Auteur(s): Christian Mistral
Genre:
Éditeur: Boréal
Description de l'éditeur: « Entre la rue Sherbrooke et l’avenue des Pins, entre le boulevard Saint-Laurent et la rue Saint-Denis s’étend un quartier, un quartier de fruit trop mûr, à l’écorce appétissante, au jus
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Christian Mistral
Chaude était la nuit
ARTICLE -
20 septembre 2007
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Christian Mistral: "La première version du roman, je l'ai écrite alors que j'avais 19 ans. C'est étrange parce que la personne qui était moi à ce moment-là, je ne la reconnais plus."
photo: Dominique Thibodeau
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Christian Mistral devrait faire un passage remarqué sur la scène littéraire avec Léon, Coco et Mulligan, un livre tendu comme un arc. Entretien avec un enfant terrible aujourd'hui plutôt bien dans ses baskets.
"J'aimerais assez que ça devienne LE roman du Carré Saint-Louis", me dit Christian Mistral en couvant des yeux son petit dernier. Moins sur le ton de l'ambition, faut-il préciser, que de l'attachement vrai qu'on peut éprouver pour un coin de sa ville; comme pour un pays, voire quelqu'un. Coin de ville, en l'occurrence, présenté ainsi dans Léon, Coco et Mulligan: "Si le centre-ville est l'organe génital de Montréal, par où la ville copule tristement et sans illusions avec le reste des civilisations, le Carré Saint-Louis se situe quelque part entre le sein et le nombril, comme un mamelon supplémentaire, et bien que la fontaine qui gicle tout l'été en son centre évoque une bitte de béton qui n'en finit plus de dégorger son amour."Pas l'ombre d'un doute: Christian Mistral est bien de retour! Et son voeu pourrait se réaliser, tant ledit Carré ne sera plus jamais fréquenté de la même façon par celui qui a lu le livre, comme on ne peut plus passer par certaines rues du Plateau sans avoir Michel Tremblay à l'esprit, entrer à la Binerie Mont-Royal sans penser au Matou de Beauchemin ou, dans une autre ville, traverser Limoilou sans chantonner du Sylvain Lelièvre. Plus qu'un décor, donc, le Carré Saint-Louis constitue le personnage central de ce chassé-croisé de rêveurs avinés, au milieu duquel l'émouvant tandem formé par Léon et Coco, ces philosophes de la nuit et de l'anonymat, patauge dans les petites combines, les projets d'écriture et le rêve d'une vie moins grise. "Un peu comme, dans les romans de Zola, un objet inanimé ou un lieu devient presque vivant", convient le romancier. Précision: il d'agit du Carré du milieu des années 80, et si on retrouve déjà l'enfilade de mauvais restos à l'ouest, rue Prince-Arthur, le sympathique P'tit bar à l'est, rue Saint-Denis, le parc proprement dit n'est pas encore l'espace assagi que nous fréquentons aujourd'hui. Or sous la plume de Mistral, elle est toujours bien vivante, cette petite communauté de paumés attachants, aujourd'hui clairsemée, qui le peuplait alors. "Il faut dire que la première version du roman, je l'ai écrite alors que j'avais 19 ans, alors que je connaissais bien l'endroit. C'est étrange parce que la personne qui était moi à ce moment-là, je ne la reconnais plus. Ce que je pensais et ce que je faisais, à l'époque, sont précisément des choses que je ne pense plus et que je ne fais plus!" Ce qui n'a pas empêché l'écrivain de 42 ans de prendre la matière première des mains de cet autre qu'il a été, de lui donner une forme finale, sans laisser aucune impression qu'il s'agisse d'une oeuvre rapiécée. QUESTION DE STYLE Il fait bon retrouver l'écriture si précise de Mistral - plus précise que jamais, semble-t-il, plus économe en tout cas. Comme toujours, un certain lyrisme est au rendez-vous, une poésie même, mais l'ampoulé ou la fioriture n'ont leur place nulle part. "La brièveté, pour moi, c'est l'avenir du roman contemporain", avance même Christian Mistral, défendant l'attrait stylistique du concis, mais avançant aussi un argument inattendu: "Le bref a la cote pour des raisons aussi bêtes que celle-ci, par exemple: on ne met plus des romans longs aux programmes des cégeps ou des universités. Mon livre Vautour, qui compte à peu près 150 pages, y est constamment, alors que le fondement de mon travail, Vamp, n'y figure pas parce que trop volumineux; il représenterait trop de temps de lecture. C'est une bonne indication - on parle quand même d'étudiants en lettres - de la prédominance du bref de nos jours, pour des raisons bonnes ou moins bonnes." Concernant son plus récent titre, en tout cas, il n'y a pas d'inquiétude à avoir: si ce roman circule pendant longtemps, ce sera bien davantage pour la qualité de sa langue que porté par l'air du temps. Quand Mistral parle écriture, métier, construction de phrases ou de personnages, il s'anime, un feu dans les yeux, sa passion du verbe intacte. D'écriture il est beaucoup question, d'ailleurs, dans Léon, Coco et Mulligan, des inquiétudes et frustrations liées à tout projet de création, des névroses qui guette parfois le créateur. "C'est intéressant, parce que le livre marque, à quelques mois près, le vingtième anniversaire de ma première publication [Vamp est paru en 1988]. Or, quand j'ai débuté cette histoire, je n'avais pas encore publié! Ça m'amène à revisiter certains questionnements, le doute devant l'oeuvre à faire." Celui qui a touché à plusieurs genres, roman évidemment, mais aussi essai, poésie, chanson ("Soirs de scotch m'aide encore pas mal à payer mon loyer!"), ne semble pas en panne de projets, en tout cas - "Je travaille des textes à la deuxième personne du singulier, actuellement", confie-t-il. N'employons pas le mot serein, qui ne rimera jamais avec Mistral, mais le créateur d'aujourd'hui est à tout le moins beaucoup plus calme qu'en d'autres périodes... "Je ne suis plus le wonder kid que j'ai été à 23 ans; je suis pris au sérieux, trop à mon goût parfois, mais à 42 ans, j'ai du fun à être moi. You know what I mean? Je ne sais pas ce que ce sera dans 20 ans, mais là, aujourd'hui, j'ai du fun à être moi..." Léon, Coco et Mulligan de Christian Mistral Éd. du Boréal, 2007, 152 p. oooLEON, COCO ET MULLIGAN 1984. Autour de la fontaine du Carré Saint-Louis gravite une petite faune de laissés-pour-compte, d'oiseaux de nuit et de poésie. Parmi eux, Léon, la trentaine, écrivain en herbe, et son protégé Coco, un vieux schizo qui a souvent les yeux dans le vague, mais qui connaît par coeur quantité de poèmes, dont ceux d'un certain Mulligan, qu'il récite à coeur de jour. En arrière-plan, Montréal fourmille au rythme de drames petits et moins petits, effervescente. Léon, Coco et Mulligan, c'est en fait un manuscrit vieux de vingt ans, repris par Christian Mistral avec toute la science qui est aujourd'hui la sienne. Un roman court, nerveux et punché, qui agit comme un entonnoir, précipitant la tragédie, et qui réserve au lecteur une chute à tout casser.
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08 mai 2008, 20:06
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Mistral, c'est du grand, du solide, des phrases très bien écrites, tant du point de vue du style que du vocabulaire. Voilà, pour exemple, un extrait de "Léon, Coco et Mulligan": "Jolie, certes, elle avait dû l'être. Non pas qu'elle fût vieille, au contraire. La trentaine était vierge encore. Mais elle semblait prisonnière d'une cage adipeuse qui déparait ses beaux yeux et les rendait tristes parfois, jaloux et mesquin la plupart du temps." (p.34).
Donc, ce livre porte bien le grand talent de Mistral... et pourtant, je n'ai pas accroché à ces personnages marginaux qui gravitent autour de la fontaine du carré Saint-Louis et qui vont accessoirement se promener dans le Vieux Montréal ou au Château Champlain (qui n'existe plus maintenant). Oui, la schizophrénie joue de mauvais tours et triture la réflexion. Les personnages ne sont pas faciles à cerner et surtout, nous ramène au quotidien de la faune du carré St-Louis, pas toujours intéressante. C'est peut-être ce qui m'aura le plus déçu: faire face à ces personnages déviants qui nous donnent pas nécessairement envie d'en savoir plus à leur sujet.
Bref, je pars du principe qu'on ne peut pas tout aimer, et qu'il en est malheureusement ainsi de ce livre, pour moi. Je donnerai quand même 3 étoiles pour la qualité indéniable du texte!
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23 avr. 2008, 08:52
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Après avoir bourlingué en vain aux États-Unis pour dénicher le nid qui lui ouvrirait les portes de l’écriture, le héros se rabat sur le Carré Saint-Louis. Comme dans En attendant Godot, il attend la symbiose avec la faune qui se rassemble autour de la fontaine de ce fameux square du centre-ville de Montréal pour tracer un premier trait. Peine perdue malgré les appuis tacites de son vieux mentor spirituel, une schizophrène qu’il emmène partout dans ses pérégrinations ! L’écrivain en quête d’un premier roman cherche des assises auprès de ces paumés qu’ils observent de longues heures durant, tout en s’occupant le reste du temps d’un vieil homme qu’il a pris sous son aile. L’auteur trace en fait le quotidien de ce couple dépareillé, qui existe grâce à la grande bonté de Léon. Une vraie sœur Térésa qui manifeste de la commisération pour les perdants à la loterie de la vie, en particulier pour les malades mentaux comme Coco, un poète perdu dans ses pensées comme Nelligan. Ce tableau fraternel, à l’instar de celui de Samuel Beckett, est malheureusement dessiné à gros traits. L’auteur consacre à tous ces laissés-pour-compte un court chapitre dans lequel ils font trois petits tours, puis s’en vont. Cette œuvre n’est pas le roman de l’unité autour des voix de la désolation. C’est plutôt un dictionnaire sur les malheurs d’autrui, y compris ceux de Coco, celui qui, malgré sa maladie, pousse insciemment Léon à écrire. Bref, le vieil homme est le fil conducteur qui se coupe au soir de ce happening tragique au Carré Saint-Louis. C’est beau pour l’intérêt que Léon porte aux plus mal pris, mais le ficelage est un peu bringuebalant, sans compter l’écriture, quoique châtiée, qui appartient à une époque déjà déphasée. Mais, heureusement, l’auteur a évité le lyrisme en recourant à une narration à la troisième personne. Quant à moi, je préfère Asphalte et Vodka de Michel Vézina, un roman mieux étayé sur un sujet connexe.
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18 oct. 2007, 21:11
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merci, Christian Mistral.
Je vais parler de ton livre à la radio, parce qu'il m'a beaucoup touché : le ton, les lieux, les personnages, toujours dissonnants, riches et pauvres, vieux et juvéniles, durs et doux comme des caramels.
C'est la couverture du livre qui me l'a fait acheté : le carré st Louis, sa fontaine, son ambiance, moi qui aime tant Montréal et son PLateau Mont Royal. Et puis il y a cette poésie, dans le résumé, derrière, qui a fini de me convaincre. Je n'ai pas été déçue : on sent dans ce livre l'Amour, des gens, de la ville, de l'écriture et de l'art en général. Et puis il y a cette claque que l'on prend dans les dernières lignes...
Tu as travaillé avec Dan Bigras, et en fait je ne suis pas étonnée : j'ai retrouvé dans ce livre le ton du si beau film La rage de l'ange, son humanité et ses paumés.
Un beau voyage, donc, dans les années 80 peut être, mais avant tout au fond de nous même.
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26 sept. 2007, 00:18
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Nous avons, paraît-il, au Québec - on aime en tout cas à se le rappeler tant qu'on peut - beaucoup de talents. Admettons. Quoi que ça puisse signifier, ça ne nous soustrait tout de même pas aux conséquences de cet incontournable constat : des talents vraiment exceptionnels, ben, forcément, on en a pas mal moins. Oui, oui, je sais, j'ai l'air de faire mon Lapalisse à la petite semaine mais quand même. Christian Mistral, quoi qu'on puisse ragoter sur le bonhomme, c'est hors de tout doute un talent colossal. Oui bon, c'est un être colossal, en fait. Mais, pour moi, avant tout, un écrivain unique et qui a émergé de façon fulgurante en ouvrant un horizon remarquablement neuf et fécond dans le paysage littéraire d'ici. Mais après l'avoir encensé jusqu'à l'écoeurement, lui avoir bien hypertrophié son jeune et fringant ego, pataf! On te l'a aplati aussi sec! Parce que le petit hic c'est que, quand on est bâti comme une armoire, un talent époustouflant en guise de couvre-cigare, et qu'on balade crânement sa grande gueule et sa propension spasmodique (autant qu'éthylique) à pulvériser ce qui nous barre le chemin, on a pas intérêt à faire de faux pas. Et surtout pas à se retrouver par terre... Je sais pas d'où il en sort tant mais, c'est une grande loi universelle, à tous les coups se pointe une meute de petits vicelards qui supportent mal la comparaison (à qui vous faites fatalement de l'ombre) et qui vous sauteront en coeur sur la gueule pour vous achever. Mais le miracle, c'est qu'en dépit d'une adversité certes aussi titanesque que lui-même, il réussit à écrire encore le bougre. Et de mieux en mieux! Je vous le dis tout net : donnez-vous la peine de le lire et vous découvrirez que c'est un véritable cadeau qu'il nous fait à tous d'écrire encore, Christian Mistral. C'est sans doute plus fort que lui mais je l'en remercie pas moins.
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