus loin. J'ai croisé l'autre jour Steve Flanagan, le visage d'Hydro-Québec pendant la crise du verglas, qui est aujourd'hui consultant en relations publiques spécialisés dans les gestions de crises. Voici son blogue.
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Stéphane Laporte, journaliste?
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Étrangement, celui qui domine en ce moment le premier round du tournoi du pire journaliste au Québec organisé par La Clique du Plateau est le fantaisiste de La Presse, Stéphane Laporte, avec 34% des voix. Commentaire gratuit et méchant: c'est 30% de plus que ce que je lui aurais donné depuis longtemps si j'étais patron du quotidien de Gesca.
*
Et, en passant, le magazine que je dirige, le Trente, vient tout juste de lancer son blogue. Sur Trente.ca, de l'info sur l'info au Québec, tous les jours. Allez y faire un tour! Une bonne main d'applaudissement pour Christian Duperron, nouveau rédacteur en chef Web du Trente, qui a rendu ce blogue possible!
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Allez voir sur Internet!
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Excellente réplique entendue hier à l'émission Enquête, lancée par une certaine Guylaine Lanctôt, conférencière anti-vaccin qui gagne sa vie à vendre des DVD et des livres afin d'informer la population des dangers des vaccins:
"Vous me croyez pas? Allez voir sur Internet!"
Quant à moi, ça résume tout.
*** Le monde selon Guylaine Lanctôt, une entrevue des Sceptiques du Québec.
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C'est beau à voir
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Je vous dis que c'est beau à voir.
Fin septembre, un journaliste de RueFrontenac.com , Fabrice de Pierrebourg, révélait des rencontres douteuses entre Benoît Labonté, chef de l'opposition officielle à la Ville de Montréal, et le fameux entrepreneur Tony Accurso (celui qu'il vaut mieux ne pas avoir dans ses amis Facebook, par les temps qui courent, si l'on aspire à une carrière politique).
Quelques jours plus tard, une journaliste de Radio-Canada, Marie-Maude Denis, tirait les vers du nez de Labonté, fraîchement évincé du parti de Louise Harel. Celui qui venait à peine de mentir effrontément à la population, en réfutant les allégations de RueFrontenac.com , a finalement tout déballé.
Beau à voir.
Depuis quelques semaines, pas une journée ne s'écoule sans qu'un journaliste nous sorte de son sac à scoops une magouille puante liée au monde de la construction et de la politique municipale.
Ces révélations à la mitrailleuse ont complètement occulté les autres dossiers de la dernière campagne électorale municipale, et forcé les candidats à la mairie à promettre toute une cargaison de mesures pour ramener l'éthique à l'Hôtel de Ville.
Je vous dis que c'est beau à voir, les amis.
Et n'en doutez point, des exclusivités croustillantes qui font rouler des têtes corrompues, il y en a encore dans les fourneaux des journalistes.
Pour Fabrice de Pierrebourg, le cas Labonté était un hors-d'œuvre. Pour la suite, il entend démontrer qu'il existe au Québec une "petite clique de mercenaires électoraux". "Au fil des années, dit-il, on retrouve leurs noms associés à plusieurs partis, tant au municipal qu'au provincial, mais plus intéressant encore, au fédéral."
D'ailleurs, souligne-t-il, la grosse histoire risque de se passer au niveau fédéral. Stay tuned, comme on dit.
Il est réjouissant de constater, ces derniers jours, le triomphe du journalisme d'enquête. On serait même tenté de dire que la profession traverse en ce moment une sorte de lune de miel avec le public.
Tenez, il y a ce baromètre des médias de la Chaire de recherche en éthique du journalisme (CREJ) de l'Université d'Ottawa, publié la semaine dernière, qui nous annonce que le public québécois accorde une confiance élevée aux journalistes.
Ça nous change des précédentes études qui plaçaient la crédibilité des supposés chiens de garde de la démocratie quasiment nez à nez avec celle des agents immobiliers.
Pour établir la crédibilité des médias, le sondage de la CREJ a posé la question suivante à 1000 personnes: "Les choses se sont-elles passées vraiment, à peu près, pas mal différemment ou pas du tout comme le racontent les médias?"
Au Québec? Tenez-vous bien: 82 % des gens sondés pensent que les choses se sont passées vraiment ou à peu près comme on l'a raconté à la télévision. 75 % pensent la même chose des journaux et 74 % de la radio. Les nouvelles lues sur Internet ferment la marche avec un taux de crédibilité de 56 %.
C'est élevé. Étonnamment élevé.
Le journal La Croix pose cette même question aux citoyens français depuis 1987, et les résultats n'ont jamais dépassé 66 %.
La firme de relations publiques Edelman a récemment mené un sondage semblable à travers le monde. Elle est parvenue à des résultats assez différents. Au Canada, 37 % des gens font confiance aux médias; aux États-Unis, un maigre 25 %.
Comment expliquer les résultats du baromètre de la CREJ?
Hypothèse: le sondage a été réalisé entre le 15 et le 25 octobre dernier, soit au plus fort des révélations au sujet de Benoît Labonté et de la corruption à l'Hôtel de Ville.
"Est-ce que ces événements ont aidé la réputation des journalistes? demande l'auteur de l'étude, Marc-François Bernier. Probablement. Et tant mieux pour eux."
D'autant plus qu'il est assez ironique de constater que ce regain momentané de confiance envers les journalistes survient au moment même où la profession traverse une de ses pires crises existentielles.
Au prochain congrès de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, on débattra même de la question du financement public du journalisme.
Ça risque d'être beau à voir, ça aussi.
Pendant que le vieux modèle d'affaires de la presse écrite vole en éclats, que l'on exige des journalistes de bloguer, de twitter, d'informer le plus vite possible (et surtout, que ça coûte le moins cher possible), un sondage comme celui de la CREJ est un beau rappel à l'ordre.
Il rappelle aux médias que ce que le public attend vraiment d'eux, ce sont des scoops gros comme le yacht de Tony Accurso.
Si on a l'ambition de vendre de l'information à ce même public, il faudrait commencer par lui donner ce qu'il veut.
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Accoucher normalement
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Le jeudi 15 octobre, un peu avant 3600 secondes d'extase, je suis devenu deux choses: un papa et le fan numéro 1 des sages-femmes.
Depuis que Romane est née, on se pince chaque jour, ma blonde et moi, pour croire qu'on a eu la chance d'accoucher dans le confort de notre foyer.
Au Québec, c'est un luxe rare. À peine 2 % des femmes accouchent avec une sage-femme et encore moins le font à domicile.
Parce que dans l'esprit d'à peu près tout le monde en Amérique du Nord, un bébé, ça sort d'un hôpital. Et un accouchement, c'est une femme flanquée sur le dos, les jambes en l'air, le visage déformé par la douleur, qui interprète la bande-son d'un film d'horreur en écrasant les phalanges de son conjoint livide, pendant que des étrangers habillés en vert crient: "Poussez! Poussez, Madame!"
Pour traverser ce tunnel de souffrances, on a forcément besoin d'un soutien pharmacologique. D'ailleurs, ai-je appris la semaine dernière à l'émission Une pilule, une petite granule, sept femmes sur dix au Québec ont recours à l'épidurale pour contrôler leurs souffrances.
Le pire, c'est que dans notre société moderne, on en est venu à penser que ce genre d'accouchement-cauchemar est parfaitement normal. Vraiment?
Ma blonde a voulu accoucher avec une sage-femme, à la maison, dans l'eau. C'était sa décision à elle. Elle a osé quelque chose de différent. Mais parce que le monde préfère la "normalité", ma blonde et moi avons dû rassurer tous ceux qui nous aiment, qui pensaient qu'on jouait avec la vie de notre enfant en accouchant avec une sage-femme. Il aura aussi fallu trouver des réponses à toutes les angoisses, à commencer par les nôtres: "Et s'il y a des complications?"; "Et si le bébé a le cordon autour du cou?"; "Et s'il y a une hémorragie?"; "Et si ça fait trop mal?"
Bien sûr qu'il aurait pu y avoir des problèmes, mais j'ai la conviction que lorsqu'on ambitionne de donner la vie, la moindre des choses, c'est d'avoir confiance en elle, la vie.
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Une sage-femme, ce n'est pas une bonne femme qui débarque avec plein de bonne volonté et des compresses d'eau chaude.
Depuis 10 ans cette année, les nouvelles sages-femmes doivent, pour obtenir un permis de pratique, réussir une formation de quatre ans et se farcir 1740 heures de stage.
Seules les femmes qui ont des grossesses à bas risques peuvent avoir un suivi sage-femme. Et si un problème survient lors de l'accouchement et nécessite un transfert à l'hôpital, tout est en place pour que celui-ci se fasse rapidement et efficacement.
Grâce à toutes ces précautions, plusieurs recherches concluent que, dans le cas d'une grossesse normale, mettre bas dans son salon est aussi sécuritaire qu'accoucher dans un gros centre hospitalier à côté d'une distributrice de Purell.
C'est simplement une question de goût.
Mounia, notre sage-femme, est fine comme tout. Elle a 26 ans et sait tout ce qu'il faut savoir sur l'avant, le pendant et l'après de l'accouchement. Au fil de nos rencontres, elle, ma blonde et moi avons développé un véritable lien de confiance. Un lien d'humain à humain qui m'a réconcilié avec tous ces professionnels de la santé blasés, stressés, épuisés et pressés que j'ai croisés dans ma vie.
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Toujours est-il que le 15 octobre, un peu avant 3600 secondes d'extase, ma blonde a accouché en direct de notre sous-sol, à quatre pattes dans une piscine gonflable. Elle n'a pas hurlé de douleur, elle n'a pas eu l'air possédée du démon et n'a réduit aucune de mes phalanges en purée.
Elle n'a pas non plus eu besoin de quelque antidouleur que ce soit. De toute façon, l'épidurale n'existe pas dans le monde des sages-femmes. À la place, enveloppée dans un nuage d'endorphines, ma blonde s'endormait entre chacune de ses contractions. Elle était magnifique à voir.
Anecdote: chaque contraction, vous allez rire, ma blonde les prenait en disant un grand "Ouuuui!". On est loin de la trame sonore du film d'horreur. On est plus dans l'audio d'un film cochon, mettons.
Et c'est ainsi que Romane est venue au monde dans l'eau.
Après le départ de la sage-femme, on s'est endormis dans notre lit, et le lendemain, on s'est réveillés chez nous. On était une famille.
Cela fait maintenant deux semaines. Ceux qui voient Romane la trouvent étonnamment calme. Paraît que c'est normal. Les bébés qui naissent dans la sérénité seraient juste moins traumatisés par l'accouchement. La mère aussi l'est pas mal moins.
Pour moi, aujourd'hui, c'est ça, un accouchement normal. Et j'en souhaite un à tout le monde.
Merci à Mounia, et à toutes les autres sages-femmes du Québec, pour les bonheurs qu'elles mettent au monde...
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Du vol
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La semaine dernière, je suis allé voir une osthéopathe. Une spécialiste, bardée de diplômes, qui a regardé la posture de notre bébé et nous a donné plein de trucs pour lui garder la colonne vertébrale bien droite, tout en aidant ma blonde pour l'allaitement. Prix pour une heure de consultation: 75$. Ça le vaut amplement.
Toujours la semaine dernière, j'ai fait venir un plombier pour un problème de drain bouché. Une sorte d'Elvis Gratton à l'air de boeuf débarque chez moi, fait deux ou trois sploutches avec son syphon jusqu'à ce que l'eau passe et s'en va en me laissant sa facture. Prix pour dix minutes d'un travail que j'aurais très bien pu faire moi-même si j'avais su: 70$.
Et encore, c'est parce que je me suis choqué et que l'énergumène a dû appeler son boss. Parce qu'en temps normal, ça m'aurait coûté un peu plus de 100$
C'est loin, très loin, d'être ce que ça vaut. C'est du vol.
D'autant plus que le plombier en question n'a absolument pas réglé le problème. Deux jours plus tard, mon drain était encore bien bouché. Et dans le domaine de la plomberie, il semblerait que le débouchage n'est pas garanti. C'est finalement mon père, pas du tout plombier de son métier, qui a réglé mon problème. Voleur et incompétent. Bravo.
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En avez-vous des histoires d'horreur avec des supposés "spécialistes" qui facturent le gros prix sans régler votre problème? On est à l'ère du Web 2.0. Quelqu'un devrait créer un site Internet où chaque plombier, électricien, maçon, tireur de joints, couvreur du Québec serait répertorié, et où les internautes pourraient laisser des commentaires sur la qualité du service qu'ils ont reçu. Ça se fait pour les voyages, pour les profs, pour les médecins (aux États-Unis), pour le servie à la clientèle des produits électroniques... Pourquoi pas pour les corps de métier?
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La nuit, c'est fini
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Désolé pour la rareté de mes billets.
Mes deux dernières semaines ont été un poil occupées. D’abord, j’ai cessé de fumer et je ne bois plus de café.
C’est bien simple, ma seule dépendance désormais est le yogourt Méditerranée de Liberté qui est, selon l’emballage, « riche en plaisirs ». À noter : le mot « plaisirs » est utilisé ici en tant que synonyme de « matières grasses ».
Bref, dans mon cas, n’en déplaise à feu Falardeau, la liberté est vraiment une marque de yogourt.
Ensuite, la semaine dernière, les deux premiers tomes de ma série de romans jeunesse, Le Cratère, ont officiellement envahi les librairies du Québec. J’y travaille depuis deux ans. Je n’en dors plus la nuit tellement j’ai hâte de savoir ce que le public en pensera...
Remarquez, je ne dors plus de toute façon depuis le 15 octobre dernier, soit depuis l’arrivée dans ma vie d’une merveille de huit livres nommée Romane... D'ailleurs, elle vous fait dire "Bonjour!"
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Journalistes en feu
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Dans sa chronique de ce matin dans Le Devoir qui portait sur LE sujet de l’heure, la corruption à l’Hôtel de Ville, Lise Payette m’a enlevé les mots de la bouche.
Il faut être reconnaissants envers les journalistes qui semblent avoir retrouvé d’un seul coup le goût de faire leur métier, un goût qu’ils avaient perdu depuis des années, se consacrant davantage aux chiens écrasés et aux vedettes « pipeule » qu’à l’état de notre démocratie qu’on rabote autant à Ottawa qu’à Québec ou à Montréal. Ils affichaient une paresse qui laissait le champ libre à ceux qui avaient de bien mauvaises intentions. Le quatrième pouvoir a retrouvé le goût de défendre la société. Une nette amélioration.
Et je tiens à rappeler en passant que le scoop sur Labonté vient d’un journaliste en lock-out du Journal de Montréal et que ce « goût de défendre la société » de la part des journalistes, comme l'observe Mme Payette, survient alors que Radio-Canada vient de subir le supplice du couperet et que La Presse menace de cesser sa publication dès le 1er décembre.
Comme quoi avoir la corde au cou, ça motive sa plume dans la plaie...
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Obama et les autres
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Tenez, je vous avais prévenu qu'on ne parlerait que du Prix Nobel de la Paix encore cette année.
Je me joint au reste du monde: décerner le Nobel à Obama après seulement quelques mois de présidence, c'est un peu comme si la Fondation Nobel voulait dire au monde que "c'est l'intention qui compte".
Remarquez, c'est vrai que ça compte, l'intention.
Mais bon, j'avais tendance à croire que les prix Nobel soulignaient les accomplissements...
Cela dit, avant qu'on les oublie, voici les autres Prix Nobel de 2009 (et leurs accomplissements).
- Médecine: Elizabeth H. Blackburn, Carol W. Greider et Jack W. Szostak. Pour leurs études sur l'enzyme qui protège les chromosomes du vieillissement cellulaire.
- Physique: Charles K. Kao, pour ses recherches sur la transmission de la lumière grâce à la fibre optique et Willard S. Boyle et George E. Smith pour l'invention du capteur CCD utilisé notamment dans le domaine de la photographie numérique.
- Chimie: Venkatraman Ramakrishnan, Thomas A. Steitz et Ada E. Yonath. Pour leurs travaux sur les ribosomes.
- Économie: Elinor Ostrom, première femme à recevoir le prix, pour ses travaux sur les biens communs, et Oliver E. Williamson pour ses recherches sur la résolution des conflits dans les entreprises.
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Vive la science
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J'ai beau œuvrer au sein d'un hebdomadaire culturel, à vrai dire je m'intéresse d'abord à la science.
Je dévore régulièrement le Scientific American, The Scientist, Discover; des magazines qui prolongent mes séjours aux cabinets.
J'ai toujours eu un peu honte de parler de mon amour pour la science. Peur de passer pour un ringard, j'imagine.
Je suis également un gros fan de science-fiction. Une passion que je ne partage avec absolument personne de mon entourage, hormis mon beau-père. Lui est pire que moi: il a lu tous les bouquins de sci-fi imaginables. Un vorace.
La semaine dernière, lui et moi sommes allés voir au cinéma le dernier Bruce Willis, Surrogates. C'est loin d'être un grand film de science-fiction - les membres de Voir.ca ne lui ont d'ailleurs décerné que deux étoiles -, mais je trouvais la prémisse invitante.
Synopsis. Dans un futur proche, les gens vivent à travers des marionnettes-robots qui travaillent pour eux, vont à l'épicerie pour eux, baisent pour eux. Une société où plus personne (en chair et en os) ne met le nez dehors, mais où tout le monde se cache derrière un humanoïde correspondant à son idéal physique. Du coup, il n'y a plus de moches, plus de gros, plus de vieillards. Un monde parfait.
Il y avait beaucoup de potentiel derrière cette idée. Beaucoup de thèmes à explorer, sur l'identité, la virtualité, la quête de la perfection.
Malheureusement, Hollywood a tout gâché et nous a servi un autre film de flics, de bagarres et de cascades.
Parce qu'Hollywood ne s'intéresse pas à la science. Encore cette peur d'être ringard, j'imagine.
Mon beau-père avait d'ailleurs ce commentaire fort pertinent au sortir de la représentation: "Les seuls scientifiques qu'on a dû approcher pour ce film, ce sont les gars des effets spéciaux."
C'est classique. Dans le domaine du cinéma de science-fiction, la prémisse est souvent meilleure que l'action. Un autre excellent exemple, Waterworld, avec Kevin Costner (1995).
L'idée de départ avait du bon. À quoi ressemblerait le monde si les changements climatiques avaient fait fondre les glaciers, si le niveau des océans s'était élevé et si les continents étaient engloutis?
En partant de cette simple proposition, on aurait pu raconter un milliard d'histoires fascinantes. On a préféré faire un navet de 175 millions $.
Les artistes québécois non plus ne s'intéressent pas tellement à la science.
D'ailleurs, les œuvres de science-fiction bien de chez nous sont rarissimes.
Mais j'en ai trouvé une sur le Web. C'est une nouvelle série de webtélé intitulée Temps mort ( www.tempsmort.tv ). L'idée? En 2013, un cataclysme survient et l'hiver ne s'arrête plus jamais... Vous irez voir.
Tout ceci pour dire que j'aime la science.
J'aime la science parce qu'elle m'intrigue. Tellement, en fait, que bien souvent je n'y comprends rien. Prenez le Grand Collisionneur de hadrons, cet accélérateur de particules en forme de tunnel de presque 27 kilomètres de diamètre inauguré l'an dernier à la frontière franco-suisse. Combien d'articles ai-je lu sur le sujet? Pourtant, je ne peux toujours pas vous expliquer dans mes mots à quoi sert exactement cette machine démesurée (et exagérément coûteuse).
Avoir devant moi quelque chose d'aussi énorme que je n'arrive pas à comprendre: j'adore.
Cette semaine, la Fondation Nobel a annoncé le nom des récipiendaires des prix du même nom. Comme d'habitude, on ne retiendra que le gagnant du Nobel de la Paix, seule catégorie récompensant des gens connus tels qu'Al Gore, Jimmy Carter, Kofi Annan, etc.
Les autres, on en parlera peu, ou pas.
Sachez tout de même que le Nobel de médecine cette année sera remis à trois scientifiques américains qui ont découvert comment telle enzyme protège les chromosomes du vieillissement cellulaire. Ils ont étudié une enzyme qui pourrait nous guider vers la jeunesse éternelle. À quand le film?
Les scientifiques, justement... eux, ils m'impressionnent.
Ceux-là ne versent jamais dans le simplisme, le discours binaire ou le célèbre "gros bon sens". Ils ont toujours une nuance à apporter. Ils refusent de trop vite sauter aux conclusions et prennent tout avec des pincettes.
C'est probablement la raison pour laquelle il y a peu de scientifiques dans les shows de chaises à la télé. Quand on veut organiser un débat bien polarisé autour d'une question, on n'invite surtout pas un scientifique. On invite Liza Frulla, Jean Barbe ou un humoriste.
Et on part le kodak.
C'est parce que la télé, cette soi-disant fenêtre sur le monde, n'aime pas non plus la science.
Dommage. Les scientifiques sont pourtant parmi les rares personnes à considérer le monde tel qu'il est vraiment: c'est-à-dire d'une complexité inouïe. *
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Rubrique nécrologique
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C'est immanquable, je ne referme jamais un journal sans avoir au moins jeté un coup d'œil aux avis de décès.
L'habitude me vient de mon père. Courtier d'assurances dans un village à la population limitée, il consultait chaque jour la page des morts, histoire de vérifier si un client, un ami ou un parent d'un ami n'avait pas cessé de respirer la veille.
Et au moins une fois par semaine, sinon plus, il y retrouvait une connaissance.
Bref, j'ai hérité de sa manie. Sauf que moi, dans les rubriques nécrologiques des gros journaux montréalais, je ne connais jamais personne. Peu importe.
J'aime cette mosaïque de photos passeport où les vieux visages prédominent. De temps à autre, on trouve même un centenaire. Des gens nés avant la Grande Guerre... ça m'impressionne toujours de penser qu'ils ont tout vu du 20e siècle.
Parmi les vieillards, se glissent hélas quelques jeunes. 20 ans. Celui-là a mon âge: 32 ans. Je cherche dans le texte de quoi il est mort. "Décédé accidentellement"; probablement d'un accident de la route. Un kid est "décédé tragiquement". C'est une façon de ne pas dire qu'il s'est enlevé la vie avant d'y entrer pour vrai.
Pour l'essentiel, par contre, les rubriques nécrologiques me déçoivent. C'est que j'y cherche quelque chose qui n'y est pas.
Les avis de décès sont des services inclus dans les forfaits funéraires. En les lisant, on imagine très bien l'employé des pompes funèbres s'installer à son PC, sortir son modèle Word "Défunt standard", entrer le lieu et la date de départ du client, ajouter les noms des survivants dans le champ prévu à cet effet, joindre une photo, sauvegarder le document, acheminer le tout au journal local et cocher l'article sur la liste des choses à faire en prévision des funérailles.
Ce qui donne des avis de décès de merde, du genre: "À Saint-Glin-Glin, tel jour, à tel âge, est décédée après un combat contre la maladie Mme Chose, épouse de feu M. Machin. Elle laisse dans le deuil ses sept enfants: Ti-Gus, Ti-Clin, Ti-Coune, Ti-Mine, Ti-Pit, Ti-Boutte et Ti-Proute. N'envoyez pas de fleurs, mais un don à tel organisme serait apprécié."
La vie de Mme Chose s'est-elle résumée à un combat contre la maladie? C'est l'impression qu'on a en lisant le texte: née à Saint-Glin-Glin, mère de sept enfants, elle est tombée malade et elle est morte avant-hier. Fin.
Les avis de décès sont tous bâtis sur le même modèle. Tant et si bien qu'on a comme l'étrange sentiment que toutes les existences sont semblables. On change les noms et l'affaire est ketchup.
Pour bien des gens, l'avis de décès sera pourtant le seul moment dans leur vie où l'on parlera d'eux dans un journal. Pourquoi ne pas profiter de cette tribune pour dire autre chose que des banalités?
J'aimerais lire dans les avis de décès des mots qui témoigneraient d'une vie qui n'a pas été vécue en vain, qui nous diraient ce que cette personne a été, ou à quoi son passage ici-bas aura servi.
Je rêve de rubriques nécrologiques inspirantes. "Est disparue hier Mme Chose, enseignante retraitée, qui au cours de sa carrière aura montré à des milliers de Québécois l'accord des participes passés." Ou encore: "Est disparu accidentellement M. Machin, camionneur, qui n'aura jamais raté un seul match de hockey de son fiston malgré ses horaires de fou."
On ne soigne la mémoire que des personnalités publiques. Les morts inconnus, quant à eux, n'ont droit qu'au formulaire standard d'Urgel Bourgie.
Or, les existences de Pierre Falardeau ou de Nelly Arcan n'ont pas nécessairement plus de sens que celle de n'importe qui. Elles sont simplement plus connues.
Je ne souhaite pas un roman pour chaque quidam disparu. Je me contenterais de quelques phrases sincères, bien tournées, qui nous donneraient une idée des valeurs défendues par le défunt.
On l'a déjà dit: on meurt tout croche dans nos sociétés modernes. On tente de se convaincre que la vie n'a pas de fin, alors on ne prépare jamais son départ.
Selon moi, changer notre attitude vis-à-vis de la mort commence par les avis de décès.
Si, jour après jour, les pages nécrologiques des journaux étaient beurrées des réalisations, des réussites, des leçons de vie de tous ces gens qui ont tout vécu, ce serait, j'en suis sûr, une façon pour ceux qui restent d'apprivoiser la mort.
En lisant ces capsules d'existences, on prendrait conscience de la nôtre, de son caractère éphémère et de l'importance d'y donner un sens.
On aurait l'occasion de considérer la mort comme la conclusion d'une vie utile plutôt que comme la triste conséquence d'un accident ou d'une maladie.
Il me semble que ça nous aiderait à mourir un peu mieux.
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