Le Dernier Homme
Les temps fous
ARTICLE -
16 juin 2005
Benoit Jutras
Avec Le Dernier Homme, Margaret Atwood nous fait tomber dans l'avenir potentiel de notre temps: un cauchemar lucide, cinglant et tentaculaire.
Les créateurs sont souvent les premiers à sonder les profondeurs et l'horizon de la démence du monde. Margaret Atwood, poète, romancière, essayiste, est du nombre. Avec La Servante écarlate (1987), elle nous avait habitués à une vision du futur plus qu'inquiétante et presque prémonitoire. Elle retrouve cette année son regard de Cassandre en nous offrant Le Dernier Homme, un second oracle apocalyptique et complexe où résonne, en bruit de fond, le délire sourd et galopant de notre temps.Le dernier homme, c'est Jimmy, alias Snowman, seul vestige de la race humaine abandonné au cœur d'un futur pas si lointain. Également narrateur de cette fresque, il retracera en un chapelet de flash-back les causes ayant mené à la dévastation du monde: catastrophe éco-scientifique, conditions climatiques extrêmes, expérimentations génétiques sans limites, virus criminel voyageant à la vitesse grand V. Comment tout cela est-il arrivé, le laissant seul sur la berge d'une mer anonyme, juché dans un arbre? Les seuls êtres que Snowman sera appelé à rencontrer durant ses pérégrinations seront pour la plupart des Crakers, créatures génétiquement modifiées programmées pour ne succomber ni à la violence, ni au fanatisme religieux ou au désir sexuel. Autre résultat des manipulations de laboratoire, les animaux mutants: porcons, louchiens, serprats. La science a fait table rase des questions éthiques; elle se révèle la seule certitude, l'ultime totalitarisme. Chaque multinationale possède son propre Compound, une concentration de cerveaux scientifiques travaillant à inventer des êtres-produits essentiels à la suite du monde. C'est dans un Compound, sorte de paradis aseptisé qui abrite les familles des chercheurs, que Jimmy et Crake, son meilleur ami, ont grandi ensemble. Jeune homme étrange, ce dernier se révélera rapidement un petit génie mégalomane avec une vision on ne peut plus oblique de l'altruisme. Leur nom l'indique, les Crakers relèvent de lui, de son rêve d'une humanité version améliorée. Or, au fil des années, le destin des deux camarades se tressera à celui d'Oryx, une jeune Indochinoise un jour aperçue dans un film porno alors qu'elle était enfant. Elle deviendra leur obsession. Un triangle amoureux dont les répercussions s'avéreront sombres et insoupçonnées. Une des forces principales du roman d'Atwood est celle d'une écriture poétique et mesurée se mobilisant autour de problèmes sociaux contemporains sans jamais tomber dans le piège du sermon ou d'une morale à sens unique. De l'avidité agressive des multinationales jusqu'à la quête maniaque du bonheur, en passant par la Web porn et la science à tendance démiurgique, la folie entretenue du XXIe siècle fait l'objet d'un constat aussi froid que frontal pour se déployer de tous ses possibles via l'imagination kaléidoscopique de l'auteure. Avec 35 livres derrière elle, le Booker Prize 2000 pour Le Tueur aveugle et une nomination pour ce même prix grâce au Dernier Homme, la Canadienne anglaise la plus traduite sur le globe épingle une série de galons sur l'uniforme de la littérature d'anticipation, souvent considérée en secret comme un sous-genre par l'intelligentsia de la littérature "pure". Un sérieux bémol cependant: la traduction approximative et souvent aberrante signée Michèle Albaret-Maatsch. Un exemple parmi tant d'autres: "Laissez pisser", lance quelque part Snowman pour signifier avec exaspération à de jeunes Crakers qu'il voudrait être seul. "Laissez pisser" se traduit mot pour mot par piss off, qui veut tout simplement dire, on le comprend, "foutez-moi le camp". Très humiliant comme carence dans le travail éditorial. Et Margaret Atwood qui parle elle-même un français des plus corrects. En espérant qu'elle n'ouvre jamais son livre... Le Dernier Homme de Margaret Atwood Éd. Robert Laffont, coll. "Pavillons" 2005, 397 p.
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23 juin 2005, 18:42
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J'ai un immense respect pour madame Atwood, car elle est très engagée socialement. Il faut que les auteurs mettent le doigt sur les bobos pour que l'on sache sur quoi il faut travailler pour changer le cours de l'Histoire. À mon avis et à l'avis de plusieurs, tout le mal vient du culte de l'argent et du pouvoir. Je crois beaucoup plus à la révolution de l'amour.
Mais je comprends parfaitement cette urgence de Margaret Atwood et d'innombrables auteurs à nous livrer le produit de leurs réflexions sur les conditions plus que déplorables de notre monde contemporain. Je ne vis pas sur une autre planète qu'eux et je veux agir, faire ma petite part pour contrer toutes ces atrocités qui tissent notre quotidien et emprisonnent notre avenir.
Cependant, il est plus que temps d'orienter la réflexion sur une vision optimiste des choses. J'invite donc les créateurs à nous présenter leurs plus beaux rêves, ceux qui les hantent depuis toujours pour construire un monde meilleur. Je suis certaine que cela inspirera chaque personne à formuler ses propres rêves et à agir pour les mettre en branle. J'ai confiance en la nature humaine et j'ai hâte de voir toutes les merveilles qui en résulteront.
Nos mots, nos actes, nos talents et notre technologie sont puissants, si nous savons les utiliser à bon escient. À nous de nous servir de tous les outils disponibles pour trouver les solutions qui changeront vraiment les choses et combleront le genre humain.
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22 juin 2005, 03:44
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Benoit Jutras critique amèrement et peut-être un peu hâtivement ma traduction d'Oryx & Crake (Le Dernier Homme) et émet le souhait que M. Atwood n'ouvre jamais la version française de son oeuvre. J'aimerais tout d'abord le rassurer en lui confiant que j'ai l'habitude de consulter Mme Atwood pour laquelle j'ai le plus grand respect. J'aimerais ensuite lui demander de s'interroger sur le fait de traduire. Comment, par exemple, permettre au lecteur français d'accéder à l'humour de M. Atwood? Comment trouver une expression à peu près équivalente, ici à piss off, pour susciter l'effet recherché par l'auteur tout en ménageant le contexte ? L'anglais et le français étant par nature deux langues différentes, il ns est malheureusement impossible de procéder par calques. Je le regrette sincèrement: mon travail en serait facilité. D'où le recours à la transposition qui passe parfois pr une fâcheuse méconnaissance de la langue de départ. Je ne vais pas ici esquisser un cours de traduction, mais suis à la disposition de M. Jutras pr toute explication concernant ma démarche. A conditon toutefois que l'on oublie toute parole blessante ou volontairement humiliante.
Michèle Albaret-Maatsch
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18 juin 2005, 19:34
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Les objections les plus communes à un avenir bioutopique proviennent des romans de science-fiction tels que Frankenstein et le Meilleur des Mondes. Malgré son génie littéraire, je trouve triste que Margaret Atwood ne fait que contribuer à cette abondance de projections futuristes de nos peurs actuels de la technologie. Il est important de comprendre que derrière cette longue tradition d'oeuvres scientophobes, commencée par Mary Shelley, se cache le Luddisme (l'anti-technologisme) de gauche.
Le Luddisme de gauche fait l'erreur d'assimiler les technologies aux relations de pouvoir entourant ces technologies. Les technologies ne déterminent pas les relations de pouvoir, elles ne font que créer des nouveaux terrains pour la mobilisation et la lutte. La plupart des nouvelles technologies ouvrent de nouvelles opportunités pour plus de liberté et d'égalité mais elles ouvrent aussi des nouvelles opportunités pour l'exploitation et l'oppression. Puisque ces technologies ne risquent pas d'être stoppées, les sociaux-démocrates doivent se les approprier, articuler des politiques qui maximiseront les bénéfices sociaux issus des technologies, et trouver des usages libérateurs pour ces technologies. Si la biotechnologie doit être rejetée simplement parce qu'elle est un produit du capitalisme, adoptée dans une société de classes, toutes les technologies doivent être rejetées. La mission de la Gauche est d'affirmer un contrôle et des priorités démocratiques sur le développement et l'implimentation de la technologie.
Les gauchistes pro-technologie comme moi croyons que, en étant ouverts à l'égard des nouvelles technologies, et en les adoptant nous favoriserions leur utilisation à bon escient au lieu d'essayer de les interdire et peut-être vivrons nous assez longtemps pour voir le rêve d'un Nouvel Homme au lieu du cauchemar du Dernier...
http://www.transhumanism.org/index.php/WTA/more/752/
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16 juin 2005, 21:26
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Comme je ne suis pas bilingue, j'ai trouvé qu'il y avait des expressions un peu bizarre dans ce livre mais je croyais que c'était le fruit de l'imagination de l'écrivaine. J'ai bien aimé ce livre car j'avais déjà lu " La servante écarlate " que j'avais bien aimé et qui m'a fait réfléchir pendant des semaines à " Si c'était vrai " car elle décrit les évènements d'une façon tellement réaliste qu'on a de la difficulté à faire la différence entre le vrai et le faux.
Dans le dernier homme elle est vraiment très fidèle à elle-même car encore une fois elle nous fait voyager dans le temps futur et nous entraine dans une folle aventure. Son imagination dépasse les limites et elle n'a pas peur de plonger ses personnages dans une sexualité débridé, dans une morale à faire dresser les cheveux sur la tête et dans une science qui inspire du dégout.
Mais ce n'est qu'un livre et une fois refermé, on peut continuer à vivre le temps présent et ne pas s'en faire car nous ne serons plus de ce monde si vraiment le monde en arriverait là.
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16 juin 2005, 17:35
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C'est un regard lourd sur l'avenir de l'homme que porte Margaret Atwood. J'ose espérer que ce n'est pas vraiment cela qui nous attend, qu'on saura arrêter la roue avant de tous finir écrasés par le poid de la science. J'ai entendu parler du livre il y a quelques semaines à l'émission "indicatif présent" avec Marie-France Bazault et j'ai été vraiment impressionné par la construction du livre. C'est un ouvrage ambitieux, elle parle des hommes, à travers ce "dernier homme" et ses réflexions sur ce monde perdu par l'homme et ses ambitions.
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16 juin 2005, 17:20
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Margaret Atwood est l'écrivaine canadienne-anglaise la plus connue à l'étranger. Féministe et nationaliste, elle aborde des thèmes universels, n'hésitant pas à utiliser le suspens et la science-fiction. La place de l'écrivaine est au coeur de la réflexion. Elle prône la liberté d'expression. Elle parle du futur.
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16 juin 2005, 14:39
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Le dernier homme est un récit assez plausible, mais il dépeint le monde de demain comme si tout ce qu'il y a de pire à craindre de l'humanité allait s'abbattre sur le monde. C'est une histoire riche, bourrée de références à des problèmes de notre temps; science, porno, politique, etc. À cet égard, le livre est d'actualité, mais certainement pas un livre d'anticipation futuriste réaliste. C'est une projection futuriste des peurs d'aujourd'hui. Il est franchement exagéré, mais extrêmement agréable à lire et très près des principes abordés dans "mal de terre" d'Hubert Reeves.
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16 juin 2005, 14:07
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Je peux vous dire qu'avec Le dernier homme, Margaret Atwood nous amène pour ne pas dire, nous plonge dans une époque où les mutations génétiques sont choses courantes et où les habitants de "compounds" (sortes de villages fortifiés destinés aux employés de grandes compagnies scientifiques et pharmaceutiques) essaient de créer un monde plus parfait, mais pas mal plus artificiel, croyez-moi.
Dans ce monde du futur, on retrouve Jimmy, surnommé Snowman qui est le dernier humain sur la terre ainsi que le gardien des Craker's, un nouveau peuple créé dans le plus grand secret par Crake, son ami d'enfance.
Pourquoi l'humanité abandonne-t-elle Snowman? C'est ce que vous découvrirez au fur et à mesure de la lecture car l'écrivaine nous en révèle au compte-gouttes.
Un roman sur le futur ou l'anticipation est très réussie avec en prime des frissons garantis!
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