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Auteur(s): Myriam Beaudoin
Genre: Roman
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Myriam Beaudoin

West side story


ARTICLE - 12 octobre 2006
Benoit Jutras

Myriam Beaudoin signe Hadassa, une deuxième oeuvre nous entraînant avec sensibilité dans l'univers parallèle de nos voisins d'Outremont: les juifs hassidiques.
 
Nous sommes en septembre, c'est le premier jour de classe. Vous êtes engagée pour enseigner le français dans une institution pour jeunes filles juives orthodoxes. Vous inscrivez votre nom au tableau, puis, parce que vous ne savez "encore rien sur rien", vous leur demandez de raconter leurs vacances. Chacune se lève, se nomme, précise son âge et s'exécute. À la suite du récit de Chaya Weber, presque douze ans, revenue de Val-Morin où elle s'est baignée - "mais pas avec les garçons, non, madame, il y a des heures pour les boys" -, Nechama Frank, douze ans et demi, se lève brusquement: "Toi, madame, tu te baignes avec les garçons?"

Le ton est donné. Alice, Madame Alice, la narratrice, deviendra petit à petit leur rayon de soleil mystérieux. La petite "classe au fond lilas" est le temple de toutes les curiosités, de tous les secrets, là où, entre une leçon de français, de mathématique, de géographie ou d'histoire (Alice devra s'improviser enseignante multi-matières), les écolières se risquent à révéler, dans un franglais parsemé de yiddish, "les secrets des juifs", des informations et détails sur leur vie quotidienne et leurs traditions. C'est ainsi qu'à l'instar d'Alice, digne, réservée, mais toujours friande de ces révélations, nous pénétrons pas à pas, un peu plus à chaque page, dans cette complexe et fascinante micro-société, ses fêtes, ses coutumes, ses multiples interdits, sa symbolique, son extrême pudeur et, surtout, l'humanité des gens qui la composent.

Et au centre de tout ça, il y a cette petite étoile brouillonne, boudeuse, mélancolique, timide, secouée de "moodswings", comme autant de bourrasques: il y a Hadassa, une élève feignant souvent la maladie pour rentrer chez elle, dessinant avec deux ou trois crayons dans sa main, répondant "c'est une statue, madame" en réponse à la question "Que veut dire le mot LIBERTÉ?". Hadassa, la préférée d'Alice, sans véritable amie, qui ne cesse de parler de la "french teacher" à la maison, qui l'a clairement "in her heart". Et nous aussi, on ne peut faire autrement que de se prendre d'affection pour cette Alice, douce, patiente, ainsi que pour cette petite solitude de onze ans et des poussières de qui on se rapprochera au fil du récit.

Parallèle à la nouvelle vie de la narratrice, qui s'échafaude de découvertes en émois, bourgeonne une histoire d'amour clandestine, illégitime. Celle de Jan, un pianiste polonais installé dans le Mile End depuis peu, maintenant épicier à la Boutique, et de Déborah, jeune juive hassidique mariée. Premier contact dans l'épicerie, un jeu de regards: "(...) tout persiste dans l'instant des yeux qui se contemplent"; on assiste alors à "la naissance de deux insomnies". Pour une juive, parler à un goyim, un non-juif, ou même le regarder, est un profond péché. Mais voilà, même si cela est "(...) instinctif, inconcevable, pire que tout", cette chose appelée désir, faute de mieux, ne pourra que se déployer, à sa manière, tailler une brèche presque invisible dans cette frontière séparant l'est de l'ouest, deux êtres soumis au vertige du visage, de la voix, de la présence de l'autre.

D'abord remarquée avec raison par la critique avec un récit publié en 2003 chez Triptyque, Un petit bruit sec, Myriam Beaudoin consolide et confirme ici sa manière, une prose incarnée, aussi sobre que généreuse. Sans jamais tomber dans le piège du manichéisme ou du jugement de valeur, elle nous offre une écriture toute en demi-teintes reposant sur la suggestion, l'ellipse, plutôt que sur la recherche appuyée de l'effet. En définitive, un roman de haute teneur, habile, fluide et bouleversant qui, à travers ce double parcours initiatique au coeur de la judaïté, nous remet en contact avec la matière brute des sentiments et la dignité sans nom d'être autre. Derech erets!

Hadassa
de Myriam Beaudoin
Éd. Leméac, 2006, 197 p.

À lire si vous aimez
Un petit bruit sec de la même auteure
Lekhaim! de Malka Zipora
L'enfant de Noé d'Eric-Emmanuel Schmitt
Opération Shylock de Philip Roth

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05 avr. 2007, 01:59
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En ces temps d'accommodements, écrire un roman dans lequel une jeune prof de français s'immisce à pas feutrés dans le monde sélectif d'une école juive orthodoxe pourrait être taxé d'opportunisme. Dans le cas de Myriam Beaudoin, qui nous offre avec «Hadassa» son deuxième roman, il n'en est rien. La force tranquille et le ton gentil de l'oeuvre incitent plutôt au respect. L'heure est à la main tendue. Alice savait dès le départ qu'elle n'allait pas visiter le pays des merveilles. Mais la bonne volonté et le mystère sont encore des armes de persuasion massive. La curiosité aidant, les enfants l'adopteront. Un peu à l'écart se trouve Hadassa, tantôt la larme à l'oil, tantôt le sourire vacillant. Se tisse entre cette élève et sa maîtresse une relation de confiance qui prend sa source dans l'échange humain : l'une en oublie son cocon, tandis que l'autre se rappelle non sans foi le pourquoi de sa vocation. Et comment l'enfant se doit d'être encouragé pour faire éclore ses talents. Le lecteur malhonnête pourrait aussi qualifier l'histoire parallèle de «Roméo et Juliette» interculturel. Mais l'amour qui se noue entre Jan, un épicier polonais, et Déborah, une Juive mariée à un homme et à Dieu, relève davantage d'un bel état de fait que d'une prise arrangée du gars des vues. Malheureusement, et quoique il donne lieu à une douce et fluide écriture, attentive aux moindres silences longs à se rompre, cet idylle tarde à s'imbriquer dans le portrait d'ensemble. On a de la difficulté à y adhérer, étant donné sa lenteur à se dévoiler. Au final, c'est le caractère documentaire du bouquin qui fait exploser l'applaudimètre. Car le regard est alerte et précis, nourri qu'il est à la vitamine V, celle de la vérité; autrement dit, le sujet est maîtrisé grâce à une somme incroyable de recherche et d'admiration, palpable entre les lignes. Une oeuvre qui motive avec tendresse les futurs enseignants à suivre leur voie. D'autant plus lorsqu'elle chasse sans agressivité de tenaces préjugés.
28 mars 2007, 19:13
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Hadassa soulève présentement des passions dans les cégeps de la région de Québec alors que le roman de Myriam Beaudoin est mis en liste pour le Prix Littéraire des collégiens. En tant que jury de ce merveilleux prix, je ne peux vous révéler si le livre gagnera ou non la compétition, mais je puis vous assurer qu'il ne laisse absolument personne indifférent. L'attachement d'Alice, l'enseignante, pour sa petite préférée, Hadassa, se transmets grâce à une écriture fluide et jamais directrice. L'auteure laisse le lecteur se forger sa propre opinion de la petite juive hassidique, le choix de l'aimer ou non. Pour avoir entendue Myriam Beaudoin en conférence la semaine dernière, je peux vous dire que chacun des dialogues prononcés en classe et transcrits dans le livre sont véridiques et découlent de l'exprience personnelle de l'auteur, ce qui peut d'autant plus rejoindre le lecteur. Seule la magnifique et déchirante histoire de Deborah et Yan est fictive, mais conquit les coeurs malgré tout. Myriam Beaudoin a su, à travers Hadassa, transmettre sa passion pour les mots, sa chaleur envers les gens ainsi qu'un goût immense pour la découverte de son prochain. Si vous êtes ouverts et curieux à propos des accommodemments raisonnables, faites comme de nombreux jurys collégiens à travers le Québec et plongez dans l'excellent Hadassa.
23 oct. 2006, 16:34
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Myriam Beaudoin pénètre un univers explosif, surtout depuis le raid d'Israël au Liban. C'est sur la pointe des pieds qu'elle va à la rencontre des Hassidim de Montréal, des Juifs dévots qui ont formé en Ukraine un groupement facilement repérable par les goyim (non juifs) à cause des oripeaux qui les caractérisent. Cachés dans leurs maisons de brique rouge du quartier Outremont, ils appliquent avec zèle les lois de la Torah. Vivant en reclus comme les Amish, les enfants fréquentent des écoles qui relèvent de leur communauté comme les médias ont fait récemment état. Par contre, on embauche des goyas (non juives) pour que seules les fillettes du primaire apprennent le français. À la puberté, elles se consacrent entièrement à l'apprentissage de leur rôle de future épouse. L'héroïne dispense son enseignement dans ce contexte, en tenant compte aussi des sujets interdits et des normes vestimentaires qui prohibent « les blouses sans manches, les jupes au-dessus du genou, les pantalons, les tissus qui brillent, les coupes ajustées ». Malgré le cadre rigide dans lequel cette institutrice évolue, elle parvient à décrocher l'admiration de ses élèves et, en particulier, celle de Hadessa. Cette oeuvre est en fait le récit d'une belle amitié, mais interdite entre une petite hassid et une goya. En parallèle, l'auteure évoque l'histoire d'une femme hassidique mariée, attirée par un commis d'épicerie d'origine polonaise. En quelque sorte, on sent que les femmes de cette communauté montrent une ouverture d'esprit plus apte que les hommes pour briser le cercle vicieux du choc culturel, surtout si l'on se fie à l'intérêt des enfants pour les livres de la bibliothèque publique que leur apporte l'héroïne. Avec une écriture économe de mots et hachurée qui rappelle les paroles des chansons rap, l'auteure offre un outil de rapprochement comme Éliette Abécassis avec La Répudiée.
14 oct. 2006, 20:47
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Il n'y a pas meilleure place qu'une classe d'adolescentes pour comprendre ce que vivent ces jeunes juives. Madame Alice est vite placée en situation d'évaluation par ces jeunes filles qui lui révèlent leurs coutumes plutôt différentes des nôtres. Elle est si bien acceptée par cette communauté que les écolières dévoilent leurs secrets et qu'elle apprend à découvrir une communauté riche en traditions et en valeurs humaines. Ce sujet m'intéresse beaucoup, la vie de ces juifs semble vouloir être gardée secrète, ils forment une micro-société indépendante mais vivant dans la même ville que nous. Je veux découvrir la vie des jeunes filles qui deviennent des femmes dans ce monde mené par des hommes. Comment réussissent-elles à prendre leur place, à s'instruire, à développer des relations amicales ou amoureuses ? Vivre en harmonie aujourd'hui à Montréal ou ailleurs demande de notre part de mieux connaître les us et coutumes des communautés. Bien vivre et bâtir demain ensemble demande à chacun des participants de respecter l'autre sans imposer des modes de vie brimant les libertés. Bravo à Myriam Beaudoin pour cette ouverture chez autrui.
14 oct. 2006, 12:35
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D'une facilité déconcertante, Madame : «Myriam Beaudoin signe Hadassa, une deuxième oeuvre nous entraînant avec sensibilité dans l'univers parallèle de nos voisins d'Outremont : les juifs hassidiques.» Et elle le fait remarquablement bien! Cette auteure, fait un véritable exploit! Celui, de dédramatiser, une culture : «encore trop occultée, de préjugés», par une plume remarquable! Chose presque incroyable, elle réussit à trouver, ce qui nous rassemble, au lieu d'en faire le contraire! Or, on peut être à la fois, plus près d'eux, que l'on croyait! Sans faire de religion, il faut quand admettre, que les catholiques sont tous, de descendantes : «Judéo-chrétiennes»!!! Sans jamais faire de jugements de valeurs, ou d'intentions, elle ne fait qu'énumérer, dans un très grand respect, de la diversité Ethnique! Ce livre, peut être initiatique et/ou, comme modèle didactique... Un seul bémol, cependant. En seulement quelques pages, on demeure quelque peu sur sa soif, de mieux connaître, mieux comprendre, et mieux apprécier, l'excellence de son sujet! Vraiment, une belle réussite!! !
12 oct. 2006, 21:39
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Le titre évoque une terre lointaine. Ce monde des juifs orthodoxes, que l'auteur nous fait découvrir de l'intérieur, est en quelque sorte cette terre lointaine pourtant très proche de nous. Dès les premières phrases, Myriam Beaudoin nous rend captif en installant une ambiance très forte nous forcant ainsi à plonger avec elle dans cet univers ahurissant. Tout ça est fait d'une façon simple, respectueuse et soutenue par une écriture maîtrisée. Le plus remarquable dans le travail d'écriture de Myriam Beaudoin est qu'elle semble mettre tout son talent uniquement au profit de son écriture, qualité de plus en plus rare chez les romanciers. Elle ne cherche jamais à épater la galerie. Au contraire, tout est d'une simplicité, d'une sincérité et d'un respect étonnant. C'est ce qui fait toute la force de ce roman québécois hors catégorie. Une des plus belles surprises de l'année. De par sa singularité, Myriam Beaudoin se distingue et apporte une voix nouvelle au paysage littéraire québécois.
12 oct. 2006, 11:22
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La littérature québécoise représente notre société. Les deux semblent évoluer au même rythme. Alors que la littérature racontant le Québéc d'avant la révolution tranquille concerne presque seulement les Québécois de souche (même Mordecai Richler parlait de la communauté juive de Montréal, sa société si on peut parler ainsi), celle d'aujourd'hui montre l'intégration faite et encore à faire au Québec. Il est vrai qu'avant la révolution tranquille, l'Église Catholique semblait nous éloigner des autres, les auteurs ayant vécu à cette époque devaient nous éclairer sur la façon de vivre des gens. Aujourd'hui, on inclut les groupes ethniques dans nos romans car on se mélange plus facilement, surtout dans les grandes villes. En espérant que ces romans nous incitent à une ouverture vers les autres cultures et que ces derniers les perçoivent comme une invitation à l'intégration.