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Auteur(s): Katia Belkhodja
Genre: Roman
Éditeur: XYZ
Description de l'éditeur: Les personnages sont des nomades égarés. Ils courent après des rendez-vous ratés. C’est le cas de la grand-mère Celia, qui a attendu toute sa vie l’arrivée de son amant, lequel n’est jamais ... suite >
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Cote de Voir: 3.5 étoiles

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Katia Belkhodja

Le goût des autres


ARTICLE - 10 juillet 2008
Éric Paquin

Montréalaise d'origine algérienne, Katia Belkhodja signe un premier roman poétique et sensuel: La Peau des doigts. Hommage au plaisir amoureux où cohabitent les accents kabyle, parisien et québécois.
 
À une époque où la sexualité s'expose sans mystère, il y a quelque chose d'absolument rafraîchissant dans ce roman écrit par une jeune femme de vingt et un ans, consacré à la découverte juvénile de l'amour et du désir. Hommage à la peau, à toutes les peaux, à leur texture et à leur goût, mais également au baiser, acte suprême qui revient littéralement à "assimiler" l'autre puisqu'on dit que "la salive d'un baiser, elle nous reste, sept ans, dans le corps". Dès la première page de La Peau des doigts, la narratrice décrit ainsi le plaisir obsédant d'un baiser échangé sur l'esplanade de la Place des Arts avec une jeune fille, Doña, dont le prénom est répété de manière lancinante. Somptueux paragraphe d'ouverture qui donne envie de poursuivre le voyage.

Succédera le souvenir des lèvres d'un homme, le peintre Fril, rencontré dans le métro de Montréal et que la narratrice a suivi à Paris, lui et son frère jumeau Gan, dans le but d'apercevoir Marguerite Yourcenar à la sortie de l'Académie française, ignorant que la grande écrivaine était déjà morte et enterrée dans le Maine. Car l'amour est aussi affaire d'affinités et de littérature chez Katia Belkhodja, qui entamait un baccalauréat en lettres françaises au moment de la composition de son roman. Raison pour laquelle, à n'en pas douter, La Peau des doigts fourmille de références et d'allusions littéraires. Sans avoir l'air plaquées, celles-ci permettent de mesurer les influences de l'auteure.

Un bouquet de personnages secondaires habite également ce livre aux images fortes, où s'entrechoquent les époques et les lieux qui couvrent les trois continents correspondant aux étapes de la migration familiale: Afrique, Europe, Amérique... En plus des pérégrinations de la narratrice dans les métros de Montréal et de Paris, on suivra donc en parallèle celles de sa grand-mère kabyle "aux tendresses animales", abandonnée tour à tour par les deux hommes de sa vie, chaque fois après avoir été mise enceinte, dans des contrées différentes. Quant à la cousine Celia, elle ne cesse de pleurer la mort de sa mère, tout en faisant des crêpes contre lesquelles elle se brûle la peau des doigts...

Porté par une écriture syncopée, flirtant avec l'oralité et soutenue par toute une gamme de répétitions poétiques, le roman de Katia Belkhodja séduit avec ses belles figures d'apatrides qui reconstituent l'histoire de leurs origines à partir de leurs déplacements géographiques et de leurs rencontres amoureuses. La nouvelle plume à la fois sensible et exigeante qui s'y déploie est celle d'une authentique écrivaine.

La Peau des doigts
de Katia Belkhodja
XYZ éditeur, 2008, 98 p.

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03 avr. 2009, 12:31
répondez à cette critique!

Je dois le reconnaître, Katia Belkhodja a une plume poétique très évanescente et surprenante.  Malheureusement, la beauté de ceci est également l'inconvénient de cela, comme dirait l'autre.  En effet, je ne suis pas un fan de poésie en général et de textes flous et éthérés.  Donnez-moi un peu de viande à me mettre sous la dent quelqu'en soit l'horizon (comédie, thriller, fantastique, historique, biographique, et même romantique!) et je suis preneur.  Or c'est ce qu'il manque ici.  On a droit à un roman flirtant avec la poésie.  Et ça, c'est une très mauvaise combinaison pour mon plaisir de lire!

Dans ce livre, on part dans diverses directions, pas toujours précises et surtout très décousues d'un paragraphe à l'autre.  Alors que certains crieront au génie, moi j'ai plutôt décroché après 5 pages de ce livre qui n'en compte pourtant qu'une centaine.  Je conçois que quelques uns pourront apprécier cette forme de littérature.  Par contre, il est clair que le texte n'est pas "grand public" et même, plutôt le lot d'un public très ciblé et probablement très limité (universitaires, poètes).  Une chose est sûre: si le sujet était plus concret, tangible et palpable, j'aurais adoré cette écrivaine qui manie le verbe de très belle façon.  Dans un prochain livre peut-être...

06 sept. 2008, 09:09
répondez à cette critique!
La page couverture du roman reproduit la sculpture de Constantin Brancusi, érigée  à l’angle des rues Saint-Denis et Sherbrooke. Le choix est pertinent parce qu’il révèle la quête poursuivie par les membres d’une famille kabyle installée à Montréal. Tous cherchent la rencontre de l’autre, une rencontre vivifiante dans l’empire des sens, où « le ciel est encombré de bleu ». Malheureusement, c’est un ouvrage inachevé à cause du caractère flou de personnages engagés dans un destin, lui aussi, fort diffus. L’écriture masque les carences du profilage psychologique autant que de la structure qui ne parvient pas à circonscrire l’éclatement de la linéarité. Tout est présenté dans un magma qu’enjolivent des aphorismes afférents à la maturité. En fait, c’est du gongorisme qui supplée à l’inexpérience romanesque de l’auteure. Si l’écriture semble poétique, c’est que la phraséologie se moule presque toujours dans sa forme verbale ou nominale. La syntaxe absente, le lyrisme l’emporte au détriment d’une logique qui rendrait l’expression moins boiteuse, comme ce passage qui valorise le rasage des cheveux : « Seulement, là, ses yeux, encore plus. La lumière comme les aveugles, ses yeux sans parasols, sans rideaux. À trouer l’asphalte pour arriver au bleu, derrière la lave, de l’autre côté du terrestre. » Autrement dit, les chauves sont plus clairvoyants. Ce n’est que raisonnement fallacieux. Parfois l’écriture se compare même au langage approximatif de celui qui apprend une nouvelle langue. Bref, c’est d’une lourdeur qui risque de se faire passer pour du style. D’aucuns n’y verront que du feu, mais ce roman n’est qu’une ébauche, présage de lendemains prometteurs.