Marie Uguay
Signes vitaux
ARTICLE -
19 mai 2005
Benoit Jutras
La poète Marie Uguay déjoue la mort avec son Journal, un document posthume grave et lumineux, une œuvre littéraire à part entière.
D'abord, le visage sur la couverture: frais, calme et prêt, avec dans la distance discrète du regard, quelque chose d'élégiaque, d'irréparable. Sur la photo, Marie Uguay a 26 ans, 1981, l'année où un cancer des os aura raison d'elle. En 1977, elle se fait amputer la jambe droite pour freiner la propagation du mal. C'est à cette époque qu'elle entreprend l'écriture de son Journal. Elle y consigne la violence du vertige, la détresse, mais également le besoin du monde et du verbe: "J'ai le goût du travail en poésie comme ma dernière chance de bonheur".Ponctué de poèmes et de vers destinés ou non au recueil qui occupe les efforts de la poète, le Journal offre un généreux bouquet de pistes aidant à suivre le déploiement de l'œuvre poétique. Signe et rumeur (1976) étant déjà sur les rayons des librairies, on devient alors témoins des questionnements, frustrations et désirs accompagnant ses deux derniers recueils pendant leur gestation: L'Outre-vie (1979) et Autoportraits (posthume, 1982). Elle aborde aussi avec lucidité les conditionnements culturels fondant la difficulté d'être femme et créatrice. Ce qui ne l'empêche pas, malgré l'abattement moral, de concevoir l'acte d'écrire à la fois comme élan d'amour, exigence de transcendance, de transfiguration totale du vécu. "Prière, incantation, exorcisme ", le poème confère à la poète le pouvoir de "refaire la vie". Si des onze cahiers du Journal la recherche et l'écriture ne sont jamais absentes, on pourrait dire la même chose du désir. Marie Uguay s'y présente vibrante, tracassée d'amour, écartelée entre Stéfan, son conjoint et complice, et Paul, son médecin, un homme calme, raffiné, de plusieurs années son aîné. Cette tension complexe court dans les pages du Journal comme une rumeur croissante. Ce drame passionnel lui insuffle une énergie brute et étrange, la fait évoluer sur un fil de fer, au seuil d'elle-même et de son écriture, lui fait affronter ses contradictions et la tourmente imparable du rapport à soi. La qualité de cette œuvre ne repose pas seulement sur l'acuité intellectuelle de Marie Uguay, sur sa prose alerte et implacable, mais également sur le travail de Stéfan Kovacs, conjoint de l'auteure à l'époque. Établi, annoté et présenté par lui, le Journal se révèle d'une étonnante unité dans la succession des cahiers et donne la franche impression d'une entreprise de bénédictin. Les réflexions intimes de la créatrice dialoguent harmonieusement et de façon féconde avec les poèmes inscrits au vif, en pleine genèse. Complément inespérées à l'œuvre de Marie Uguay, ces 332 pages constituent plus qu'un document de référence: elles charrient une présence habitant encore le monde en poète. Du désir lyrique des éléments jusqu'au chavirement d'être soi, le Journal nous convie à relire ces Poèmes (Boréal, 2005, version augmentée) brossant des tableaux grandeur nature de cet esprit qui, citant Neruda, nous rappelle en substance qu'"il faut tout un travail obscur / pour que les étoiles soient vertes". Journal de Marie Uguay Éd. Boréal, 2005, 332 p. Poèmes Éd. Boréal, 2005, 213 p.
|
Réagir à l'article
|
|
Pour avoir accès aux fonctions interactives de Voir.ca, vous devez être membre et vous identifier en ouvrant une session.
|
Déjà membre ?
ouvrir une session
|
Pas encore membre ?
devenez membre
|
|
07 août 2005, 20:19
|
répondez à cette critique!
|
|
|
|
La lecture des cahiers de Marie Uguay ouvre cette porte sur la sensibilité, celle qui se ferme à notre monde moderne tellement efficace, tellement amer, tellement étouffé. Cette femme était une Humaine. Sa peur de ne plus séduire, vouloir survivre, ne serait-ce que pour exister, comme si impossible à atteindre par la souffrance, parce que dans la douleur, il y a quand même la vie. L'intelligente simplicité de ses mots ranime les feux.
|
|
25 mai 2005, 15:30
|
répondez à cette critique!
|
|
|
|
Poétesse sensible et éprouvée, elle émouvait mes élèves, même les plus rébarbatifs à la poésie. Elle mérite toute la tendresse enveloppante qui donne le ton à cet article.
Jeune, femme, brillante, elle revient parmi nous du Royaume des Morts... Merci à Stéfan Kovacs d'y avoir cru suffisamment pour nous la rendre belle, encore, et de la tirer de l'oubli momentané.
'' (...) et les voix parlent un langage inconnu
(...)
des portes claquent des pas surgissent dans l'écho '' (Marie Uguay)
Peut-être sont-ce les siens...
|
|
23 mai 2005, 15:13
|
répondez à cette critique!
|
|
|
|
Marie Uguay occupe une place à part entière dans la poésie québécoise. Sa poésie est sensuelle et chante la beauté du monde. Comme Nelligan et Saint-Denys Garneau, elle a eu un destin tragique puisqu'elle est décédée très jeune, à l'âge de 26 ans, en 1981, du cancer. Plus de 25 ans plus tard, nous avons maintenant la chance de lire son journal. Cela en fait un document unique. Sa lecture nous amène au cour de son combat contre la maladie et nous révèle une histoire d'amour impossible et secret pour son docteur.
«L'amour qui éclairait le passé continue encore ses derniers feux et j'appelle l'avenir de toutes les forces minables de mon coeur. Je suis maintenue sur le fil excentrique de mon dépit et de mon amour mêlés [...] J'ai la nostalgie d'un corps auquel j'ai si peu accédé, mais pour lequel je garde une ferveur parfois douloureuse à l'extrême, parfois sereine à force de concentration.»
La suite est donc toujours intrigante et cela nous donne le goût de continuer la lecture qui est touchante et bouleversante. Sa carrière d'écrivaine, brève mais fulgurante, a été connu grâce à Jean-Claude Labrecque qui à participé à sa consécration avec un documentaire . C'est d'ailleurs l'ouvre préférée de ce réalisateur.
Stéphan Kovacs a bien fait d'accepter de publier le journal de sa conjointe. Cela vient achever l'oeuvre de cette grande écrivaine. Évidemment, cela devait être difficile pour lui de lire cette partie d'elle qu'il ignorait. Dans ce livre, on conserve aussi des extraits de poèmes ce qui permet de voir l'évolution de son écriture en parallèle avec sa vie.
J'ai personnellement apprécié son regard sur la défaite référendaire de 1980 : «Ne revenez pas au pays, il est en deuil. La majorité s'est prononcée contre elle-même à coups de matraquage publicitaire et de rumeurs terrorisantes, elle a choisi le passé au lieu de l'avenir, la prison au lieu de la liberté, la mort au lieu de la vie.»
C'est définitivement à lire. Un pur délice !
Bonne lecture !
|
|
23 mai 2005, 08:03
|
répondez à cette critique!
|
|
|
|
Ce Journal intime de la jeune poète Marie Uguay décédée à l'âge de 26 ans est à parcourir avec tous ses moyens, en forme et prêt à conjuguer avec la mort annoncée. Tous les livres de j'achète, une fois consommés, entreprenne un voyage d'échange avec mon petit club privé de lecteurs et de lectrices qui me rendent le même service de coopération littéraire, mais dans la chaîne de mes habitués, cette fois je vais éviter de passer ce livre à ma cousine qui est condamnée à ne pas voir son trenième printemps, à moins qu'elle insiste pour mettre un baume sur sa fatalité.
|
|
22 mai 2005, 00:09
|
répondez à cette critique!
|
|
|
|
Touchante leçon de vie de Marie Uguay qui mord dans la vie jusqu'à la fin et malgré la terrible maladie. La publication de son journal permettra sûrement à plusieurs de découvrir sa poésie, il y a si peu de poètes féminines publiées au Québec. Chapeau à Stephan Kovacs pour le courage de la publication de ce journal et l'humilité du geste. C'est un grand geste d'amour envers Marie Uguay. Marie est une femme exceptionnelle, courageuse, intelligente et fougueuse! À 22 ans , elle voyait son corps amputé d'une jambe, la majorité des gens auraient abandonné la partie et cesser d'écrire, pas Marie, il faut un sacré culot pour continuer à aimer la vie! C'est bien bas que je m'incline devant vous, Marie Uguay!
|
|
19 mai 2005, 23:42
|
répondez à cette critique!
|
|
|
|
Malgré la maladie Marie trouve la force de mettre sur papier ses réflexions sur sa façon de voir l'existence, de la façon qu'elle aurait voulu vivre sa vie, des désagréments de sa maladie et du contexte social qui entoure une personne condamné à mourir jeune.
Je trouve très courageux à son conjoint de publier ce récit qui parle de sa vie personnelle à lui et des sentiments qu'avait sa conjoint envers son médecin. Il a voulu rendre un dernier hommage à Marie et à toutes les Marie qui sont aux prises avec une maladie aussi vicieuse que le cancer.
C'est triste comme histoire de savoir d'avance que Marie va y laisser sa peau malgré tous les traitements et souffrances qu'elle a endurés mais c'est écrit d'une façon à faire oublier sa fin mais à comprendre sa soif de vivre. C'est un bon livre qui redonne courage quand on a l'impression d'être mal luné pour une simple contravention, pour avoir à payer des impôts cette année, pour s'être cassé un ongle ou pour avoir attrapé une grosse grippe d'homme.
|
|
19 mai 2005, 17:28
|
répondez à cette critique!
|
|
|
|
Quel courage! Je ne peux m'imaginer écrire mon journal intime aux dernières heures de ma vie. C'est certain que cela peut aider d'autres personnes qui vivent avec des douleurs chroniques, avec du poison partout dans leur corps mais ce qui est important, je crois du moins, c'est que même rendue aux derniers "milles" de sa vie, elle a puisé toute son énergie afin d'aider ceux qui restent.
Je sais qu'on peut être fort dans l'épreuve (j'en suis la preuve vivante) mais là, honnêtement, je lève mon chapeau à cette grande dame et j'espère avoir la force, l'énergie mais surtout la fierté de faire une chose similaire.
|
|
19 mai 2005, 14:56
|
répondez à cette critique!
|
|
|
|
La première fois que j'ai entendu parler de Marie Uguay, c'est quand Richard Séguin a lu un de ses poèmes à l'émission de Télé-Québec, "Le plaisir croît avec l'usage". Pourtant , en 1981, j'avais déjà 18 ans, dans ma deuxième année de Cégep, et je n'avais pas entendu parler d'elles. Les poètes québécois seraient-ils maudits? On entend peu parler des poètes vivants, encore moins de ceux qui sont morts. Pourtant, qui n'a jamais entendu les noms de Beaudelaire, Verlaine, Aragon, Appolinaire? Qui se souveint des Marie Uguay, Gilbert Langevin, Émile Nelligan? Qunad j'ai entendu Richard Séguin, je ne lisais aucune poésie, n'en connaissant que ce que j'au eu au Cégep, soit un cours de français. J'avais tenter de trouver, en magasin, un recueil de poèmes de cette dame: difficile è trouver. Qunad j'ai résidé à Montréal, je suis entré dans une librairie ne faisant pas partie d'une grande chaîne, je regarde la section auteurs québécois ou poésie, et je trouve ce livre sans même le chercher, considérant cette quête inutile. Vous pouvez imaginer mon bonheur. Je vais pouvoir en apprendre plus sur cette dame, sur son oeuvre.
Je suggère aux télévisions (encore) publiques de présenter, au moins une fois apr semaine, à heure de grande écoute, au moins trent minutes consécutives de poésie (entrevue et récitation d'un poète vivant, entrevue avec ce dernier, ou récitation d'une oeuvre d'un poète décédé). Je suggère que la poésie nous soit enseignée dès le niveau primaire.
|
|
|
|