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Société

Jean-François Lisée

Entre nous et moi


ARTICLE - 22 novembre 2007
Elias Levy

Jean-François Lisée: "On ne doit pas s'interdire d'agir parce qu'on pense que la pire interprétation possible de la Charte des droits et libertés va nous empêcher de faire ce qu'on considère souhaitable."
Instigateur du controversé projet de loi sur l'identité québécoise proposé par Pauline Marois, Jean-François Lisée n'en démord pas: la création d'une citoyenneté et d'une constitution québécoises est le seul remède à la crise identitaire que traversent les Québécois.
 
Voir: Selon vous, l'adoption d'une citoyenneté québécoise est une nécessité urgente.

Jean-François Lisée: "La citoyenneté, c'est un moyen de faire en sorte que la majorité franco-québécoise retrouve son estime de soi, qui est essentielle. Je pense que si on n'a pas l'estime de soi, on est parfois porté à détester l'autre. Ce qui m'irrite dans le débat actuel, c'est qu'on a l'impression que la faute est à l'autre, aux nouveaux arrivants. Or, la faute n'est pas à l'autre. La faute est à la majorité, qui n'a pas eu la force de caractère de dire clairement qui elle est et ce qu'elle attend des autres, surtout des nouveaux immigrants."

Comment instaurer et légaliser une citoyenneté québécoise alors que le Québec n'est pas un pays souverain?

"C'est sûr que c'est complexe. Mais les citoyennetés internes, ça existe dans des situations singulières, et le Québec est une situation très singulière. La France, pays centralisateur, a accepté de créer une citoyenneté pour les habitants de la Nouvelle-Calédonie; la Finlande en a créé une pour sa province suédoise; le Canada vient d'accepter d'en créer une pour les Amérindiens de la Colombie-Britannique, la nation Nisga'a. C'est possible juridiquement puisque le Canada vient de le faire. Est-ce que c'est constitutionnel? J'aimerais bien entendre le Canada dire que c'est constitutionnel pour les Amérindiens, mais pas pour la nation québécoise."

Le grand tollé provoqué par cette proposition vous décourage-t-il?

"Pas du tout. Quand René Lévesque et Camille Laurin ont fait la loi 101, ça a provoqué aussi un immense tollé. Les dénigreurs de cette loi n'ont cessé de claironner que cette loi linguistique était foncièrement anticonstitutionnelle. Effectivement, la Cour suprême du Canada a enlevé des petits bouts de loi 101, mais le progrès massif que celle-ci a permis a été essentiel. Aujourd'hui, tout le monde reconnaît, y compris les anglophones québécois, que ça a été une mesure extrêmement intégratrice. On ne doit pas s'interdire d'agir parce qu'on pense que la pire interprétation possible de la Charte des droits et libertés va nous empêcher de faire ce qu'on considère souhaitable."

Vous reconnaissez, dans votre livre, que la création d'une citoyenneté et d'une constitution québécoises sera une alternative au projet souverainiste, récusé pour le moment par une majorité de Québécois. Pour les nationalistes québécois, ce "plan B" n'est-il pas un aveu d'échec?

"La Constitution qui nous lie à nos voisins canadiens, le Québec ne l'a jamais signée. Les Québécois sont dans une situation très paradoxale, ni à l'intérieur ni à l'extérieur du cadre confédératif canadien. D'une part, cette situation nous fragilise, mais d'autre part, elle nous oblige à la créativité. L'idée d'une citoyenneté québécoise est urgente à cause de la crise identitaire que nous vivons aujourd'hui. Est-ce que l'instauration d'une citoyenneté interne nuira à la souveraineté du Québec? Deux arguments, fort valables, s'opposent. Il y a des gens qui disent que si on avait une constitution et une citoyenneté internes, ça nous donnerait quoi d'avoir en plus une souveraineté politique? D'autres disent que tout ce qui contribue à construire l'identité québécoise, en l'occurrence une citoyenneté interne, prépare l'avènement de la souveraineté. Moi, je dis, laissons l'avenir décider et posons-nous la question de savoir si le Québec du début du 21e siècle a besoin d'une citoyenneté et d'une constitution internes pour se redonner un équilibre entre sa majorité francophone et ses minorités, asseoir l'estime de soi de sa majorité, mieux accueillir ses nouveaux immigrants, assurer la réussite de leur intégration."

Au chapitre de l'éducation, vous faites une proposition qui, sans doute, suscitera l'ire des souverainistes les plus invétérés.

"Je propose carrément de fusionner les réseaux francophones et anglophones des cégeps, pour en arriver graduellement à un seul réseau, dans lequel tous les jeunes Québécois, peu importe leurs origines culturelles, partageront une expérience commune. Actuellement, 57 % des non-francophones ayant fréquenté l'école française, parce que la loi 101 les y obligeait, poursuivent leurs études post-secondaires dans un cégep anglophone. Beaucoup de francophones vont étudier au cégep en anglais non pas parce qu'ils pensent que l'enseignement est meilleur, mais tout simplement parce qu'ils veulent avoir une connaissance opérationnelle de l'anglais. On ne peut pas les blâmer pour ça. Prolonger la ségrégation avec la loi 101 au cégep, ce n'est pas une solution. Mais, ça n'a pas de sens non plus qu'une partie de plus en plus grande de l'élite du Québec de demain soit formée dans les institutions scolaires de la minorité anglophone. Il faudrait d'abord procéder par projets pilotes, dans la région montréalaise. Dans ces cégeps nouveaux, les trois-quarts de l'enseignement seraient prodigués en français, le quart en anglais. Il s'agirait d'un pas important à la fois pour la prédominance du français et pour le nationalisme civique, sans compter que cette mesure contribuerait à la rétention des jeunes non-francophones québécois, qui seraient mieux préparés à réussir au Québec."

Sur le plan linguistique, vous proposez aussi un grand changement d'orientation...

"Oui. Jusqu'à maintenant, chaque fois qu'on parle de l'épineuse question de la langue, surtout dans le camp souverainiste, on a l'impression qu'on veut que le Québec devienne aussi francophone que l'Ontario est anglophone. Les Québécois francophones ne veulent pas du tout ça. Ils veulent évidemment que le français, langue commune, soit parlé par tous, mais ils sont également très conscients que la vitalité du Québec tient aussi au fait qu'il y a une minorité anglophone historique qui a une masse critique et des institutions, qu'elle continue à développer. Si la masse critique de la communauté anglophone diminuait un jour, il faudrait intervenir pour que celle-ci soit préservée. On devra faire aussi la même chose pour assurer la pérennité des communautés amérindiennes et des communautés culturelles, qui ont une identité forte et réelle."

Il y a plusieurs "Nous" au Québec: le "Nous" de la majorité francophone, le "Nous" de la minorité anglophone, le "Nous" des Amérindiens, le "Nous" des communautés culturelles... Notre objectif pour le siècle, c'est de reproduire à peu près l'équilibre linguistique qu'on a aujourd'hui. Donc, nous avons tous intérêt à être en bonne santé linguistique. Admettre que la prédominance du français doit devenir un principe général d'application de la législation et de la réglementation linguistiques, c'est non seulement s'ajuster au réel, mais aussi miser ouvertement sur toutes nos forces, y compris les forces anglophone, allophone et autochtone."

Nous
de Jean-François Lisée
Éd. du Boréal, 2007, 108 p.

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09 déc. 2007, 11:45
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Ce jeu de mots insipides, a débuté par le fameux discours de monsieur Jacques Parizeau. Lors de la perte, du référendum de 1995. La plupart des gens, avaient bondi par le mépris et l’arrogance de cet homme. D’ailleurs je crois, que c’est le surlendemain, qu’il a dû démissionner. Mettant tout le Parti Québécois, dans l’impasse totale. Je n’aborderai même pas, à savoir si les votes ont été volé ou pas? L’Histoire, saura le dire objectivement.

Jean-François Lisée, nous revient en essayant peut-être, de nous préparer à l’éventualité d’un troisième référendum? Alors, on joue sur le sens des mots. C’est le «nous pure laine»,  le «NOUS de toutes Ethnies», et il y aura toujours les «Eux», qui semble-t-il représente tous les individus, qui ne veulent pas s’intégrer au Québec! Alors, commence le jonglage sur le sens, le non-sens et même le contresens, du fameux : «nous, nous-Nous, et nous-Nous-eux»!

Pour tous ceux, qui ont pu voir l’émission de, Marie-France Bazzo la semaine dernière, c’était de toute beauté! Monsieur Lisée discourait de diplomatie, pendant que d’autres invités n’avaient pas le choix (?), de pouvoir définir le terme, sans trop s’y enfarger! Poussant même l’audace, à faire faire un dessin,  par chaque participant. L’entourloupette consistait, à passer tout un sapin de belles convenances!

Il est possible de s’intégrer, quand on a la volonté de connaître l’identité d’un peuple. Il n’est pas question d’assimilation, ni faire renier les origines de personne, seulement s’acclimater aux Us et Coutumes. C’est pourtant si simple, qu’il faut tout compliquer. À tel point, qu’il aura fallu  «La Commission Bouchard-Taylor», pour tenter de se redéfinir? Même feu René Lévesque ou  Pierre Bourgault  tomberaient sur leur séant!

24 nov. 2007, 10:22
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Les arguments mis de l'avant par l'auteur de l'article sont quasiment imparables.  Impossible de les éviter pour peu que l'on s'aventure sur la pente glissante de ce débat étouffé avant de naître.  Le gouvernement fédéral par la voix de cet ineffable premier ministre qui croit avoir réponse à tout n'a-t-il pas lui-même tenté de clore ce débat en accordant du haut de sa miséricorde le statut de Nation à ce peuple qu'il méprise par ailleurs !  Si l'on poursuit tant soit peu cette logique qu'il a initiée, une constitution québécoise ne serait-elle pas que le reflet un peu plus formel de cette noble intention de notre premier ministre canadien et de ses supporters partisans du Québec ? 

Mais, s'il suffisait de pousuivre les mots sur leur lancée, quitte à remédier en cours de route à des ajustements que certains présenteraient comme des accommodements raisonnables, la chose serait vite réglée.  Cette Constitution serait aussi opérante que l'est le concept de Nation pour l'avénement dev la souveraineté, soit d'un poids quasi nul. 

Ce n'est donc certainement pas pour ses vertus d'efficacité en vue de l'avénement de la souveraineté que les stratèges qui ont porté cette idée à l'attention du public l'ont fait.  Il faut plutôt y voir une façon de piéger les adéquistes et les conservateurs sur leur propre terrain pour les mettre en contradiction avec leurs véritables intentions qui consiste à noyer le poisson plutôt que de lui fournir une frayère où il pourrait engendre sa descendance. 

Ce projet est certainement né côté cour de la scène de notre Histoire encore trop courte.  Côté jardin, il n'y serait apparu qu'en compagnie d'un autre personnage, celui de la Souveraineté.  Mais nous n'en sommes qu'au ptremier acte de cette pièce.  Déposé par un parti qui ne peut l'imposer à l'Assemblée, il mourra dans l'oeuf.  Cependant, lorsque viendra l'heure où il pourra l'être par un parti en mesure de l'imposer, la réponse devra alors venir du gouvernement fédéral et alors, tous et chacun pourront juger de la fausseté des intentions des conservateurs quand ils nous ont gratifiés du beau nom de Nation.   

23 nov. 2007, 22:14
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Jwe ne comprend pas pourquoi certains québecois cherchent absolument à se détacher du reste. Que gagnerons-nous à nous diviser. Nous sommes déjà déchirer sur la question.

On a une bele province dans un beau pays. Nous réussissons à sauveguader notre langue, sans trop de misère. Le Québec est une des provinces la plus respectée de tout le Canada.

 J'ai peur qu'à crier notre voeux de nous séparer nous finnisions par un divorce. Ce n'est pas nous qui va quitter. Mais nous allons nous faire expulser du plus beau pays terrestre. On a de belles posibilités. Mais avec les autres on a l'équipe et tout pour rester les meilleurs.

22 nov. 2007, 16:46
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En plus du PQ, l'ADQ a aussi comme objectif, l'adoption d'une nationalité et d'une constitution québécoises. Fait que, si le PQ et l'ADQ qui sont majoritaires à notre Assemblée nationale, joignent et coordonnent leurs forces, cet objectif a de bien meilleurs chances de réussir, il me semble.

22 nov. 2007, 11:23
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Il y a quelques années je suis allé à une conférence sur l'avenir du mouvement souverainiste à l'université de Montréal. J'ai eu l'occasion de poser une question concernant la fameuse tendance au "Québec bashing" dans les journaux anglophones. Je demandais alors au conférencier s'il était normal, encore aujourd'hui, d'endurer de telles injures et pourquoi ces comportements ne faisaient pas vraiement de bruit dans les médias officiels. Évidemment, le fait de révéler à la face du monde le racisme séculaire des anglophones procurerait un souffle nouveau au mouvement souverainiste. Comme toute réponse le conférencier me mentionna que Jean-François Lizée préparait un essai sur la question.

Depuis, Normand Lester a publié ses trois tômes du fameux "Livre noir du Canada anglais". Malgré un succès populaire significatif, les médias n'ont pas cru bon de s'étendre sur le sujet et peu ont parlé de ce brûlot. De plus, la commission Bouchard-Taylor tente de nous convaincre que le véritable enjeux des accommodements raisonnables concerne surtout les questions de type religieux. On oublie trop vite que les nouveaux arrivants, surtout allophones, s'intègrent plus facilementà la communauté anglophone du Québec. Cependant cette communauté véhicule des préjugés tenaces envers les francophones et perpétue une haine dont on entend très peu parler. Cette attitude constitue l'entrave la plus grossière à l'identité québecoise. En fait, l'ampleur de la québécophobie au Québec est si répandue que l'on peut être en droit de se demander si cette forme de racisme n'est pas la plus dominante dans la belle province. Ajoutons à cela le phénomène du "colonisé" et vous comprendrez que ce phénomène est durable.