Tout ce que j'aimais
L'école de la vie
ARTICLE -
8 mai 2003
Éric Paquin
En lisant les premières pages, pleines d'élégance et de précision, du dernier roman de Siri Hustvedt, on ne peut s'empêcher de penser à nombre d'oeuvres féminines anglo-saxonnes qui, de Barbara Pym à Allison Lurie, ont tracé le portrait d'un certain milieu intellectuel et universitaire qui était également celui de David Lodge dans sa très médiatisée satire Small World. Un milieu dans lequel évoluent ces romancières et qui constitue un nouvel espace de l'imaginaire très fin de vingtième siècle.
En lisant les premières pages, pleines d'élégance et de précision, du dernier roman de Siri Hustvedt, on ne peut s'empêcher de penser à nombre d'oeuvres féminines anglo-saxonnes qui, de Barbara Pym à Allison Lurie, ont tracé le portrait d'un certain milieu intellectuel et universitaire qui était également celui de David Lodge dans sa très médiatisée satire Small World. Un milieu dans lequel évoluent ces romancières et qui constitue un nouvel espace de l'imaginaire très fin de vingtième siècle.Critique d'art, diplômée de Columbia, Hustvedt crée des personnages au parcours similaire au sien. L'action de Tout ce que j'aimais (What I Loved), étalée sur une trentaine d'années, met en scène le narrateur, Leo Hertzberg, et sa femme Erica, respectivement professeurs d'histoire de l'art et d'anglais dans deux universités new-yorkaises. Le couple se lie, dans les années 70, à Bill, qui est peintre, et à Violet, une écrivaine. Les quatre amis finissent par habiter deux lofts dans le même immeuble de SoHo, deviennent parents en même temps et passent ensemble leurs vacances d'été dans le Vermont. Malgré de belles réflexions sur l'art, l'amitié et la vie familiale, et une structure narrative intelligente calquée sur l'évolution de l'oeuvre peinte de Bill, la première partie du récit demeure plutôt anecdotique. C'est plus loin que l'on comprend que les drames à venir sont soigneusement préparés par certains détails de cette longue ouverture: la thématique des désordres alimentaires sur laquelle porte la thèse de Violet, la présence d'un mystérieux personnage dans les dessins de Matthew, fils de Leo et Erica, le thème du démembrement dans les tableaux de Bill. L'effondrement d'une vie Tout ce que j'aimais est un roman qui porte sur l'effondrement de l'édifice de toute une vie. À l'instar du récent Livre des illusions de Paul Auster (mari de Hustvedt), la deuxième partie met en scène la mort de l'enfant, laquelle causera la séparation graduelle et inexorable du couple formé par Erica et Leo. Le héros narrateur devra aussi composer avec la perte de sa vue, tragédie que l'on imagine pour un historien de l'art, puis avec le décès, également subit, de Bill. À cette partie plus analytique et introspective du roman succède un troisième et dernier mouvement aux allures de thriller. Leo reportant son amour paternel sur Mark, fils devenu orphelin de Bill, l'enfant se révélera (on pouvait s'y attendre) moins parfait et plus immature que le fils disparu. Devenu adulte, drogué et acoquiné à un artiste décadent, profanant avec ce dernier l'oeuvre de son père, Mark sera même soupçonné de complicité dans le meurtre d'un garçon dont on retrouve le cadavre mutilé. Du héros qui a perdu presque tout ce qu'il aimait, on suivra ainsi l'étrange relation avec ce jeune homme, menteur pathologique sans remords et charmeur sans empathie, qui perd puis regagne à plusieurs reprises la confiance de son père adoptif: "Du moment que je le regardais, je le croyais toujours. La franche sincérité qu'exprimait son visage bannissait tous mes doutes, mais, dès qu'il se trouvait hors de vue, la sourde anxiété renaissait." Une relation qui rappellera aux lecteurs de Proust le goût obsessif de Swann pour Odette de Crécy, dont il sait les mensonges et la trahison. L'épopée solitaire, lyrique, parfois terrifiante, d'un Leo sexagénaire et presque aveugle parcourant le pays à la recherche de Mark fuyant avec son amant assassin, de Minneapolis à Nashville, en passant par Iowa City, constitue la meilleure part du récit, bien qu'elle soit la plus débridée. Passant du rôle de protagoniste en contrôle de sa vie à celui de témoin impuissant, le vieillard fragile y devient une sorte de Dédale moderne proférant des avertissements inutiles à un jeune Icare volant vers un soleil meurtrier... Tout ce que j'aimais de Siri Hustvedt Traduit de l'américain par Christine Le Boeuf, Actes Sud / Leméac, 2003, 458 p.
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27 sept. 2006, 14:18
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J'ai lu les commentaires plus haut. Je suis d'accord avec la plupart. TOUT CE QUE J'AIMAIS est un grand roman, émouvant et même déchirant par moment. Ce qui m'a surpris, c'est que personne n'a fait mention de la quantié impressionnante d'oeuvres d'art fictives décrites dans ce livre. On comprend mieux en sachant que Siri Hutsvedt est critique d'art, mais quand même, quelle imagination. Je m'émerveille devant ces description si détaillées, peut-être nourries par des oeuvres réelles. Je me demande au fond quelle est la distance entre décrire avec pareille richesse de détails et de précisions une oeuvre d'art et la réaliser concrètement.
Enfin, excellent livre.
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29 juil. 2006, 13:16
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De tous les romans que j'ai lus, "Tout ce que j'aimais" est celui qui m'a le plus marqué. Et pourtant, pas de morale grosse comme le bras, pas d'histoire qui vient chambouler le monde littéraire dans son ensemble.
Juste... un roman qui laisse, longtemps après et encore aujourd'hui, une drôle d'impression dans la tête. L'impression d'avoir connu tellement intimement ces personnages, ces endroits, l'atelier et les lofts, la chambre d'hôtel...
Cette impression est dûe aux longues descriptions que Siri nous fait don. Une grande partie du roman est, en effet, consacrée aux lieux, aux anecdotes d'autrefois. On connaît les personnages sur le bout des doigts, Bill est notre ami à nous aussi tant on le connaît.
La longueur de la première partie, à prime abord moins pertinente, prend toute son importance lorsqu'on termine le roman. Lorsqu'on réalise que, loin d'être immédiatement plongés dans l'action, on a plutôt découver cet univers petit à petit, à travers toute une vie, à travers des tas de références au passé. À travers leur quotidien. Le tout pour former un univers très complet, et c'est quelque chose que j'aime beaucoup dans les romans, lorsqu'ils forment à eux-seuls un univers clos, réaliste, et sympathique.
Le roman est long à démarrer. J'avoue avoir dû m'y prendre à deux reprises pour le terminer, la première fois j'ai abandonné... La deuxième, je m'y suis davantage concentrée. Quelque chose rendait la lecture de ce bouquin obligatoire, ne serait-ce que l'intriguante image du dessus. La quatrième de couverture, une vague impression qu'un univers intéressant est contenu dans ces pages, et que je l'adorerais. Comme ce fut le cas. La rythme, d'abord très lent, se met à accéler puis à débouler follement, on a tout le bagage des personnages dans la tête déjà, on les connaît tellement qu'on ne peut plus lâcher le roman. Même chose pour un copain, qui a finalement adoré, tout comme moi.
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29 nov. 2005, 18:11
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Siri Hustvedt, c'est la digne femme de Paul Auster. Avec ce roman magistral, elle nous démontre qu'elle a un talent indéniable, et qu,elle n'est pas seulement la femme de l'autre... Elle peut se considérer comme une écrivaine, à part entière.
Ce roman m'a bouleversée, m'a réellement touchée. je n'ai pas d'enfant, mais je peux très bien comprendre la blessure profonde que sa perte peut apporter, une brisure à jamais réparable.
Un texte fort, dense. Une écriture ferme, efficace.
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18 août 2005, 13:14
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Dévoré au coeur des nuages entre Montréal et JFK, avant un lever de soleil sur grosspom, puis de nouveau parmi les papillons jusqu'au survol de la cuvette brune et poussiéreuse de LA, enfin pendant un dernier rebond à terre et cap final direction Japon...
Tout un programme pour un bouquin, dur de trouver le bon. Je réservais la déchirée Anna Karénine pour la suite, et sortais de la liaison naissante entre la jeune fille et le vieux professeur des Années Douces de Kawakami.
Il fallait absolument quelquechose qui me tienne au corps et tranquilise mon excitation (de sentir l'approche d'Hokkaido, je collais presque mon museau au hublot comme un chien bave sur la vitre de l'auto à l'approche de la maison).
Mais fallait pas non plus casser le charme typiquement nippon de l'imperceptible et de l'esthétique minutieusement dosés.
"Tout ce que j'aimais" a tenu ses promesses et remporté le défi avec succès. Il m'a arraché des sanglots aussi douloureux qu'inopinés. J'ai respiré les odeurs d'atelier et de tabac mélangées, posé un pied nu dans une éclaboussure de peinture, caressé la tête du petit Matt devant ses parents conquis, fondu pour les héroines perdues de Violette, partagé des dîners de joie entre amis comme de solitude et de deuil isolé... Bref j'ai parcouru l'intimité des pages et de leurs habitants, les ai rejoints dans leurs retraites d'été dans une baraque aux murs de pierre et jusque dans la faune newyorkaise en plein boom culturel.
Comme ce regard neuf sur une génération, une époque, un milieu et une ville tous trop visités de clichés fait du bien ! Et quelle belle approche de la critique artistique.
Mais comme une demie-seconde peut nous briser...
J'avoue : j'ai mon inspiratrice en matière de lecture. Ce livre à la main elle m'avait mis l'eau à la bouche en juin. J'en aimais le format, le dessin, et les quelques pages dérobées vite fait. Il y a des premières impressions qui s'évaporent, pas cette fois.
Sacrément gat(h)ée !
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07 avr. 2005, 22:04
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Il y a définitivement quelque chose dans Siri Hustvedt. Son roman, la lente narration d'une existence lourde tapissée sur les murs d'une ville immense, dérive en ligne droite, malgré la mort et le mensonge et la Vie. L'écriture est soignée, fragile, parlante, elle ne transcende rien, pas de frontières, pas de douleurs, elle décrit. Quand même, elle fait ressentir...
Les pauses sur l'art imperméabilisent le reste, elles créent une barrière entre les maux pour presque les rendre opaques, inaccessibles. Le lecteur n'est qu'observateur. Il ne devient pas entier, un coeur qui s'effondre avec les personnages qui tombent, une larme dans leurs yeux. Il y a définitivement quelque chose dans Siri Hustvedt. Il faudra creuser pour qu'elle le trouve.
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16 déc. 2004, 03:52
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J'ai été bouleversée par ce roman. Le passage, après la mort de Matt, où Léo décrit à ses élèves une peinture contenant un verre d'eau, qui le fera penser au vide laissé par la mort de son fils, m'a donné une des plus grandes émotions jamais ressentie à la lecture d'un livre. Je le compare justement aux peintures d'Hopper, cette nostalgie, tristesse, solitude et froideur malgré la couleur. Si son prochain roman est aussi brillant, je devrai m'y préparer psychologiquement, tant de beauté et de tristesse ne laissent pas sans trace, pour mon plus grand bonheur.
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07 déc. 2004, 20:59
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Il est de ces moments où la nostalgie nous envahi avant même d'avoir terminé un voyage aussi riche et enivrant soit-il. Cette curieuse impression de vivre un va et vient entre le bonheur et l'appréhension de la perte de celui-ci. Ce fut le cas lors de la lecture du roman de Siri Hustvetd, Tout ce que j'aimais. Tel un long fleuve tranquille, il a coulé en moi et s'est installé dans ma vie en comblant un espace dont je ne soupçonnais guère l'existence. Un espace qui m'apparaît bien vide maintenant, mais qui est source de bonheur lorsque je me remémore qu'il était occupé par le monde d'une grande auteure. Quoi qu'il en soit, c'est la qualité du roman et la façon avec laquelle Siri Husvedt nous fait pénétrer dans des univers à la fois connus, mais jamais explicités avec une telle justesse en fait un très grand roman.. On se sent à la fois interpellé, séduit et souvent bien perplexe quant au talent de l'écrivaine. Comme si l'éloquence prenait un nouveau sens, comme si la justesse se redéfinissait. Tout ce que j'aimais nous plonge dans la tourmente des années 70 où le monde des arts new-yorkais est en pleine effervescence. La quête de deux couples s'entrechoque au destin qui, parfois sans pitié, vient assombrir leurs plus beaux rêves. Que ce soit la mort subite d'un enfant, la brisure d'un amour profond, la toxicomanie d'un adolescent bientôt mêlée à un meurtre sordide, l'auteure nous fait voyager dans les profondeurs de l'âme et on y prend goût. Tellement, que le retour à la surface nous insuffle une mélancolie encore inconnue. Et l'inconnu est parfois tellement riche. Tout ce que j'aimais est un grand roman, un très grand roman.
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31 août 2004, 13:44
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Tout commence quand Leo Hertzberg, professeur en histoire de l'art, achète la toile d'un inconnu dans une galerie de Soho. Curieux de connaître le visage de l'homme qui se cache derrière un nu de femme intitulé Autoportrait, il rend visite à Bill Wechsler. La complicité est immédiate. À tel point qu'ils finiront par habiter le même immeuble avec leur épouse respective. Au fil des ans, cette connivence ne cessera de grandir ils auront chacun un fils, Mark et Matt, ils passeront leurs vacances d'été ensemble et ils s'aideront mutuellement à progresser dans leur carrière. Mais ils découvriront bien assez vite que la vie ne peut pas toujours être un long fleuve tranquille. Matt sera victime d'un tragique accident , tandis que Mark connaîtra les affres de la drogue avant d'être impliqué dans une sordide affaire de meurtre.
Dans ce roman, tout est génial: l'intrigue, la psychologie des personnages, l'atmosphère. Un chef-d'oeuvre, de la première à la dernière page. C'est génial, c'est du grand art. Je vous suggère "Tout ce que j'aimais" de Siri Hustvedt sans hésitation.
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