Bienvenue sur Voir
ouvrir session
FAQ
devenez membre
www.voir.ca
Société

Boycott

La loi du plus faible


ARTICLE - 24 avril 2003
Depuis le milieu du siècle dernier, le boycott est devenu une manière bien en vue de signifier son mécontentement devant les politiques des entreprises autant que celles des gouvernements. Aujourd'hui le geste a plus que jamais des saveurs d'engagement et de justice sociale. Mais cette initiative populaire est-elle un tant soit peu efficace?
 

En 1880, Charles C. Boycott, un riche propriétaire terrien du comté de Mayo (Irlande) refuse de baisser le prix de ses loyers et s'attire l'antipathie des fermiers locaux, qui décident de le "boycotter" avant la lettre. Depuis ce jour, le boycott fait partie intégrante de tout mouvement activiste. Dans un société structurée sur des modes de consommation permanents, le boycott est désormais considéré par plusieurs comme le véritable droit de vote du simple citoyen.

Dans les années 30 et 40, la communauté juive-américaine boycottait les produits allemands. Martin Luther King, au tournant du siècle dernier, demandait aux Noirs de boycotter les autobus afin de protester contre la ségrégation raciale. Petite ou grande cause, le boycott peut prendre aujourd'hui des proportions considérables grâce, notamment, à l'utilisation d'Internet pour mobiliser les troupes. Jadis, il fallait attendre jusqu'à 10 ans avant qu'un appel au boycott donne des résultats concrets. Aujourd'hui, la moyenne est de deux ans.

Qui boycotte quoi?
Dis-moi qui tu es, je te dirai qui tu boycottes. Les Américains boycottent les produits français. Les Français, les Allemands, les Arabes, 24 % des Asiatiques, une poignée de Canadiens et d'autres parmi nos contemporains boycottent les produits américains. Des artistes boycottent Star Académie. Des Palestiniens boycottent les produits israéliens. Oxfam boycotte les manufacturiers de vêtements qui font travailler les gens dans des sweatshops. Récemment, des linguistes allemands ont même décidé de boycotter les mots à consonance anglo-saxonne de leur vocabulaire, afin de protester contre le conflit en Irak.

Aujourd'hui, les activistes connaissent à fond les mécanismes du boycott et savent bien quel bobo gratter pour faire mal aux puissants.

Une des tactiques du boycott moderne est de trouver un souffre-douleur; une cible bien symbolique. Greenpeace, un organisme de lutte contre la dégradation de l'environnement, voudrait que cesse la suprématie du pétrole. Considérant ceci, on aurait pu proposer un boycott pétrolier général, mais on a plutôt ciblé uniquement la pétrolière ESSO. Selon Jo Dufay, directrice de la campagne StopESSO au Canada (www.stopesso.ca): "ESSO essaie d'influencer les gouvernements pour qu'ils restent dépendants des combustibles fossiles, tout en minimisant l'impact qu'ont ceux-ci sur les changements climatiques et en freinant les progrès quant à l'utilisation de sources d'énergie renouvelables. Ce n'est pas un comportement unique à ESSO, mais la pétrolière représente le pire du pire".

Ce discours ressemble à celui du Collectif Échec à la guerre (www.fiiq.qc.ca/echecalaguerre.htm), qui a récemment lancé un appel au boycott de ESSO (encore eux) et de McDonald's afin de manifester contre la guerre en Irak. Comme l'indique Francine Néméh, la porte-parole du Collectif: "L'idée de boycotter les produits américains, en général, n'a pas beaucoup de poids. On a ciblé les entreprises ESSO et McDo dans un but éducatif, afin de rappeler les méfaits du programme Pétrole contre nourriture". Étrange logique symbolique...

Boycott en ligne
Depuis quelques années, le nombre de boycotts a augmenté de façon substantielle. L'explosion d'Internet n'est pas étrangère à cette tendance. Avec le courrier électronique, un activiste peut rallier des milliers de personnes à sa cause en quelques clics. Il ne faut donc pas s'étonner de voir sur Internet une avalanche de sites militants et d'appels au boycott les plus divers. Dans le moteur de recherche Google, une requête pour le mot "boycott" renvoie 935 000 résultats, qui vont du boycott de Microsoft au boycott du rhum Bacardi. Il convient toutefois de nuancer l'influence du Web. Comme le dit le professeur de psychologie à l'UQÀM Jacques Lajoie: "Sur Internet, il faut faire l'effort de trouver les sites et lire sur le sujet. Internet est un média interactif". Internet en tant qu'organe d'information viendra donc consolider la masse d'activistes déjà sensibles à la cause.

Le boycott, et après?
Si le nombre de boycotts va en augmentant, c'est aussi parce que la méthode a fait ses preuves. Dans le passé, plusieurs boycotts ont réussi à donner des résultats concrets. Ainsi, un boycott des produits General Electrics a fait pression sur la compagnie qui s'est résolue à vendre sa division d'armes nucléaires. Un autre boycott, lancé par le Free Burma Coalition (www.freeburmacoalition.org), a déjà poussé de nombreuses grandes compagnies (dont Pepsi, Motorola et Apple) à ne plus faire affaire avec le Myanmar, histoire de couper l'herbe sous le pied au régime dictatorial en place.

Une étude américaine prétend que les entreprises considèrent le boycott "plus efficace que d'autres techniques comme l'action collective, les pétitions ou le lobbying". La raison est simple: le boycott fait un doigt d'honneur aux revenus d'une entreprise et, pour ces grands sensibles de la finance, c'est dur à prendre... Il n'y a pas de statistiques précises qui puissent donner un indice sur le taux de succès du boycott. Mais généralement, une cause claire à laquelle se rattache un grand nombre de consommateurs risque de donner des résultats, ou à tout le moins, salir suffisamment l'image d'une entreprise pour que celle-ci décide de réagir.

Le cas McDo
Certaines entreprises sont de véritables aubaines pour les boycotteurs. En tête de lice: McDonald's. C'est bien simple: que vous militiez contre la guerre en Irak, contre la malbouffe, pour les droits des travailleurs, pour l'environnement, contre l'hégémonie américaine ou pour la protection des animaux, vous pouvez trouver votre compte en boycottant McDo! Afin de fouetter les troupes, le site Internet (www.mcspotlight.org) se fait d'ailleurs un devoir d'informer quotidiennement la communauté anti-McDo des récents déboires financiers qui ternissent les arches d'or.

Chez McDonald's Canada, on nous dit toutefois que les nombreux boycotts dont elle est la cible ne changent rien pour l'instant: "Business as usual", dit-on chez Mc Donald's. Mais si les tentatives de boycott semblent laisser le géant de la restauration rapide indifférent, Jacques Mignault, vice-président de McDonald's Canada (région de l'Est du Canada), a quand même tenu à préciser, dans une lettre ouverte publiée le 4 avril dernier, que 80 % des restaurants McDonald's étaient la propriété d'entrepreneurs locaux et que McDonald's contribuait ainsi à l'économie québécoise en créant de l'emploi, en payant des taxes et en engageant des fournisseurs locaux.

Des méthodes plus agressives sont utilisées par les entreprises afin de contrer le boycott à tout vent. "ESSO a poursuivi Greenpeace France, raconte Jo Dufay, à cause de l'utilisation du logo ESSO dans leur campagne (Greenpeace a remplacé les "S" du mot "ESSO" par des "$"). Une des raisons invoquées était que les "S" ressemblaient au signe "SS" des Nazis." Du côté d'ESSO, si les résultats concrets se font attendre, Mme Dufay précise toutefois: "En Angleterre, déjà un million d'automobilistes ont boycotté la pétrolière". ESSO commencerait même à changer quelque peu sa rhétorique en acceptant qu'il puisse y avoir un lien entre l'utilisation de combustibles fossiles et les changements climatiques... Le boycott aura-t-il des conséquences en haute altitude, jusque sur la couche d'ozone?

Réagir à l'article
Pour avoir accès aux fonctions interactives de Voir.ca, vous devez être membre et vous identifier en ouvrant une session.
Déjà membre ?
ouvrir une session
Pas encore membre ?
devenez membre
22 févr. 2008, 08:03
14 commentaire(s)
répondez à cette critique!

Récemment j'ai regardé le film de Brian de Palma "Redacted". Dans ce film on réalise à quel point la barbarie d'une armée peut être révoltante et abjecte.

Les irakiens seraient-ils devenus les nouveaux "untermenschen" (en français sous-hommes) de ce début de 21ème siècle ?! Au nom de quoi un être humain peut être tué aussi gratuitement ? Une adolescente violée et brûlée avec une telle atrocité ? Et bien sûr en toute impunité !!

Et tout ça pourquoi ? Pour le pétrole bien sûr !!! Ce pétrole si important car une des bases du dynamisme de toutes les économies modernes. En bref tant que les américains domineront les ressources de pétrole mondiales, leur économie restera dynamique et compétitive face aux autres économie... Et les américains demeureront prospères et riches...

 Cette vision m'a amené à réfléchir quant à ma part de responsabilité ? Suis-je quelque part complice de ses meurtres et de ces viols ?

Une des 1eres réponses qui me viennent : de toute façon qu'est ce que je peux faire face une armée comme l'armée américaine ? Une armée qui, rappelons le, représente par définition son pays et donc le peulpe américain !!

Premier constat donc : l'armée américaine est trop puissante et de toute façon on ne répond pas (forcément) à la violence par la violence...

Ok, mais comment se fait-il qu'elle soit aussi puissante ? Car disposant de moyens importants.

Que sont les moyens de cette armée ? Les hommes qui la composent d'une part et les ressources financières colossales qui permettent toutes ces innovations technologiques et réalisations matérielles (avions, chars...).

D'où proviennent ces ressources financières ? En grande partie de l'argent du contribuable américain, des taxes des entreprises américaines...

Cette armée aurait-elle disposé de ces moyens financiers si l'économie américaine n'était pas aussi riche et dynamique ? Probablement pas.

Très bien, comment font ces entreprises et cette économie pour avoir autant de revenus ? Parce que je, tu, il achète Coca Cola au lieu d'acheter la marque de cola locale, achète une Ford au lieu d'une Toyota ou d'une Wolkswagen, achète Kraft au lieu d'acheter Nestlé...etc

 Donc oui !! Je suis en partie responsable du viol de cette fillette !! Déjà que je n'ai rien fait pour empêcher cette présence militaire illégitime sur le sol irakien mais en plus je me rend complice de cet acte répugnant.

 Comment être en mesure de changer quelque chose ? De quel pouvoir est ce que je dispose pour mettre un frein à cette occupation coloniale ?

Je dispose du "pouvoir d'achat". La guerre est là pour permettre aux entreprises américaines de profiter d'un prix du pétrole très bas qui leur permet d'être compétitives. 

Donc en n'achetant plus leurs produits j'influe à mon tour négativement sur leur compétitivité et leurs revenus (qui alimentent la guerre qui contribue à son tour à leur compétitivité = cercle vertueux ou vicieux ?)

Bien sûr, parfois il est difficile de se passer de certains produits, comme Windows, car en position de monopole mondial. Mais en achetant des produits non américains, on encourage les autres économies (canadienne, européenne, brésilienne...) à devenir plus fortes et pourquoi pas à l'avenir créer les conditions de richesse et de dynamismes propices à l'émergence d'un concurrent canadien à Microsoft.

Et même si cette analyse peut paraître un peu simpliste, j'aurai le plaisir de pousser l'analyse dans un article prochain... 

Je tiens à préciser que je ne suis pas anti-américain (ma compagne est elle-meme usaméricaine) mais je ne veux plus avoir du sang sur les mains. Je veux dormir la conscience tranquille.

Alors ne vous découragez pas, ne dites jamais "De toute façon tout seul je n'y arriverai pas" parce que vous n'êtes pas seul !!

 Et à bon entendeur, salut !!

25 août 2003, 15:12
répondez à cette critique!
Le boycottage est encore efficace mais il faut s'armer de patience et mobiliser bien des ressources pour que le changement se fasse plus vite. La liberté d'expression est importante dans notre société, quand on décide de montrer notre désaccord face au manufacturier en boycottant leur(s) produit(s), c'est là qu'on leur fait le plus mal. Mais il faut qu'une attaque médiatisée soit effectuée aussi pour que notre effort infime en soi soit imité par d'autres consommateurs. Les tribunes pour étaler nos véhémences envers certaines situations ou produits ne sont pas toujours assez nombreuses. Le succès est aussi loin d'être garanti : pensons aux fusions municipales forcées, le désaccord public n'aurait pas pu être moins généralisé, pourtant le gouvernement fit la sourde oreille. Pour bien des électeurs, ça sonna le glas pour le PQ aux élections d'avril. Personnellement je crois à la méthode, le principe reste bon. Son application quand on sait qu'elle peut donner des résultats dans le moyen ou long terme reste très efficace. Et il est certain qu'on va boycotter tel magasin (Wal-Mart dans mon cas l'est depuis son arrivée en sol québécois) ou tel produit (pourquoi vouloir consommer du McDo et s'empoisonner) plus par conviction personnelle que parce qu'on attend un résultat rapide. Que nos convictions portent fruit, tant mieux, il n'en reste pas moins que dans une liberté de marché, la concurrence nous donne le loisir d'être en désaccord. C'est lorsque il n'existe pas de produits d'un conccurent que sans alternative on est forcé de consommer. L'exemple des produits pétroliers reste : si l'industrie automobile mettait sur le marché les voitures électriques ou au gaz naturel pour les rendre accessibles (donc aussi des stations services pour recharger les batteries ou faire le plein de gaz naturel), la réponse des consommateurs favorables serait immédiate. Donc la bataille n'est pas terminée.
24 août 2003, 19:09
répondez à cette critique!
J'ai été très intéressée de voir que le boycott avait encore de bons résultats. Je croyais que tous ces appels au boycott était vains, mais je suis agréablement surprise. Dans un monde où c'est la loi du dollar qui est la plus forte, attaquer les entreprises c'est la manière de déranger. Notre société est basée sur la consommation et ce n'est pas le vote qu'on fait tout les quatre ans qui est le plus important. Chaque jour, nous votons en achetant des produits qui cachent certaines valeurs. Avec un minimum de recherches, on peut découvrir quelles sont ces valeurs et choisir les produits et les entreprises pour lesquelles nous ne voulons pas voter. Les appels au boycott permettent aux gens du public de voir quels choix ont fait de grandes organisations et de choisir s'ils veulent suivre un mouvement. Il est certain que certaines multinationales comme Mc Donald reviennent souvent comme cible de ce genre d'action, mais c'est avec raison!