Myriam Beaudoin
Aimer à la folie
ARTICLE -
5 novembre 2009
Son troisième livre en fait la preuve: Myriam Beaudoin sait approfondir sans se répéter. 33, chemin de la Baleine parle lui aussi d'amour impossible et de perte, mais dans un cadre nouveau.
"J'aime les gros plans." Tels sont les premiers mots prononcés en entrevue par Myriam Beaudoin, dont le nouveau roman, pourtant à cent lieues du très applaudi Hadassa (prix France-Québec/Prix des lecteurs et Prix littéraire des collégiens), cultive un même intérêt pour les lieux clos, espaces de la confidence. Nous voilà loin de la communauté juive orthodoxe et de ses mécanismes discrets, mais 33, chemin de la Baleine a pour point de départ la petite chambre d'Éva, cette vieille femme vivant dans un foyer, où un inconnu lui fera la lecture de lettres anciennes, passerelles vers sa jeunesse brisée. "J'aime l'immobilité pour pouvoir mieux regarder. Je travaille à partir du regard, et les endroits clos permettent, je pense, de mieux voir."Il en faut, de l'attention, pour dessiner des personnages aussi vivants, aussi complexes et paradoxaux; pour nous faire croire dans un amour aussi aveugle que celui porté par Éva, dans les années 50 et au-delà, à son mari disparu. "Le point de départ, ça a été le thème de l'abandon, explique l'auteure. Ça me touche infiniment de voir des gens abandonnés, sur le trottoir, seuls au monde. Ça m'a amenée à réfléchir, à me mettre dans la peau de celui qui est abandonné." Cocktail explosif qu'un abandon conjugué à un amour aussi pur. "C'est un amour absolu. Sacrificiel, même, qui va la mener à la folie. On a tous connu ce que c'est que d'attendre un coup de téléphone, de s'imaginer plein de choses et de se faire du mauvais sang. Qu'est-ce qui arrive quand tout ça prend trop de place dans la tête?" Poste-restante Myriam Beaudoin nous étonne un peu en disant ne pas avoir eu de mal à se couler dans le registre d'Éva, dans la voix d'une jeune femme qui fréquente un écrivain et soigne sa langue, mais qui a peu d'éducation et n'est aucunement écrivaine elle-même. "Ça s'est fait tout seul, je dois dire. En fait, j'ai écrit énormément de lettres d'amour, moi, de 16 à 25 ans! J'ai puisé un peu de ce côté, sans doute, tout en gardant à l'esprit qu'Éva a une réelle candeur, elle se livre tout entière, sans filtre." Tout tourne autour d'Éva et de ce qui a fracturé sa vie, donc, mais les personnages secondaires ne sont pas que prétextes. Myriam Beaudoin n'exclut pas de les animer de nouveau, dans le cadre de projets futurs. "Actuellement, quand je repense à Jacques par exemple, ou encore à Solène, la préposée du centre, je me dis qu'il y a encore à dire. Cette fois, je me suis concentrée sur Éva, je voulais qu'elle occupe toute la place, mais je pourrais revenir sur un personnage, oui... Bon, c'est ce que je pense maintenant, mais comme mon travail n'obéit pas à une stratégie, ça peut changer. On verra bien où les prochains livres me mèneront!" Une chose est sûre désormais: où ils la mèneront ils nous mèneront aussi. 33, chemin de la Baleine de Myriam Beaudoin Éd. Leméac, 2009, 192 p.
ooo
33, CHEMIN DE LA BALEINEÉva n'attend plus personne. Elle croupit dans un foyer pour personnes âgées, seule, défigurée par un lointain et mystérieux accident. Sa mémoire s'effiloche et son passé n'a plus de contours, or, quand un homme, Jacques, se présente pour la voir, c'est un grand pan de sa vie qui s'apprête à revivre. Jacques apporte un paquet de lettres, adressées par elle-même, dans les années 50, à Onil Lenoir, ce mari écrivain parti soi-disant pour quelques semaines mais jamais revenu. L'essentiel du nouveau roman de Myriam Beaudoin est contenu dans ces lettres, cri répété d'un amour total et naïf, dont l'écho est mort et qui va se muer en violence. L'auteure insuffle une immense vérité à ses personnages et à leur drame, et si la succession de lettres a parfois quelque chose de redondant, on ne s'en laisse pas moins porter par une intrigue tissée avec soin, dont le noeud ne sera révélé que dans les dernières pages.
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24 mai 2010, 23:24
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Une histoire d’amour, une grande, une forte, une mélodramatique. J’ai tellement embarquée ! ... incroyablement, à en perdre ces questions que je me pose habituellement sur le « comment » et le pourquoi. Je suis devenue une réaction sur deux pattes.
Cette histoire d’amour inassouvie m’a atteinte. Elle se déroule sur deux époques, les années 50 et maintenant. Le maintenant est la rencontre avec Éva, une femme esseulée, amoindrie, vivant dans une résidence où l’on prend bien soin d’elle, ne serait-ce que parce qu’elle est tout à fait charmante. Le vrai charme, candide, sans calcul ou aux calculs si gros que la complicité s'impose. Tout part d’un visiteur qui arrive avec un cadeau, une mystérieuse correspondance qui deviendra le livre de chevet de cette Éva au cœur tendre. Elle s’accrochera à la lecture que le visiteur lui fera de ces lettres, les accueillant comme un «déjà vu » poignant, un film où, les yeux ébahis, elle se reconnait.
Comment vous en dire assez, mais pas trop, je me méfie de mon enthousiasme. Revenons à la question essentielle ; pourquoi ai-je tant aimé ? Pour les émotions vécues, intenses, devant le suspense de l’attente si bien décrite. J’ai attendu, cru, espéré, me suis insurgée, j’ai été bouleversée, ébranlée par la vigueur de l’inépuisable sentiment d’amour de cette femme, que l'on classerait maintenant dans la catégorie des « femmes qui aiment trop ». Imaginez une femme vivant que pour l'amour de son homme, qui n'entend aucune voix essayant de la raisonner, voyez-la fonçant dans son désir sans la moindre logique, ou brin de raison. En 1950, qui se souciait des femmes qui aiment trop ? Elles étaient pour ainsi dire la norme ou, en tout cas, l'effacement total derrière l’homme pouvait passer pour une vertu. Surtout quand l’homme "aimé trop" est un écrivain riche, prolifique, réputé au point d’en être une vedette. Les femmes se l’arrachent et, pourtant, il l’a choisie pour la marier, elle, Éva, cette jeune et peu cultivée femme de bas étage, voilà l'angle sous lequel elle se place. Elle avait certainement des atouts que l’on devine dans le charme discret de cette correspondance qui nous fait pénétrer dans les couloirs de leur intimité, nous laissant complète liberté de nous faire une opinion. Complète liberté nous est laissé de juger, dénigrer, condamner. Ou compatir.
Si je me suis fait bien comprendre, la correspondance date de 1950, tandis que le maintenant se déroule dans la chambre de la vieille femme. Les remarques d'Éva font partie du charme, rajoutent des informations et en même temps, nous fournissent un recul nécessaire. J'ai apprécié ce dosage bien rythmé d'entrées dans le passé et de sorties. Jacques, l'homme qui lit a un lien avec cette correspondance. Pendant un certain temps, une soignante aimante y assistera et un autre lien naîtra mais ces histoires sont restées secondaires pour moi.
La correspondance se présente avec une très habile progression, devenant de plus en plus déconcertante. Si je me suis fondue en Éva - c'est la faute au talent de Myriam Beaudoin - en vivant de très près ce qu'elle vivait, j’ai été engloutie par le mystère : va-t-il revenir ? Est-elle folle ? (on dit bien, folle de lui ?). Pourtant l'histoire n’est pas si original, la voie empruntée courante et je m'interroge un peu sur la pertinence de l'histoire secondaire (lecteur et soignante) mais qu'importe puisque l'intrigue principale m'a comblée.
Un coup de coeur pour moi. Et elle sera présente aux Correspondances d'Eastman (5 au 8 août 2010)
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16 mai 2010, 18:38
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1 commentaire(s)
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Voici un livre qui m'aura captivé dès les premières pages, par son petit côté mystérieux. Un homme se présente au chevet d'une vieille femme perdant la mémoire. Celle-ci a une grande cicatrice dans le visage qui rend la moitié de celui-ci hideux. Cet homme a un présent pour la femme: un journal et des photos. Il commence alors la lecture du livre à la vieille femme. On a alors droit à une histoire d'amour à la fois bien présentée mais, malheureusement, à sens unique et un brin triste.
Une femme a épousé un homme, dans les années 50. Mais celui-ci a décidé de se rendre à l'île aux Coudres pour écrire un livre. Pour la femme, commence alors une longue attente, qu'elle comblera en écrivant régulièrement des lettres à son époux, l'enjoignant de revenir rapidement. Mais l'homme ne reviendra jamais. Elle se laisse dépérir et on parle de l'interner. Mais la femme décide alors de se rendre à l'île aux Coudres, pour le dénouement final de cette histoire... ou presque! Le lecteur et la vieille femme, quelque part, son liés et, avant la fin du livre, vous découvrirez l'origine du lien et...
J'ai beaucoup apprécié ce livre qui présente de très belle façon l'attente de l'amoureuse et la réaction de la vieille dame à la lecture des lettres que celle-ci envoya, de nombreuses années plus tôt. Comme plusieurs, toutefois, je soulignerai le côté répétitif des lettres qui sur une centaine de pages, ressassent toujours le même désir de la jeune femme de voir un jour sont époux revenir.
Il n'empêche que, malgré les mêmes sujets récurrent, le style utilisé est très approprié ce qui permet de garder malgré tout l'intérêt du lecteur. On se prend facilement à vivre dans la peau de la vieille dame et à attendre du lecteur-visiteur qu'il achève le récit de cette histoire d'amour manqué, afin de savoir comment elle se terminera.
Ceux qui apprécient les histoires d'amour offrant une belle profondeur seront certainement comblés par ce livre. Même un public plus élargi y trouvera son compte tant la qualité du texte et la façon de présenter l'histoire sont réussis.
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11 janv. 2010, 12:17
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Onil Lenoir, un écrivain renommé, se réfugie au 33, chemin de la Baleine à l’Île-aux-Coudres pour écrire un roman. Nouveau marié, il laisse sa femme Éva à Montréal, qui peut compter sur une domestique pour la tenue de maison. Libre des travaux qui confinaient la femme d’hier à sa cuisine, elle emploie son temps à se doter d’une culture qui lui manque grandement pour fréquenter aisément les amis de son mari, facilement reconnaissables même s’ils sont évoqués discrètement, comme ce Claude-Henri, auteur probable d'Un homme et son péché. Issue d’un milieu humble, elle est devenue couturière dans une manufacture avant de rencontrer son mari, un homme affranchi de l’Église. Ils se sont tout de même mariés devant un prêtre même si Onil a interdit à sa dulcinée toute pratique religieuse. Sacrilège s’il en est un au Québec en 1953. L’interdiction est d’autant plus ressentie qu’Éva a été élevée dans une famille très religieuse originaire de Saint-Basile, qui croit encore aux vertus du chapelet accroché à la corde à linge pour qu’il fasse beau les jours de mariage. C’est en évoquant la pieuse atmosphère de l’époque que le roman s’attache au calvaire d’une femme privée de la présence de son amoureux pour quelques mois. Elle comble cette absence en lui envoyant des lettres enflammées avec assiduité, mais Onil ne se fait pas un devoir de lui répondre. Pire, il ne se pointe pas au jour prévu de son retour. La situation laisse supposer une lâche séparation pour des raisons qui viennent créer un suspense bien entretenu. Cette disparition ne peut se conclure par l’abnégation d’un amour aussi absolu. Un tel abandon comporte les germes qui fleurissent dans les institutions psychiatriques, en l'occurrence l'hôpital Douglas, où Jacques Lenoir se rend pour rapporter les lettres d'Éva alors que la vieillesse l’a clouée à son fauteuil roulant. La facture du roman s’appuie sur la lecture par ce mystérieux personnage de cette correspondance à sens unique. Le procédé ne s’avère aucunement ennuyeux même si chaque missive ressasse les sentiments inlassables d’une femme désespérée. Trop sénile pour se reconnaîtra dans cette histoire, elle apprécie tout de même son lecteur, qui s’intéresse à elle pour des raisons que révèle un dénouement très expéditif. Myriam Beaudoin a écrit autant l’histoire d’un amour avorté que l’histoire d’une folie. Malgré les redondances et une trame secondaire assez floue, le roman traduit, avec brio et simplicité, les ravages d’une séparation, aussi douloureuse que celle décrite par Anne Guilbaut dans Joies.
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05 nov. 2009, 13:09
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C’est une forte, une folle, une mélodramatique histoire d'amour. Et j’ai tellement embarqué ! À en perdre ces questions que je me pose habituellement au fil de mes lectures sur le « comment » l’histoire est écrite, pourquoi j’y réagis, l’analyse quoi ! J’ai été une réaction sur deux pattes. Cette histoire d’amour inassouvie m’a atteinte.
Elle se déroule sur deux époques ; les années 50 et maintenant qui nous amène à Éva, une femme esseulée, amoindrie, vivant dans une résidence où l’on prend bien soin d’elle, ne serait-ce que parce qu’elle est tout à fait charmante. Le vrai charme, candide, sans calcul ou aux calculs si gros que le clin d’œil à la complicité s'impose. Tout part d’un visiteur qui arrive avec un cadeau, une mystérieuse correspondance qui deviendra le livre de chevet de vie de cette Éva au cœur tendre. Elle s’accrochera à la lecture que le visiteur lui fera de ces lettres, les entendant comme du «déjà vu », poignant, un genre de film se déroulant sous ses yeux ébahis ... en même temps que les nôtres bien entendu.
Comment vous en dire assez, mais pas trop, je me méfie un peu de mon enthousiasme, je reviens donc à question essentielle ; pourquoi ai-je tant embarqué ? Pour les émotions vécues, intenses, devant le suspense de l’attente si bien décrite. J’ai attendu, cru, espéré, me suis insurgée, j’ai été bouleversée, ébranlée par la vigueur de l’inépuisable sentiment d’amour de cette femme, que l'on classerait maintenant dans la catégorie de ces « femmes qui aiment trop ». Imaginez une femme vivant que pour l'amour de son homme, n’entendez aucune voix moralisatrice essayant de la raisonner, voyez-la fonçant sans la moindre logique, ou brin de raison. En 1950, qui se souciait de ces femmes qui aiment trop ? Elles étaient pour ainsi dire la norme ou, en tout cas, cet excès d’effacement derrière l’homme, pouvait passer pour une vertu. Surtout quand l’homme "aimé trop" est un écrivain riche, prolifique, réputé au point d’être une vedette. La gent féminine se l’arrache et, pourtant, il l’a choisie, elle, Éva, pour la marier, cette jeune femme de bas étage. Elle a des atouts que l’on devine, voilà le charme discret de cette correspondance qui nous entre en catimini dans les couloirs de leur intimité, nous laissant la complète liberté de se faire une opinion. À travers ces lettres si poignantes de vérité, libre à nous de juger, de dénigrer, de condamner. Ou de compatir.
La correspondance date de 1950, tandis que le maintenant se déroule dans la chambre de la vieille femme et les remarques d'Éva font partie du charme, rajoutent des informations et en même temps, nous donnent ce recul, je dirais, nécessaire. J'ai apprécié ce dosage d'entrées et de sorties entre le passé et le présent. Je rajouterais que Jacques, le lecteur, a un lien avec cette correspondance. Pendant un certain temps, une soignante, très attachée à Éva, y assistera et un lien naîtra entre le lecteur et la soignante. Cette histoire est restée floue et secondaire pour moi.
La correspondance avance avec une progression très habile et devient de plus en plus déconcertante. Lorsqu’une lecture nous kidnappe, j’imagine qu’elle va chercher en nous des émotions troubles. Cela doit être le cas ici, je n’irai pas jusqu’à me psychanalyser, mais je me suis fondue au coeur de cette Éva - et c'est la faute au talent de Myriam Beaudoin (!) - en vivant de trop près ce qu'elle vivait, j’ai été engloutie.
Je ne suis pas en train de dire que j'ai trouvé que des qualités au roman. Par exemple, pourquoi amorcer une histoire secondaire (lecteur et soignante), si ce n'est que pour l'effleurer, aussi bien les laisser figurants. Le filon offert et laissé en suspens ne m'a rien apportée. Mais la raison est que l'intrigue principale m'a comblée, autrement dit, quand la plus grande qualité est de nous embarquer au point d'en perdre le sens critique ...
J’imagine qu’être écrivain, c’est ce que je me souhaiterais ; que tous mes lecteurs perdent leur sens critique !!!
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