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Livres

Jimmy Beaulieu

Planches de vie


ARTICLE - 3 mars 2005
Éric Paquin

Le bédéiste Jimmy Beaulieu signe son album le plus achevé à ce jour, Le Moral des troupes, où il se met en scène au quotidien.
 
Même quand son œuvre se résumait à des plaquettes et à de brèves histoires publiées dans des collectifs, Jimmy Beaulieu demeurait un acteur important de la bande dessinée québécoise, contribuant à mettre en valeur le travail des autres par son métier de libraire et d'éditeur (à travers, notamment, la structure éditoriale Mécanique Générale). Résidant actuellement à la Maison des auteurs d'Angoulême où il prépare un album pour les Éditions Égo comme X, Beaulieu vient de faire paraître son livre le plus substantiel jusqu'à maintenant, un recueil de récits autobiographiques de 160 pages, intitulé Le Moral des troupes.

L'album s'ouvre sur un récent séjour de l'auteur dans la maison familiale de l'île d'Orléans où il est né en 1974. "Je suis un Québécois pure laine", précise-t-il d'entrée de jeu: "Mon père et mes oncles sont garagistes. Mes tantes ont été femmes au foyer avant de devenir femmes d'affaires en convertissant leurs demeures en bed and breakfast." L'insomnie de la nuit et la visite des pièces de la maison silencieuse où il retrouve les artéfacts de son enfance favoriseront ainsi l'émergence de divers souvenirs. La plupart ont pour cadre cette demeure dont les seuls livres, comme c'était autrefois le cas dans de nombreux foyers ruraux, se résumaient à la Bible, à l'Almanach du peuple et à l'annuaire téléphonique.

Au point de vue égocentrique de l'enfance (marquée par les voyages, le divorce des parents et les bandes dessinées) se superpose la quête de maturité et d'ouverture du jeune adulte qui doit faire face aux "réalités de l'existence": la santé fragile d'une tante aimée, la vie de couple, l'identité culturelle... La difficile transplantation du Québécois à Montréal, d'abord cause de multiples frustrations, favorisera l'épanouissement de cet esprit divisé entre une prédilection pour le rêve et un besoin de voir la réalité en face, préférant finalement "côtoyer les cultures du monde dans un environnement décadent comme Montréal" que de "passer sa vie aveugle à baiser ses cousines dans la grange". Quant aux réflexions digressives sur les balcons montréalais, la musique pop et la télévision, elles sont le plus souvent teintées par le sentimentalisme indécrottable et avoué d'un narrateur déçu par le contexte déshumanisant des postmodernes années 90.

À travers les pages délicieusement bavardes de Beaulieu ressortent d'inoubliables images: une double planche muette de scènes nocturnes de la métropole, quelques vignettes consacrées à ses enseignes commerciales, un album de photos gaspésien suivi de l'image de l'autoroute défilant, l'épisode éminemment "cartoonesque" d'une nuit de camping servi par le seul langage graphique et quelques onomatopées. Plus que le texte, le dessin de Beaulieu, réalisé avec un simple stylo à bille Paper-Mate, rend hommage aux femmes de sa vie. De la danseuse mexicaine admirée durant un voyage familial au poster de la Bo Derek de son enfance, en passant par la mère lointaine, les tantes et la "blonde", l'image tour à tour poétisante et sécurisante du corps féminin envahit les cases pour le plus grand plaisir du lecteur.

Le Moral des troupes

de Jimmy Beaulieu
Mécanique générale / Les 400 coups
2004, 160 p.

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06 mars 2005, 16:46
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Jimmy Beaulieu est reconnu comme un bédéiste qui est très perfectioniste dans la qualité de ses dessins . Même si il est autodidacte , il passera des heures à recommencer une planche juste poiur avoir la satisfaction du travail bien fait . Il décide donc de nous présenter ce quotidien qui l'anime . J'imagine le choc culturel de partir de ce si beau coin qu'est l'Île d'Orléans pour se ramasser au coin de St-Laurent et Ste-Catherine . Par contre ce choc sera salutaire pour sa création , car il lui permettra d'avoir beaucoup de sujets à mettre en bande dessinée sans avoir à tomber dans la science-fiction . La faune de Montréal est inépuisable pour celui qui sait dessiner . On y parle des fameux balcons montréalais . Oui pourquoi faire des escaliers extérieurs avec notre climat ? Justement nos balcons de la grande ville servaient à socialiser dans le temps avec ces voisins que l'on connaissait ou tout simplement à prendre l'air en regardant passer ces flaneurs . Que dire de ces scènes nocturnes de la métropole ou encore de ces affiches commerciales , gageons que le Roi de la carte mortuaire en couleurs y aura son droit de cité . Je pense qu'il faut encourager nos artistes qui vivent difficilement et Jimmy Beaulieu mérite que l'on s'attarde à sa dernière publication .
06 mars 2005, 13:15
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La première fois que j'ai vu le nom de Beaulieu fut dans le défunt magazine Spoutnik. De ses ouvrages, ce fut Glucides, Lipides et autres nutriments (1998). C'est un jeune artiste autodidacte dont le trait de crayon est vif, instinctif et vivant. Le Moral des troupes fait place au questionnement, à la remise en question d'un jeune au début de la trentaine. Et il le fait bien! Cette autobiographie est simple et touchante. Il évite la lourdeur de l'analyse trop poussée (analyser pour analyser... vous savez...) et joue plutôt avec la réalité, les petits riens, sa blonde, la culture, les petits bonheurs quotidiens... la vie en général. Une multitude de clins d'oils. Voilà donc 160 pages de bonheur à laisser astucieusement traîner sur la table du salon afin que les amis s'amusent et se rappellent eux aussi.
03 mars 2005, 21:25
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Ce qui frappe le plus dans la description de cette oeuvre est sûrement le sujet traité. En général dans la BD ( à tout le moins dans celle que j'ai lu ), on amplifie et on traite des autres, réels ou fictifs. L'auteur se projette hors du réalisme et présente sa vision du monde. Seuls les projecteurs de l'artiste, par son style et ses sujets nous permettent de mieux connaître celui qui tient la plume. Ici, l'auteur nous invite à une soirée de visionnement de son monde. Il est lui-même sous le projecteur en utilisant le minimum de moyens. Peu attirante à première vue, la description d'Éric Paquin nous oblige à reconsidérer cette BD "réaliste" d'un autre oeil. Ce que je ferai tout en comparant nos sentimentalismes respectifs.
03 mars 2005, 20:37
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Je dois avouer que l'écrivain Jimmy Beaulieu a su faire une très belle histoire de sa vie même si sa vie peut sembler banale quand on y pense sérieusement elle est quand même pas si banale que cela parce qu'elle ressemble étrangement au petit Québécois ou la petite Québécoise ordinaire. Le personnage principal qui est aussi lui-même a passé par tous les évènements typiques d'un jeune de cette génération comme le partir d'un village très paisible pour se retrouver dans la jungle de la grande Métropole, l'éclatement du noyau familiale, la recherche d'identité, les relations amoureuses parfois houleuses, les fantasmes masculins et le passage du rêve à la réalité. Ce qui est bien dans cette bande-dessinée c'est que même si l'histoire a été romancée pour qu'elle soit lisible nous donne parfois l'impression qu'on connait bien le personnage, on pourrait même s'imaginer qu'il est nous et qu'on se retrouve dans une autre dimension tout simplement. Moi j'ai eu parfois des petits sourires quand il parle de ses aventures avec les cousines dans la grange et aussi quand il mentionne avoir comme livre l'Almanach du Peuple car moi aussi chaque année ma mère me donnait en cadeau l'Almanach du Peuple qui se vendait cinq dollars. La bande-dessinée est très agréable à lire et aussi à regarder si on s'arrête aux images car elles représentent très efficacement l'interprétation du texte. C'est une véritable oeuvre d'artiste illustrateur et écrivain car cette Bande-dessinée compte 160 pages ce qui est énorme pour une bande-dessinée. C'est une très belle initiative de la part de Jimmy Beaulieu de parler de lui de cette façon et je crois même qu'il pourrait continuer la collection avec d'autres membres de sa famille ou encore des personnes qu'il a cotoyé dans sa vie.