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Auteur(s): Louis-Bernard Robitaille
Genre: Roman
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Louis-Bernard Robitaille

Confession d'un libertin


ARTICLE - 12 octobre 2006
Éric Paquin

Louis-Bernard Robitaille est un des chouchous de la rentrée parisienne avec Long Beach, divertissement littéraire au sens américain du terme.
 
L'erreur capitale d'Anthony Terreblanche restera de ne pas avoir écouté le conseil avisé d'un collègue à son arrivée dans le petit campus de la côte Est où il occupait le poste d'écrivain en résidence. La mise en garde était pourtant claire: se méfier des "feminine studies", cet écosystème où sévissent de redoutables harpies qui font et défont les carrières, tirant les ficelles dans l'ombre. Ignorant tout des moeurs universitaires américaines et rejetant ce qu'il considérait comme une plaisanterie, le romancier s'est plutôt permis de profiter de la sinécure que lui offrait son statut de célébrité, de se la couler douce pendant quelques années tout en se livrant, en toute impunité, à ses instincts de libertin.

Amoureux des femmes, amateur de bondage à ses heures et planifiant même - en bon disciple d'Épicure - de mettre fin à ses jours quand les plaisirs terrestres lui seront refusés, le héros de Louis-Bernard Robitaille est tout (traître, menteur, honteusement cultivé...) sauf pédophile. Ainsi, lorsque du matériel pornographique impliquant des enfants est retrouvé sur son ordinateur au cours d'une descente policière, l'écrivain se perd en conjectures sur les auteurs de cette mauvaise blague: confrères ou consoeurs frustrés, amoureuse trahie, féministes liguées contre ce pur produit de la décadence européenne? L'enquête se révélera de plus en plus compliquée tandis que, devant la déchéance mondaine de Terreblanche, s'épaissit le clan de ses lyncheurs: une collègue invente une ancienne tentative de viol, une étudiante affirme qu'il l'obligeait à téléphoner à sa mère pendant qu'il abusait d'elle, etc.

Partant d'une intrigue à la Philip Roth, Robitaille a imaginé de retirer son personnage du panier de crabes pour l'envoyer en exil durant les longs mois d'attente précédant sa comparution devant la loi. Le lieu de cette étrange quarantaine: une demeure prêtée par un collègue compatissant à Long Beach, station balnéaire décrépite du Maine qu'habite une faune de mafieux, de vacanciers vulgaires et de losers ayant autrefois investi dans l'immobilier de ce secteur où "le taux de chômage est à seize pour cent lorsque tout va bien". L'élégant et hautain Terreblanche, que l'on aurait cru incapable de supporter une telle fin de carrière, accepte néanmoins de s'intégrer à la pathétique communauté. Se recyclant en écrivain public chaque après-midi à la table d'un café, il se met au service des analphabètes du coin en manque de green cards, rédigeant pour eux lettres officielles et attestations trafiquées de domicile ou de travail.

Délicieusement cynique face au monde universitaire, parfois méchant (Hélène Cixous, notamment, en prend pour son rhume), étalant une culture hétéroclite qui frise (volontairement?) l'insupportable, le quatrième roman de Robitaille évite de sombrer dans une banale histoire de rédemption. Car même s'il est innocent du crime qu'on lui attribue, Terreblanche se sent vaguement coupable de ce qui lui arrive, croyant avoir "mérité ces ennemis tapis dans l'ombre" et ne s'attendant pas vraiment à être délivré de sa triste situation. La "confession" qu'il livre au jeune inspecteur chargé de son cas et qui sert de cadre narratif au récit contient d'ailleurs l'aveu d'une brillante imposture - qui n'est pas celle que l'on croit. La chute, magistrale, viendra quant à elle nous rappeler que nous sommes bel et bien dans l'univers du roman où tout n'est, finalement, qu'une question de point de vue.

Long Beach
de Louis-Bernard Robitaille
Éd. Denoël, 2006, 351 p.

À lire si vous aimez
La Tache de Philip Roth
A Small World de David Lodge
La Vérité et ses conséquences d'Alison Lurie

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16 oct. 2006, 10:38
répondez à cette critique!
C'est pas évident de s'intéresser a un roman lorsque son principale personnage ne nous inspire aucune sympathie. L'histoire en elle-même n'est guère reluisante. Si on a pas un intérêt marqué pour ce genre de luxures, le plaisir de cette lecture est fortement compromis. J'ai essayé de garder l'oeil ouvert à l'intrigue mais mon regard était désintéressé. Ce livre n'apporte rien de neuf encore moins quelque chose de palpitant. Même s'il nous livre un tour d'horizon assez moche sur un pan de la société américaine. Une lecture presque ennuyeuse si ce n'était d'une poignée de rebondissements qui nous secouent de notre torpeur.
15 oct. 2006, 17:02
répondez à cette critique!
Louis-Bernard Robitaille est correspondant à Paris depuis de nombreuses années au point qu'il est affectueusement surnommé 'le plus québécois des parisiens '. Dans son nouveau roman qui se passe en Amérique du Nord , car les trois autres se situaient en Europe , continent qu'il a visité de long en large , le journaliste-écrivain nous raconte la grandeur d'un écrivain qui a pondu un 'best-sellers' et qui vit de sa renommée , car n'étant plus capable de trouver le filon ou l'histoire lui permettant de renouer avec le succès , il se retrouvera comme professeur invité pour animer des ateliers de lecture dans une université de la cote est . Quelle est la meilleure manière de détruire quelqu'un ? En le faisant passer pour un pédophile , car vous serez certain qu'il ne rencontrera pas de sympathies et qu'il sera forcé à l'exil pour éviter la vindicte publique . Le héros se retrouvera à Long Beach , terre peuplée de mafiosos vieillissants et autres paumés de la vie . Il en profitera pour se confier à l'enquêteur en charge de son dossier et les suspects seront nombreux . Est-il innocent ? Est-il victime d'un coup monté ? Quelqu'un reconnu innocent peut-il refaire sa réputation ? Bref un roman qui me semble passionnant , car les victimes d'erreur judiciaires ne peuvent souvent obtenir justice et réparation .
14 oct. 2006, 22:52
répondez à cette critique!
Intéressant cette nouveauté "À lire si vous aimez" puisqu'on peut se situer rapidement. J'avais beaucoup aimé "Un tout petit monde" du très britannique David Lodge et les deux autres titres qui l'ont précédé dans la trilogie du Rummidge, soit Changement de décor et Jeux de société (que je recommande chaudement). Amusant que l'on associe cette oeuvre avec Long Beach, divertissement littéraire au sens américain. Il me semble que l'on parle de deux mondes très différents mais qui sait. Je plongerai donc avec plaisir dans cet univers dans lequel un sourire ne se distingue d'un coup de poignard que par la perspective ou du point de vue où l'on se trouve. Avec un écrivain talentueux et une histoire sur des sujets très actuels, tels que la pédophilie et les abus sexuels, difficile de passer son chemin et de ne pas mettre ce livre sur la liste "À lire" et vite à part cela.