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Le blogue de Tristan
Le blogue de Tristan
«Un vrai livre, ce n'est pas quelqu'un qui nous parle, c'est quelqu'un qui nous entend.» Méditons les mots de Christian Bobin et entrons ensemble dans le coloré petit monde du livre, à travers un blogue qui non seulement vous parle, mais aussi vous entend!
6 février 2010, 9:38
Le passage du flambeau

Ouf, la voilà bouclée ma première semaine de rédac chef...

Semaine d'émotion, celle de voir partir un prédécesseur que je tiens en haute estime, qui nous manquera mais dont je ne doute pas qu'il continuera de semer à la ronde ses idées, ses intuitions. Bon vent à toi Christophe!

Semaine d'enthousiasme et de fierté, durant laquelle j'ai mieux que jamais mesuré le professionnalisme des Manon Dumais, Christian Saint-Pierre, Olivier Robillard-Laveaux, Kathy Béland, Mathilde Singer, Aurore Lehmann, Sébastien Diaz, Patricia Beaulieu et compagnie, de même que des membres de nos autres rédactions à travers le Québec, grande famille aussi attachante que compétente grâce à laquelle nous vous livrons chaque semaine, beau temps mauvais temps, les versions papier et télé de votre hebdo préféré.

Semaine de léger vertige, aussi, conscient que je suis d'accepter un job qui a une histoire, faite de coups de gueule et de gestes d'éclat; un poste où il ne suffit pas de remâcher les idées des autres et où le pilotage automatique n'est pas une option. Pour employer une expression à la mode, on appelle ça se mettre en danger.

Je me suis rappelé ces derniers jours combien j'avais la main moite et la voix mal assurée la première fois que j'ai rencontré Jean-Simon Gagné, alors rédac chef de Voir Québec - ce devait être en 1997, j'habitais la capitale et je venais de signer mes premières piges pour le journal -, et quelque temps plus tard Richard Martineau, dont on sait quel fameux capitaine il a été pour Voir.

Il est toujours curieux de se retrouver dans un fauteuil que, plus jeune, on a situé très haut. Curieux de constater qu'au fond aucun fauteuil n'est plus haut qu'un autre. Seules sont hautes les attentes, celles que les autres manifestent à notre endroit, celles surtout que l'on a envers soi-même. Tâchons de ne pas décevoir maintenant, de convaincre nos dizaines de milliers de lecteurs et téléspectateurs, semaine après semaine, que Voir a plus que jamais sa place, crise des médias ou pas, crise économique ou non.

J'aurai sous peu une tribune dans le journal, dont la nature et la tonalité sont encore à définir (vous avez des suggestions à faire? merci de griffonner ça au bas de ce billet). D'ici là, je mets ce blogue en veilleuse et travaille d'arrache-pied, avec mes collègues, pour que Voir demeure, vingt-quatre ans plus tard, l'une des principales références du paysage culturel québécois.


21 janvier 2010, 12:27
Super Émile et Haïti

Super Émile. C'est ainsi que j'appelle mon petit bonhomme de six ans. Pour le faire rigoler, parce qu'il est à un âge où les super-héros occupe une place centrale, mais aussi parce que je le trouve souvent super, tout simplement.

Eh bien voilà qu'il a pour de bon mérité son titre. Voilà qu'il vaut mieux, pour moi, que tous les super-héros réunis. En 24 heures, tout seul et de son propre chef, Émile a pris le téléphone, appelé grand-papa, grand-maman et à peu près tous les membres de la famille pour amasser des sous destinés aux victimes du séisme en Haïti. Au moment où j'écris ces lignes, il a déjà 165$ à remettre à la Croix-Rouge.

Super non?


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5 janvier 2010, 11:03
Camus (1913-1960)

Il disait à ses amis que selon lui, rien n'était plus absurde que de mourir dans un accident de voiture. C'est pourtant l'absurde fin que la vie lui réservait, le 4 janvier 1960.

50 ans plus tard, Albert Camus fascine toujours. Tandis que certains résument son œuvre (qui compte romans, essais, nouvelles, pièces de théâtre) à deux ou trois titres majeurs, jugeant le reste un peu laborieux ou encore d'une morale facile, d'autres n'hésitent pas à voir le Prix Nobel de littérature 1957 comme l'un des principaux créateurs du XXe siècle. Chose certaine, on le lit encore beaucoup et dans toutes les langues.

Pour mieux comprendre et l'homme et l'œuvre, mais aussi l'exigence qu'il s'était imposée d'accorder les deux, je recommande l'incontournable Albert Camus, une vie, la biographie qu'Olivier Todd lui consacrait en 1996. Vivante autant que fouillée, critique autant qu'éprise de son sujet, elle montre bien les ambitions et les paradoxes d'un intellectuel jamais coupé du monde. On y lit par exemple:

Charmeur et ombrageux, sincère et théâtral, humble et arrogant, Camus voulait qu'on l'aime. Il y parvint, souvent. Il souhaitait, bien sûr, être compris, mais il n'y réussit pas à la fin de sa vie. Il parla trop du bonheur pour être souvent heureux et serein. Il faut l'imaginer malheureux aussi, comme Sisyphe. Des souffrances et autant de déchirements que de séparations le marquèrent. Mais sans elles, aurions-nous La Chute?

Et plus loin:

Camus se voulait dramaturge. À mon sens, Caligula tient toujours la scène avec force, les autres pièces moins. Bon acteur, Camus? Je ne sais pas, ne l'ayant jamais vu en scène. Il fut peut-être satisfaisant en Dom Juan ou dans le rôle du Gouverneur des Possédés. À la télévision, il était faible. Dans le rôle d'Albert Camus, à l'écran, il me paraît emphatique.

Il se sentait avant tout artiste, «créateur de mythes, incertain d'aboutir» mais «assuré de ne pas être autre chose». Il n'a pas imaginé un univers comme Stendhal, Balzac, Dostoïevski, Tolstoï, Melville, Faulkner, Graham Greene, Primo Levi, Mishima, Mario Vargas Llosa... Mais ses deux meilleurs romans-récits ont le ton original et puissant des chefs-d'œuvre. Il rédigea vite L'Étranger et La Chute. Malgré les oukases de certains doctrinaires de la déconstruction et de l'intertextualité ou d'ouvriers de la jeune et vaillante génétique littéraire, comparant les différentes versions d'une œuvre, malgré toutes les exégèses, ces deux livres retiennent une part de secret - inexplicable -, comme tant d'œuvres profondes.

Albert Camus, une vie, d'Olivier Todd. Éd. Gallimard, 1996, 864 p.


14 octobre 2009, 5:26
Aperçu du prochain Nelly Arcan

 

On a tous déjà pensé se tuer. Au moins une fois, au moins une seconde, le temps d'une nuit d'insomnie ou sans arrêt, le temps de toute une vie. On s'est tous imaginé, une fois au moins, s'enfourner une arme à feu dans la bouche, fermer les yeux, décompter les secondes et tirer. On y a tous pensé, à s'expédier dans l'au-delà, ou à s'envoyer six pieds sous terre, ce qui revient au même, d'un coup de feu, bang. Ou encore à en finir sec dans le crac de la pendaison. La vie est parfois insupportable.

Ainsi débute Paradis, clef en main, le prochain et dernier livre de Nelly Arcan, dont la maison d'édition Coups de tête, fidèle à ses habitudes, vient de mettre le premier chapitre en ligne. La suite ici.

Le roman, dont on mesure aujourd'hui la criante actualité, sera disponible en librairie début novembre.


29 septembre 2009, 7:47
FIL: à l’an prochain

La 15e édition du Festival international de la littérature vient de se refermer, une édition anniversaire qui a rencontré toutes les attentes.

Durant les derniers jours, j’ai attrapé le très beau dialogue entre Stephan Eicher et son parolier Philippe Djian, anti-spectacle rempli d’inattendu, même pour ses protagonistes, et de touchantes imperfections. Décors quasi inexistants – de grands rideaux rouges derrière, qui resteront sanglés –, lumières pour le moins sobres, enrobage minimal en somme, l’essentiel est au milieu: la conversation de deux vieux amis épris de musique et de poésie, qui reviennent, en anecdotes et en couplets tantôt parlés, tantôt chantés, sur les plus beaux fruits de leur collaboration: Déjeuner en paix, Pas d’ami comme toi, Confettis

Aussi vu, dimanche, l’adaptation scénique du conte de Gilles Vigneault Un cadeau pour Sophie, réalisée par Monique Giroux, entourée pour l’occasion de James Hyndman (narration), Ariane Moffatt, Pierre Flynn, Jessica Vigneault, Martin Léon… Les enfants, ceux de 7 comme de 77 ans, étaient ravis par cette histoire en mots et en musique montrant l’importance de l’amitié, montrant aussi la grande valeur des petites choses. Gilles Vigneault, lui-même sur scène en maître de cérémonie, semblait redécouvrir son propre conte, dont les images signées Stéphane Jorisch étaient animées sur grand écran par Stéphane Lorti.

À l'an prochain.


24 septembre 2009, 9:31
FIL: Beaupain, Eicher, Djian, musique des mots

Entendu mardi au Lion d'Or Tout ira bien, cette "histoire pour voix, piano et violoncelle" qui fait entrer en dialogue l'univers romanesque de Kéthévane Davrichewy et les chansons d'Alex Beaupain. Exquis mélange des genres, à la construction pas si simple qu'il n'y paraît, qu'enlumine de manière inspirée l'archet de Valentine Duteil.

Ce soir, place au "concert littéraire" de Stephan Eicher et Philippe Djian, dont on dit qu'il nous ouvrent littéralement, et littérairement, les cuisines de leur création. Je fais partie de ceux qui ont usé leurs CDs d'Eicher, dans les années 90; partie aussi de ceux qui considèrent Djian comme l'un des meilleurs écrivains de son temps. Est-ce que j'ai hâte? Ce serait peu dire.

 

 

 


23 septembre 2009, 5:43
Mort du chemin des Arsène: le clip

C'est devenu courant, ces clips annonçant la parution d'un livre. Et certains se donnent du mal, comme en témoigne celui concocté pour la promo du nouveau polar de Jean Lemieux, Le mort du chemin des Arsène. Un vrai petit film, voyez un peu...

 
18 septembre 2009, 12:48
FIL: coup d'envoi

Vu hier Poésie, sandwichs et autres soirs qui penchent, le show de Louis Mauffette présenté en ouverture du 15e Festival international de la littérature.

J'avais assisté à la première mouture de Poésie, sandwichs, il y a deux ans, et j'ai retrouvé hier, malgré les nombreuses variantes apportées, l'exquis mélange de folie et d'intelligence, de risque et de chorégraphie qui caractérisent depuis le début cet inclassable happening poétique.

Parmi les nombreux temps forts, je retiens Yann Perreau lisant (et dansant!) Jean-Paul Daoust, Émile Proulx-Cloutier livrant avec coeur le Je t'écris de Gaston Miron, et Clara Furey interprétant avec Francis Ducharme cet extraordinaire duo dansé de Dave St-Pierre, poésie de gestes égalant en intensité les mots de Gauvreau, Brossard, Uguay...


17 septembre 2009, 11:00
Laferrière, Mavrikakis, Bissoondath... ouragan québécois sur Paris

Corrigez-moi si je me trompe, mais jamais n’a-t-on vu les auteurs d’ici se distinguer autant durant la saison des prix littéraires parisiens. Pendant que Dany Laferrière et son Énigme du retour figurent sur la liste des premières sélections du Femina ET du Médicis, Catherine Mavrikakis (Le Ciel de Bay City), Gil Adamson (La Veuve) et Neil Bissoondath (Cartes postales de l’enfer) sont eux aussi en lice pour le Femina. De son côté, l’écrivain québécois d’origine togolaise Edem Awumey voit son roman Les Pieds sales apparaître parmi les prétendants au prestigieux Goncourt.

Ça nous fait plusieurs trajectoires à suivre cet automne…

Au sujet de Dany Laferrière, je vous invite à lire l’article que nous lui consacrons cette semaine, ainsi que son complément télévisuel!


15 septembre 2009, 5:24
Masturbatorium

Était lancé hier le numéro 122 de la revue Moebius, intitulé Masturbatorium. Bertrand Laverdure, qui le pilote, a placé en exergue ces mots de Michel Houellebecq:

Tout comme le libéralisme économique sans frein, et pour des raisons analogues, le libéralisme sexuel produit des phénomènes de paupérisation absolue. Certains font l'amour avec des dizaines de femmes; d'autres avec aucune. C'est ce que l'on appelle la loi du marché.

Ça donne le ton. Avec des textes de Suzanne Myre, Jonathan Lamy, Marie-Hélène Montpetit, Luc LaRochelle...


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26 août 2009, 10:15
Télérama encense Catherine Mavrikakis

Le populaire magazine français Télérama présente Le Ciel de Bay City, de Catherine Mavrikakis, comme l'un des huit romans incontournables de la rentrée. Décidément, ce livre paru chez Héliotrope en septembre 2008 (Grand Prix de la Ville de Montréal, Prix littéraire des Collégiens, Prix des Libraires 2008) n'en finit plus de faire des vagues.

Sorti en France à l'enseigne des éditions Sabine Wespieser, Le Ciel de Bay City inspire à Martine Laval, de Télérama, des commentaires tels: "Catherine Mavrikakis, auteur de ce Ciel de Bay City époustouflant, [...] fait don à sa narratrice d'une vitalité dérangeante, un timbre de voix crépusculaire, une langue française chahutée, chantournée, dépouillée de mièvrerie, riche de folies, qui flirte avec l'étrange, le fantastique.»

Lire l'article complet de Télérama ici.

À lire ou relire, notre entrevue avec l'auteure.

 


17 juin 2009, 9:36
BDTouch

Est-ce l’avenir de la BD? Le Lombard et Anuman Interactive annoncent la sortie du premier tome de la série I.R.$ sur support Apple. On peut désormais suivre du bout du doigt, sur iPhone et iPod Touch, les péripéties de Larry B. Max, le spécialiste du fisc américain créé par Vrancken et Desberg. Un aperçu?


10 juin 2009, 2:43
Lectures soleil - suite

Vous donnez de bien beaux échos à mon dernier billet.

Mélanie Robert, par exemple, dit lire tout ce qui lui tombe sous la main «peu importe la saison», et entend passer l'été entre Boulgakov, Gary, Dompierre et Highsmith...

Jacinthe Bédard, elle, fait remonter à son enfance le goût qu'elle a de la lecture d'été. Puis elle nous dit: «(...) Je choisis aujourd'hui quelques auteurs, que je traverse de part en part, ou à peu près. J'en fais des compagnons qui finissent par tracer la trame de mon été. L'an dernier: Alessandro Barrico, Hélène Dorion (encore! c'est que c'était forcé - mais si peu - par les études), Jean-Philippe Toussaint. Cette année, ce sont Fernand Ouellette, André Major et Claude Simon qui devraient m'accompagner dans la traversée. Mais quoiqu'on lise, au fond, et sous le soleil ou non, le livre est toujours, de toute façon, du côté de la lumière.»

Poétique salut à Jean-Claude Bourbonnais, au passage, qui voit Montréal jusque dans les Illuminations de Rimbaud et pour qui Miron nous force «à désapprendre tout le reste, notre superflu encombré de beaux parleurs et de petits faiseurs.»


7 juin 2009, 11:03
Lectures soleil

J'ai lu sur mon balcon jusqu'à ce que les derniers rayons de cet estival dimanche s'épuisent complètement. Lire sur un balcon dans la lumière qui décline: l'un des temps de lecture que je préfère. On dirait que les pages restituent une part du soleil absorbé durant la journée, donnant aux mots une insistance nouvelle.

Parlant de soleil et de bouquins, les titres qui figurent cette semaine dans la section représentent nos suggestions pour la belle saison. Il y en a qui vous tentent? Vous avez d'autres suggestions à nous faire?


28 mai 2009, 12:28
Apple et le Kâma-Sûtra

C’est une histoire qui fait beaucoup jaser sur la planète électronique. La semaine dernière, peu après avoir présenté Eucalyptus, son nouveau logiciel de lecture pour iPhone et iPod Touch, Apple annonçait le retrait de cette interface donnant accès, pour un petit 9.99$, à la banque de titres du Projet Gutenberg (environ 20 000 œuvres classiques et du domaine public). La raison? Eh bien parmi ces 20 000 bouquins, il y a le Kâma-Sûtra, ce qui revient à donner un libre accès à un livre sulfureux, dédié à la sexualité.

Vade retro! Selon la respectable firme de Cupertino, il y avait là un os à la validation «AppStore». Évidemment, et toute la iCommunauté l’a crié haut et fort, c’était risible que de condamner une application à la source à cause d’un seul des titres auxquels elle donne accès, titre de surcroît que quiconque trouvera aisément ailleurs sur le net (entre autres chez Amazon). Devant le tollé suscité, Apple a effectué un virage à 180 degrés: au diable les principes, les détenteurs d’Eucalyptus pourront désormais découvrir les sensuelles acrobaties du recueil indien attribué à Vâtsyâyana.

Entre vous et moi, on aurait voulu concevoir la pub idéale pour promouvoir le Kâma-Sûtra en version électronique, on n’aurait pas trouvé mieux…

 


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Tristan Malavoy-Racine
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