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Cinéma

Rétrospective John Huston à la Cinémathèque québécoise

Dans la peau du lion


ARTICLE - 20 janvier 2005
Carlo Mandolini

Humphrey Bogart et Lauren Bacall dans Key Largo.
John Huston: ce nom retentit comme le rugissement du lion de la MGM. Il évoque un cinéaste mythique qui a marqué l'histoire du cinéma. Près de 20 ans après sa mort, la Cinémathèque québécoise lui consacre une importante rétrospective.
 
John Huston a été un réalisateur immense. Parmi les 45 films qui ont fait cette œuvre parfois malmenée, plusieurs sont devenus de grands classiques de l'histoire du cinéma. Ces classiques, encore aujourd'hui, sont demeurés mordants, subversifs, provocants... et toujours enthousiasmants.

La sélection de la Cinémathèque donne une belle idée des thèmes de prédilection et obsessions du cinéaste. À travers ses 26 films les plus marquants, on pourra ainsi découvrir ou redécouvrir la très grande aisance avec laquelle Huston passait du film noir au film d'aventures, ou du drame psychologique d'un réalisme glauque à la comédie musicale flamboyante.

Tout au long de sa carrière, John Huston a su se faire le chantre d'épopées existentielles et de drames humains profonds. On a dit, avec raison, qu'il était le cinéaste de la "faillite humaine". Mais plus encore, l'œuvre de Huston, digne d'un "auteur", évoque le décalage entre l'homme et son temps, l'impossibilité d'être en syntonie avec le présent, la difficulté de comprendre son époque et de donner un sens à ses actions.

Dès son premier film, le très célèbre The Maltese Falcon (1941), Huston a su traduire parfaitement le trouble et l'angoisse d'une époque de bouleversements, où l'individu est constamment en mode survie. Survie, parce que les individus ont perdu leurs points de repère dans un univers qu'ils ne comprennent plus, qu'ils ne maîtrisent plus et qui, en fait, n'est déjà plus le leur. En cela, l'environnement (physique et social) est devenu menaçant.

Dans son dernier rôle, Clark Gable, interprétant un cow-boy vieillissant et las, lance ce constat, à la fin de The Misfits (1961): "Ils ont changé les règles du jeu." Cette idée pourrait s'appliquer à tant d'autres personnages qui, chez Huston, se retrouvent exclus parce qu'ils ne connaissent pas les nouvelles règles du jeu.

Ce malaise est évidemment très fort dans The Dead (1987), dernier film du réalisateur, et selon plusieurs son plus beau. Les membres d'une société lyrique irlandaise, conviés à un repas qui a tout d'une Dernière Cène (scène) ou d'une veillée funèbre, réalisent au matin du 20e siècle qu'ils sont dépassés.

Condamné par la maladie, son apparence, l'alcool et dévoré par son art et par le désir, le Toulouse-Lautrec du flamboyant Moulin Rouge (1952) est lui aussi un personnage hors temps, hors lieu, incompris par les uns, rejeté par les autres et profondément déchiré.

Cette meurtrissure intérieure est fondamentale dans l'imaginaire cinématographique de Huston, qui s'est intéressé à la psychanalyse (Freud, 1962) et à l'hypnose. Elle révèle une ambivalence chez les protagonistes, un côté sombre et troublant qui sommeille tout au fond des êtres. Certains tenteront de le dominer, difficilement, inutilement: c'est Achab qui plonge dans une lutte à finir avec son propre monstre intérieur dans Moby Dick (1956), ou les deux passagers du bateau à vapeur qui s'enfoncent dans la jungle, métaphore de leur être, dans The African Queen (1952).

Mais très souvent chez Huston, ce côté obscur du cœur et de l'âme s'impose malgré les conventions et les règles que l'on tente de suivre. Alors les êtres se métamorphosent, comme Humphrey Bogart qui, après avoir abattu de sang-froid les truands de Key Largo, affiche ce large sourire... énigmatique et inquiétant.

Et c'est dans cette pénombre que l'univers de Huston devient fascinant. Du 19 janvier au 12 mars.

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26 janv. 2005, 17:42
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Il n'est pas insignifiant que ce type de cinéma, comme celui que fit John Huston, ait d'abord reposé sur les épaules d'acteurs qui rendaient crédibles les histoires que leurs personnages relataient, fussent-elles les plus folles. C'était en effet l'époque d'un cinéma qui correspondait à la vision d'une certaine époque de l'Amérique, soit celle où les grands rêves de réussite, bien que fort malmenés par la réalité, étaient encore perçus comme étant réalisables. Le décalage entre ces perceptions du réel possible et celui des rêves de grandeur était pourtant à son comble, aux limites du vraisemblable. Les acteurs qui incarnaient ces rôles en finissaient même par ressembler un peu à leurs personnages tant cela leur demandait d'y investir de leur vécu pour demeurer crédibles. Ce fut donc l'époque des grandes stars hollywoodiennes, autant masculines que féminines, qui remplirent les journeaux à sensations des échos de leurs incartades. À la scène comme à la ville, le public en redemandait, réclamant toujours plus d'officiants pour les autels des sacrifices destinés à implorer les dieux de la réussite des rêves de ne ne pas les oublier. Les vedettes de l'écran devenaient donc eux aussi des personnages hors normes, faisant de leur vécu un réservoir d'expériences qu'il leur était possible de transférer ensuite à l'écran avec suffisamment d'intensité pour monter la fracture entre les rêves et la réalité. Un navire s'enfoncant dans la jungle pour un voyage dans l'infini ne semblait plus alors impossible et il n'était nul besoin de recourir aux effets spéciaux pour amplifier le suspens. C'est ce cinéma-là que nous a fabriqué John Huston.
25 janv. 2005, 18:29
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Je suis particulièrement heureux de savoir que la cinémathèque Québécoise retransmet des oeuvres légendaires de John Huston. Aussi, lorsqu'on me parle de "Moby-Dick" ou une lutte acharnée oppose des hommes à une baleine monstrueuse, de "Moulin rouge"ou Nicole kidman incarne une chanteuse de cabaret, ou encore dans "the African Queen"et de cette longue et interminable descente en bateau à vapeur sur un fleuve ou la jungle y est omnipresente. . .j'ai bien entendu des images et des souvenirs de cette cinématographie de John Huston qui me reviens à L'esprit, et je dois avoué également que ce sont des films que j'ai apprécié en tant que spectateur passionné de cinéma dramatique mais aussi de comédies musicales. En effet, les personnages de ses films semblent vouloir se défaire d'une réalité étouffante voir écrasante d'ou l'importance donné à des environnements pesant sur des êtres déchirés et perdus. . .et comme le cinéma permet de faire évoluer des personnages dans un contexte afin de dépeindre des scènes et émotions de vie, j'oserai dire que derrière le cinéaste se cache un homme qui tente à travers ses films de dépeindre l'apitoiement,voir un certain désespoir de personnes face à certaines situations dont la vie parfois tel un fleuve au grand courant nous oppresse continuellement. ceci dit, revoir des films de john Huston sera pour moi un grand plaisir...
22 janv. 2005, 19:29
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Je ne suis pas une habituée de la cinémathèque, car trop éloignée de chez moi. Et c'est bien dommage car on ne retrouve pas nécessairement dans tous les clubs vidéos les chef-d'oeuvres des premières années du cinéma. J'ai quand même vu quelques films de Huston cités plus haut, tels que Moulin Rouge et Moby Dick. Il y a longtemps que j'ai vu Moby Dick et je me souviens encore très clairement de plusieurs scènes de ce film. C'est tout à l'honneur du réalisateur. J'ai été un peu déçue de Moulin Rouge, mais la fin était tellement grandiose que ce film mérite d'être vu. Quand on reste bouche bée d'admiration devant l'écran, une dizaine de minutes au moins, le mérite revient c'est certain aux comédiens Kidman et McGregor et autres, mais la coordination de tout ce monde est réglée par le réalisateur et encore une fois Huston fut à la hauteur.
22 janv. 2005, 08:41
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Je suis pourtant un maniaque de film, même un peu cinéphile à mes heures et j'aimerais tellement aimer tout ces ''classiques'' du cinéma. Mais après maints essais, il n'y a rien à faire et on a beau me répéter que ce sont de chef-d'ouvres je demeure complètement insensible à ce type de cinéma! Je m'interroge sur mon handicap, mais je n'aime pas ce genre de ''vue'' depuis toujours, car pour moi ils sont aussi ennuyant et prévisible qu'un sermon du dimanche et je crois fermement qu'ils sont des films de propagandes de l'American Dream... Je n'ai jamais compris le mandat de la Cinémathèque Québécoise, qui pour moi devrait avoir une programmation de films de répertoire comme le défunt Ouimatoscope... Mais non ce sont des hommages à des réalisateurs commerciaux et souvent américains, donc des films qui ont passés 200 fois à la télé! Longtemps j'ai épluché leur programmation et il n'y a rien à faire: 80% des films sont déjà passé à la télé et les autres ont s'en fout complètement, ce qui me fâche le plus c'est qu'il ne font aucun effort pour élargir l'horizon du cinéma, on souligne constamment les mêmes platitudes...
20 janv. 2005, 09:51
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J'ai toujours adoré les films de Houston. Je suis bien contente que la Cinémathèque Québécoise lui consacre une rétrospective car il est l'un des grands réalisateurs de ce derniers siècles. Lorsque je regarde globalement sa carrière cinématographique, je m'intérroge à connaître le pourquoi de ses états d'âme. Il est vrai que dans l'ensemble, Houston n'a pas réalisé grands films comiques mais était-ce par choix ou par goût ? Je me suis souvent posé cette question. Comme je ne connais pas beaucoup sa vie, le fait de faire cette rétrospective m'a donné le goût de revoir ses films et de me renseigner sur ce géant du cinéma américain. Peut être aurais-je une révélation en revoyant ses films à la Cinémathèque ou en m'achetant une biographie...