Roch Plante
Trophoux
ARTICLE -
23 décembre 2004
S.D.
Mieux connu pour ses romans, qu'il signe de son véritable nom (Réjean Ducharme), l'artiste Roch Plante expose régulièrement les sculptures et collages qu'il crée depuis plus de 20 ans. Lanctôt éditeur lance maintenant un livre rassemblant plus de 60 photographies des œuvres de l'artiste qui préfère demeurer dans l'anonymat. Fidèle à ses jeux de mots habituels, Roch Plante a baptisé ce livre soigné Trophoux (de trophée et fou, évidemment). Le concept rappelle la démarche élaborée par Réjean Ducharme autour des "ready-made" (ces œuvres d'art sans artiste pour les faire!), en ce sens que les pièces sont construites à partir d'objets déjà existants, mais assemblés et signés, car trouvés par l'artiste qui leur donne un autre sens, une autre vie. Réjouissant. Lanctôt éditeur, 2004, 167 p.
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26 déc. 2004, 21:42
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C'est bien de dire qu'un talent ne vient pas toujours tout seul. Monsieur Ducharme se lit et Monsieur Plante s'admire mais tous les deux sont tout à fait géniaux. L'écrivain nous divertit avec sa farandole de mots et de phrases et le sculteur avec ses oeuvres originals et très colorés.
Le livre nous donne un bel aperçu des deux pour le prix d'un, il nous permet de nous familiariser avec l'artiste manuel. Les images sont belles mais elles ne donne pas vraiment le ton de la réalité. Comme tous les livres de ce genre c'est un bel ouvrage à posséder mais tellement loin de l'art en tant que tel.
Mon questionnement c'est pourquoi garder l'anonymat pour une partie de son art et se révéler au grand public pour l'autre partie. Mais la seule réponse qui me vient c'est l'originalité de l'artiste et sa peur d'être étiqueté comme tant d'autres l'ont déjà été malheureusement.
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26 déc. 2004, 13:35
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Quel drôle de personnage que ce Ducharme! Oui, il se cache et ne tient pas à donner d'entrevues, Il demeure discret. J'ai découvert cet auteur au secondaire lorsque je devais lire 'L'avalée des avalés'. J'ai eu un peu de difficulté à comprendre la forme de son écriture qui est très imagée mais aprés ma deuxième lecture de ce roman, j'ai adoré! J'adore les pesonnages de Ducharme qui se refusent de vieillir et qui veulent demeurer des enfants. C'est un thème présent dans plusieurs de ces romans. Ducharme est vraiment un auteur que j'adore!
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26 déc. 2004, 11:59
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Les cachettes dont s'entoure Réjean Ducharme pour signer ses collages et se sculptures se retournent contre lui, car elles nous empêchent de voir à quel point son langage littéraire est le même que celui qu'il utilise dans le domaine des arts visuels. Ce que la langue de Ducharme se tue à nous dire au fil des pages de ses romans ou des répliques de ses textes de théâtre et ce que nous disent les oeuvres de Plante est essentiellement la même chose, soit que nous sommes déconstruits par cela même qui devrait nous construire à partir du moment où nous devenons des objets les uns pour les autres au fil de nos monologues-conversations, ce qui est l'argument principal de l'artiste en tant que littéraire, et aussi à compter de celui où nous investissons notre vie à produire et à consommer des objets, ce qui est le message du même artiste en tant que créateur du domaine des arts visuels. Au total, cette oeuvre nous dit que nous sommes bien davantage faits par notre entourage et les siuations que nous vivons que capables du contraire. Il n'y aurait donc pas que les objets qui seraient du ready-made, mais aussi tout ce que nous sommes, ou en tout cas, tout ce que nous sommes capables d'en exprimer. Tout comme ces objets déformés du ready-made ont l'air de se retourner contre nous pour nous monter notre impuissance à contrôler les situations, le langage fait également de même quand il se retoune vers nous tout déconstruit de son sens premier et qu'il nous montre l'inanité de nos efforts dans notre quête de l'autre. Les objets inanimés renvoient aux objets humains et Ducharme nous retourne à Plante. La boucle de cette prison s'est refermée sur nous sans même que nous nous en apercevions, ce qui peut permettre à Ducharme de rigoler un peu dans sa cachette, mais ce qui nous cache pourtant l'essentiel de son message.
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25 déc. 2004, 22:38
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Réjean Ducharme déforme, Roch Plante transforme... Je n'ai malheureusement jamais lu aucun livre de cet auteur, qui pourtant est l'un des meilleurs auteurs d'ici, mais le sculpteur Roch Plante, lui, a vraiment de quoi susciter ma curiosité depuis longtemps. Quand je vis pour la première l'un de ses trophoux, il doit bien y avoir de cela plus d'une dizaine d'années, je mentichai immédiatement de ces oeuvres d'envergure, qui ont tellement de " panache ". Parce qu'en même temps qu'elles sont créées avec de la récupération, elles ont le don de la symboliser cette récupération. C'est ce qui m'a incité à ramasser à peu près tout ce qu'il peut bien traîner d'intéressant comme objets hétéroclites, qui jonchent les rues, les parcs, les trottoirs, bref les endroits où je suis susceptible d'en trouver des plus intéressants, pour éventuellement " composer " un futur grand tableau, ou plusieurs petits. J'ai depuis eu l'occasion de feuilleter ce très beau livre, fort bien illustré d'ailleurs, et force est d'admettre que Roch Plante possède tous les talents...Je tiens à remercier les éditions Lanctôt qui ont eu le bonheur de nous faire partager la passion et la vision si particulière de cet homme, dont la personnalité et le visage demeurent encore une énigme, et c'est très bien ainsi...Une réelle inspiration pour les artistes qui aiment utiliser les matières recyclables en Art, sous toutes ses formes. En attendant le prochain roman, admirer les trophoux...des vrais bijoux...
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25 déc. 2004, 11:58
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Vous savez sûrement qu'on en dit de ces choses sur Yvan Ducharme. Depuis nombre d'années on s'évertue à le provoquer pour qu'il sorte de l'ombre. Mais pourquoi ? Un artiste nous donne son oeuvre. Nous on veut voir celui qui l'a créé. On veut le voir et entendre en entrevue. Mais s'il préfère ne pas être sous les feux de la rampe, il doit certainement avoir ses raisons. Et ses raisons ne nous regardent pas. J'espère que lorsqu'il mourra, les vautours des médias ne voudront pas aller à la recherche des gens qu'ils l'ont côtoyé. Oui on apprendrait les répercussions que le choix de Réjean Ducharme a eues sur eux. Puis avec les années l'assouvissement de ce bas instinct ne serait qu'un souvenir ingrat. L'artiste nous donne son oeuvre, prenons ce qu'il nous donne et laissons-lui sa vie privée.
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24 déc. 2004, 07:48
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Je connais d'abord et avant tout l'artiste Roch Plante pour ses écrits, ces jeux de mots qui plaisent à lire et qui portent à réfléchir.
Toutefois, je ne suis pas du tout (ni de près, ni de loin!) une adepte de ses collages fous et de ses recyclages à l'emporte-pièce que constituent ses bricolages artistiques. Désolé, je ne suis pas capable d'apprécier ces ouvres que je trouve esthétiquement horribles.
Par contre, j'aime bien les écrits de Plante qui accompagnent ses oeuvres. Cela me « parle » plus et me rejoint davantage!
Enfin, il est étonnant d'apprendre que cet artiste préfère encore, après tant d'années, demeurer dans l'anonymat. Faudra écrire un livre à ce sujet pour comprendre cela.
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24 déc. 2004, 02:29
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Il n'y pas à dire: Réjean Ducharme est définitivement unique dans le paysage culturel québécois. Littéralement absent des médias et de la scène depuis plusieurs années, il préfère se tapisser dans l'ombre, loin des regards et des aléas de la célébrité. Ou peut-être cet anonymat est-il un moyen, au contraire, de porter l'attention davantage sur les oeuvres véhiculées que sur leur créateur ?! Ce serait une explication valable, puisque Ducharme a toujours fui la gloire, mais n'a jamais cessé d'écrire et de créer des oeuvres singulières marquées par une liberté sans compromis. Il se cache donc ici derrière le pseudonyme plus ou moins connu de Roch Plante.
Qu'en est-il justement de l'oeuvre visuelle de Plante, composée principalement de sculptures et de collages flamboyants ? Elle présente des artefacts qu'on appelle "ready-made", sortes d'alliances loufoques ou saugrenues d'objets hétéroclites rencontrés au hasard d'une ruelle, dans les tréfonds des poubelles. Hé oui, peut-être avez-vous croisé Ducharme en train de fouiller les bacs de récupération pas trop loin de chez vous, et ce, sans même le reconnaître. N'empêche que cette technique est de plus en plus répandue et que, en plus d'économiser sur les matériaux, elle amène avec elle une approche plus vivante de l'art, plus moderne. J'ai eu la chance de voir quelques photographies des "ready-made" de Plante et laissez-moi vous dire que ça sort de l'ordinaire, que ce ne sont pas que des déchets collés l'un à l'autre, mais bien des oeuvres d'art qui apportent leur lot de significations, entre la brutalité urbaine et la déchéance humaine.
Ceux qui auraient envie de découvrir ou de redécouvrir l'oeuvre littéraire de Ducharme pourront se rabattre sur le pertinent documentaire "La vie a du charme" de Jean-Philippe Duval, à mi-chemin entre la fiction et la réalité. Mais pour l'instant, l'univers visuel percutant de ce livre "trop fou" pour être dissocié de son réel auteur mérite qu'on y plonge les yeux ouverts.
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23 déc. 2004, 20:11
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Le vent existerait-il si les feuilles d'un arbre ne virevoltaient pas ? Les couleurs existeraient-elles si aucunes pupilles ne les percevaient ? L'artiste en serait-il un s'il n'y avait pas un public pour apprécier ses oeuvres. Que de belles heures de discussion en vue. Mais des oeuvres d'art sans artistes, il y a là de quoi réfléchir un peu plus longtemps. Si Réjean Ducharme a toujours réussi à transformer le mot et son sens jusqu'à le travestir, il sera intéressant de découvrir comment Roch Plante le fera avec les objets. Sachant qu'une image vaut milles mots, l'expérience risque de mener loin et surtout où on s'y en attendrait le moins.
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23 déc. 2004, 12:12
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Du 23 septembre 1996 au 5 janvier 1997, le Domaine Cataraqui présentait l'exposition Arts et Lettres, un événement mettant en relief l'univers visuel de trois littéraires: Saint-Denys Garneau, Pierre Gauvreau et Roch Plante.
Les oeuvres de ce dernier se distinguaient par l'étrangeté de leurs titres comme Hell Dorado, Sainte-Henri dévorée par ses anges gardiens, Déjeuner sous l'herbe, Le crépuscule des gueux, Vive le Québec ivre, Kaskapourrisse, etc. Les tableaux, de dimension modeste, s'apparentaient à la sculpture et étaient composés d'objets de rebut comme des capsules de bouteilles de bière, des bâtons de Popsicle, des ressorts de montre, etc. De prime abord, j'ai été amusé par cette représentation d'objets qui m'étaient familiers. Plus loin, j'ai été saisi d'une sorte de malaise devant ces vieux articles tordus, piétinés et déchirés, comme si ces laissé pour compte de nos lubies de consommateurs avaient décidé de revenir pour nous dire que nous n'en avions pas fini avec eux, une sorte de revanche des marginaux, en quelque sorte. Ça m'a fait penser à cette réplique, tirée de la pièce Ines Pérée et Inat Tendue "Je suis pour que ceux qui chantent faux chantent aussi fort de les autres."
Bien sûr, la consultation de ce livre n'est pas aussi impressionnante qu'une rencontre en direct avec les oeuvres, mais je compte tout de même l'acquérir afin de me remémorer les savoureux moments que j'ai passé en leur compagnie. Le dernier mot appartient, une fois de plus, à Réjean Ducharme. "À s'envelopper autour de soi pour se cacher quand on est blessé, on finit par s'emprisonner dans ses propres épaisseurs, paniqué de ne plus être découvert." (Dévadé)
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