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Société

Pierre Vadeboncoeur / La Clef de voûte

Pas d'avenir sans passé


ARTICLE - 18 septembre 2008
Elias Levy

Pierre Vadeboncoeur: "C'est peut-être la première fois dans l'Histoire que le passé des pensées est considéré si absolument comme passé."
Figure marquante de l'intelligentsia québécoise, l'essayiste Pierre Vadeboncoeur publie un livre dans lequel il nous exhorte à ne pas tourner définitivement le dos aux valeurs traditionnelles et au passé. "Ne cassons pas l'espérance", martèle cet humaniste désarçonné par notre époque nébuleuse.
 
Voir: Le phénomène que vous qualifiez de "déshérence de la culture", selon vous inéluctable, vous inquiète profondément?

Pierre Vadeboncoeur: "Ce n'est pas un phénomène proprement québécois. Je ne réfléchis pas sur cette tendance délétère à partir d'une perspective nationale. C'est un phénomène plus étendu et plus profond. Notre temps ne remontera pas de lui-même jusqu'à ces régions où des pensées indépendantes du contingent empliraient de nouveau les consciences. Il a adopté l'attitude opposée, portée uniquement vers demain et ne sachant plus guère s'arrêter et simplement penser. Désormais, la pensée ne conduit plus à la Pensée. Il y a des écrivains en grand nombre, mais notre temps, qui est d'une étrange inculture, emporte la société globale, y compris les lettrés, dans une direction où les richesses spirituelles de toujours n'ont plus cours. On ne connaît plus le recueillement. Écrivains et lettrés savent-ils bien davantage ce que c'est? Tout devrait être sans cesse rappelé de ce qui ne change pas, mais notre époque enferme à double tour ce passé dans la prison de ce qui fut."

Vous êtes très critique envers la notion de "postmodernité". Pourquoi?

"Le principe de ce qu'on appelle "postmodernité", c'est la table rase, autant dire l'ignorance! On s'oppose à la culture par un parti pris si gratuit qu'il n'est même pas formulé. Il s'agit d'absence à la culture. On ne peut même pas appeler ça le modernisme parce que le modernisme est fécond. Je ne suis pas contre la modernité, je suis contre la pensée instantanée, réductrice et inepte. L'héritage, l'immense savoir de l'homme sur l'homme et sur l'esprit, est déposé, sans plus, sur le côté du chemin. On n'en a pas besoin, croit-on aujourd'hui, pour inventer l'avenir. La rupture est consommée et ce n'est même pas une rupture. C'est une indifférence. On laisse tomber un poids tenu pour inutile. C'est peut-être la première fois dans l'Histoire que le passé des pensées est considéré si absolument comme passé."

Vous déplorez que le culte du passé ait disparu dans la société québécoise.

"L'élimination du passé, donc de la culture, bat son plein. Aujourd'hui, le pur immédiat non seulement prévaut mais se définit comme une valeur. Le culte du passé n'existe plus. À chaque moment, l'on s'écarte de la culture - à chaque geste, à chaque nouveauté. La culture de masse ne fait évidemment qu'aggraver cette tendance. On est de plus en plus loin du compte, malgré une vie intellectuelle abondante. Sociologiquement, le vide continue de se faire."

Certains vous reprochent d'être un contempteur de la laïcité. Cette critique est-elle fondée?

"Je ne suis pas contre la laïcité, car c'est une réalité irrécusable. Je suis aussi laïciste que n'importe qui. Il n'y a pas d'incompatibilité entre mon profond attachement aux valeurs traditionnelles catholiques et mon inclination pour la laïcité. Gérald Godin disait que "Marx était un curé de gauche"! Par exemple, dans le cas du Québec, je considère que la Révolution tranquille a été un mouvement social très salutaire parce que ç'a été une quête identitaire authentique fondamentalement inspirée par des valeurs importantes, même si celles-ci n'étaient pas toujours proclamées. Toutes les valeurs sont valables lorsqu'on s'escrime à bâtir une société meilleure et plus équitable."

Le capitalisme libéral vous horripile?

"J'ai oeuvré dans le mouvement syndical pendant une quarantaine d'années. J'ai été amené par mon tempérament à combattre des injustices sociales engendrées par un capitalisme impitoyable. On n'a jamais pu contrer ce capitalisme sans visage humain. À l'époque, dans le milieu syndical, c'était moins compliqué. Les luttes se menaient entreprise par entreprise. Aujourd'hui, le mouvement syndical, qui est en plein déclin, est confronté à un grand problème: il ne sait pas comment composer avec la conjoncture sociale et économique actuelle. Par exemple, les militants du mouvement altermondialiste ne savent pas comment affronter cette monstruosité qu'est la mondialisation. C'est un mouvement ravageur qui, à mes yeux, ne recèle rien de positif."

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20 sept. 2008, 13:26
1 commentaire(s)
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Bien que de très larges pans idéologiques nous éloignent l'un de l'autre, depuis la question de la religion, en passant par celle du syndicalisme et, aussi, une vision politique complètement aux antipodes, je partage néanmoins fortement la préoccupation de Pierre Vadeboncoeur relativement à ce savoir accumulé qu'on abandonne, en ignares, "sur le côté du chemin".

Et, à voir à quel point le mot culture a le dos large aujourd'hui, il me semble assez incontestable de dire que la culture des uns s'avère bien souvent l'inculture pour d'autres.  Ce que l'auteur-compositeur et interprète Paul Simon a pour sa part déjà exprimé ainsi: One man's ceiling is another man's floor...

On pourra trouver notre époque bien désespérante, ne générant presque plus (en apparence) que des consommateurs pressés de se procurer, sitôt mise en marché, la toute dernière merveille technologique - mais une merveille trop souvent inutile pour peu qu'on y regarde de plus près.  Nous sommes à l'ère du grand gaspillage, tant de l'intellect que des ressources non-renouvelables.  Mais, aussi déçu que je puisse être de la tournure des choses, je garde malgré tout confiance.  La bêtise ne pourra durer qu'un temps, non?

L'Histoire de notre monde n'est-elle d'ailleurs pas comparable à un gros balancier?  Quand le mouvement ne peut plus aller davantage dans un sens, il repart toujours dans l'autre. Parce que, comme l'a écrit l'auteur français André Maurois, l'histoire est un perpétuel recommencement.  Après la pluie, le beau temps, dira-t-on plus prosaïquement...

18 sept. 2008, 10:50
répondez à cette critique!

Je viens à peine d'écrire un commentaire sur le site de Miss Judith Ritchie dans lequel je dis qu'il faut savoir tourner le dos au passé avant d'entreprendre une relation amoureuse sérieuse, car penser à son excédent amant tout juste avant de dire ''OUI, je le veux'' annonce un mauvais présage.  Et voilà que je viens sur le site de Voir et trouve cet article dans lequel Monsieur Pierre Vadeboncoeur exhorte la population à la vigilance à savoir qu'il est impensable de prévoir l'avenir sant tenir compte du passé.

Je partage entièrement les points de vues de monsieur Vadeboncoeur.  Cependant je nage aisément dans le courant actuel.  Par exemple, ma fille porte l'uniforme à l'école.  C'est notre choix personnel pour une question économique et éthique.  Or,hier soir, elle et moi sommes allées à la première rencontre des parents.  J'étais vêtue de manière à avoir à la fois l'allure d'une hippie respectable et d'une dame de classe super cool.  Je vous ai déjà dit que je suis Sagitaire, donc double.  Ma fille, elle, portait un ensemble en jersey.  Sa petite jupe ne lui permettait pas de se pencher sans montrer ce qu'il ne faut pas.  Toutefois, il y a des stylistes qui pensent aux gens de ma catégorie.  En fait, elle portait une jupe-short.  C'est ça notre modernité.  C'est l'ère du jeu, du doute, du tout et je pense que c'est le début d'un retour vers ce que les anciens qui n'existent plus ont connu.  Vous savez, le temps des dentelles, des froufrous, des salons, d'une certaine noblesse légère, amie du beau en passant par la médiocrité, l'ère classique quoi.

Je reste accrochée à ce monde de rêve par rapport à ma fille qui m'a dit un jour : ''Maman, relançons la mode.  Faisons la belle table.  Habille-moi en robe et en jupe.  Fais-moi deux belles tresses la semaine et laisse mes cheveux flotter sur mon dos en fin de semaine.''   Je lui qui que les princes charmants n'existent plus et que toutes ces bonnes manières ne sont que choses du passé.  Mais elle tient mordicus à me plonger dans un monde de rêve et c'est ce qui me donne du plaisir dans mon travail de mère.  Les enfant sont des ponts qui relient l'avenir aux passé.