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Société

Daniel Jacques / La Fatigue politique du Québec français

Grosse fatigue


ARTICLE - 20 novembre 2008
Elias Levy

Daniel Jacques: "Il faudrait peut-être qu'on redevienne des Canadiens français."
Dans un essai passionnant, le philosophe indépendantiste Daniel Jacques sonne le glas du souverainisme québécois. Une radioscopie décapante du projet nationaliste québécois.
 
Voir: Une majorité de Québécois sont réfractaires à la tenue de nouvelles élections. N'est-ce pas un signe éloquent de leur "fatigue politique", phénomène dont vous analysez les causes dans votre livre?

Daniel Jacques: "Aujourd'hui, la fatigue politique des Québécois transparaît dans l'admiration et l'enthousiasme suscités par Barack Obama. Depuis quelques mois, tous les politiciens québécois se réfèrent, de façon un peu ridicule, au nouveau président élu des États-Unis. C'est la preuve patente qu'on voudrait aussi avoir au Québec une politique qui soit inspirante, c'est-à-dire habitée par un idéal. Au fond, la seule passion politique - pas l'unique projet politique - que les Québécois ont connue, c'est celle qu'a suscitée l'idée d'une indépendance, ou d'une souveraineté, éventuelle du Québec. Or, ce que les Québécois vivent aujourd'hui, c'est la perte d'un idéal, qui s'accompagne d'une nostalgie lancinante. Nous sommes en quête d'une forme politique plus inspirante. Notre morosité face aux élections qui s'en viennent, c'est une façon de manifester notre déception face à ce manque d'idéal."

L'intellectuel indépendantiste que vous êtes est arrivé à la conclusion que le projet visant à faire du Québec un pays souverain n'est qu'un voeu chimérique qui ne se concrétisera jamais. Cet aveu d'échec est un sévère camouflet pour les nationalistes québécois.

"Je suis un indépendantiste. Mais, avec le temps, j'ai réalisé lucidement que la réalisation de cet idéal-là se révèle aujourd'hui de plus en plus improbable pour plusieurs raisons, que j'énumère dans mon livre. Le fait de maintenir cet idéal qu'est la souveraineté, ou l'indépendance du Québec, en sachant toujours que celui-ci est repoussé et jamais actualisé, ça a des conséquences nuisibles sur la vie politique québécoise. Pour sortir de cette situation néfaste, on doit adopter une nouvelle attitude: retourner au sein du Canada. Il faudrait peut-être qu'on redevienne des Canadiens français. Mais soyons clairs et ne nous leurrons pas! En réalité, les Québécois n'ont jamais cessé d'être des Canadiens français au plan de la politique réelle."."

Selon vous, "le souverainisme, sous toutes ses formes, n'est finalement qu'un avatar de notre impuissance politique et l'expression pour ainsi dire terminale, résiduelle, de notre difficulté à être dans l'histoire". Vous ne faites pas dans la dentelle!

"Le souverainisme québécois, c'est cette confusion dans laquelle nous nous sommes maintenus au niveau des idées et cette impuissance de notre volonté de désirer une espèce de plénitude pour nous-mêmes. C'est ça, au fond, l'idée de fatigue politique que je décris dans ce livre. De toute façon, le constat de l'échec du projet souverainiste est patent. Une des conséquences malheureuses de notre impuissance politique, c'est le déni, c'est-à-dire de ne pas regarder la réalité en face. Les souverainistes sont incapables d'assumer pleinement l'échec qu'ils ont subi lors des deux référendums sur la souveraineté du Québec. Il est temps d'admettre que démocratiquement, à deux reprises, on a choisi de demeurer au sein du Canada. Les souverainistes ont beaucoup de difficulté à assumer cette décision collective et la réalité: le pays réel dans lequel les Québécois vivent est toujours le Canada!"

Jean Charest tient un discours à forte tonalité nationaliste qui ulcère les souverainistes. Les fédéralistes québécois ne sont-ils pas en train de puiser dans une rhétorique et une symbolique nationalistes qui, jusqu'ici, étaient l'apanage quasi exclusif des souverainistes?

"On a l'impression que la référence à l'identité nationale n'a plus aucun aspect dangereux ou révolutionnaire, que sa portée politique a été neutralisée. Par exemple, le Parti conservateur du Canada ne cesse de claironner à la Chambre des communes d'Ottawa qu'il reconnaît désormais la nation québécoise. Cependant, cette "reconnaissance" n'a aucun effet concret sur la Constitution et la pratique politique canadiennes. La référence à l'identité nationale est devenue essentiellement rhétorique. On vit aujourd'hui dans un univers de langage où la référence à la nation n'a aucune conséquence au niveau de l'organisation du pouvoir. Tout le monde a bien compris qu'il n'y a aucun risque à s'approprier le vocabulaire nationaliste, qu'on soit fédéraliste ou qu'on soit à droite, ou à gauche, de l'échiquier politique, puisque ce vocabulaire a été complètement vidé de son contenu révolutionnaire. Une des remarques les plus brillantes et les plus inspirantes d'Hubert Aquin dans un petit texte intitulé L'Existence politique, qu'il a écrit au début des années 60, est: "Ma plus grande crainte, c'est que les Québécois se contentent d'une révolution dans les mots, c'est-à-dire qu'ils se contentent de changer de vocabulaire au lieu de faire la révolution." On a effectivement changé d'identité en nous renommant nous-mêmes "Québécois". On a renommé nos institutions, on a reformulé notre vocabulaire politique... Mais, au fond, les structures fondamentales de la société au sens politique sont demeurées inchangées. Effectivement, pour les partis fédéraux, il y a un énorme profit électoral à intégrer une partie du discours de leurs adversaires souverainistes puisque, de toute façon, il n'y a aucun prix à payer."


La Fatigue politique du Québec français
de Daniel D. Jacques
Éd. du Boréal, 2008, 160 p.

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23 janv. 2009, 05:13
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Quel scribouillage Monsieur Jacques! Vous faites une analyse psychologique de vous-même, sinon que du "pattern-matching" de psychologue à deux sous sur tout un chacun, ert vous croyez pouvoir "universaliser" vos propres sentiments sur tous les autres, en usurpant quelque  chapeau de "philosophe"? Monsieur Jacques, de un vous seriez un "con-artist": un philosophe croit en l'humain, contrairement à cet exercice de cyborg si soumis à quelque recette de psy, qu'il n'y aurait plus de libres-arbitre ni d'aspiration qui vaillent. De deux... Par Dieu! comme le dirait Voltaire à Rousseau concernant son Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes: on n'a jamais employé tant d'esprit à vouloir nous rendre bêtes, il prend envie de marcher à quatre pattes quand on lit votre texte.

 De fait on croirait lire un gamin frustré d'avoir "perdu" son rêve de son vivant, et ne voulant surtout pas que ses enfants l'accomplissent, par pure et mesquine vengeance de "nombrilisme babyboomeresque", voilà ma propre analyse psy de votre propos. Monsieur Jacques, vous semblez couver une certaine mégalomanie pour vous projeter ainsi sur tous, et c'est bien vulgaire, voir insultant... Ou alors il ne serait question que de petite manipulation... Qui vous a passé une telle commande? Car il ne pourrait en être autrement sans vous taxer d'idiot défaitiste et déviant, à défaut de malsain. La condition de la Nation québécoise est inacceptable, et rien dans votre incitation à jouer les colonisés ad vitam eternam ne pourra changer cela, sauf un "génocide Tranquille" après votre "révolution tranquille"... Est-ce cela votre but? C'est acceptable pour vous que notre condition humaine fasse en sorte que nous ayons le record des tentatives de suicide chez les jeunes? Qui les fait suicider d'après vous? Car il doit y avoir une raison socio-politique pour un tel taux, ça n'est pas "normal"! Qui ne les a pas mis au monde à défaut de les laisser aller tant on se précoccupa si exagérément des nombrils, qu'on perdit de vue le cordon ombilical, sa source? Vous croyez que votre génération a fait une erreur, celle de ne pas se reproduire (merci au Canada et ses collabos qui commandent les médias, digne du conditionnements de masse "à la Goëbles" pour nous niveler par le bas et détruire notre langue à défaut d'être soumis, histoire de ne plus pouvoir exprimer de manière réfléchie nos aspirations, les exemples pullulent), et que donc?... Dites votre pensée au complet svp, au lieu de baisser les bras et l'échine, ce n'est pas une joute de hockey où après votre passage il n'y aurait plus qu'un "gagnant" et un "perdant"...

Moi ça m'énerve les pseudo intellectuels qui usent de circonlocutions au lieu de dire la totalité de leur pensée, qui jouent les technocrates de l'esprit humain... Ce que vous n'avez pas du tout compris, tout comme la plupart des souverainistes frustrés de nos générations et qui ont changé leur fusil d'épaule par dimple défaitisme, c'est que la souveraineté n'est pas qu'une question d'avoir le pouvoir pour le "trip" du pouvoir parvenu, mais de bon sens humain! Et ce dernier est à l'antipode de la condition politcailleuse du Canada (sans mentionner la langue et la culture qui s'y collent), alors qu'on nous manipule inlassablement sur les questions linguistiques afin de magoiuiller le pouvoir d'un côté comme de l'autre, ici comme à Ottawa en parlant surtout des fédéralistes.. Exemle 1: Charest fit du CHUM une question linguistique (une belle démonstration en soit sur la xénophobie des fédéralistes, hétitage de Lord Durham oblige), pour aboutir à deux projets, et bien entendu c'est le CHUM anglophone qui se fait construire tandis que l'on met nos propres idées sur une tablette quand i ls'agit des francophones - en niaisant avec des études bidons et avec le trésor public. ex2:: Au nom de l'utopie canadienne, xénophobe en soit, les fédéralistes se permettent de saboter sans aucun scrupule notre démocratie (Harper), et vont même jusqu'à s'en vanter (Martin) - une attitude propre aux monarchies de naguère et aux colonies pécunières d'aujourd'hui (oui xénophobe, et la politique d'immigration communautariste est éloquente en ce sens, alors que l'on "park" les immigrants en enclos ethniques, la solidarité sociale devenant dès lors ethnocentrique et triturée, ainsi le vote est un fait de communautés ethniques, pas de démocratie: on n'a qu'à amadouer le "cheuf" de clan ou faire une ;a telle communauté, et paf tout le monde vote en bloc, pas besoin d'effort)... Non mais, quel pseudo philosophe moyen-âgeux d'avant les Lumières vous faites. Désolé de le dire, mais à mon avis votre propos est profondément pathétique. Voilà j'ai dit .. ;)

07 janv. 2009, 12:00
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Effectivement, le terme blazé demeure la meilleure définition au souverainisme qui habite les québecois québecoises. Norme enthousiame politique n'a d'égale que notre souvenir du passé. Nous tellement pacifique dans nos propos et notre vie, que la moindre allusion à relever les bras pour atteindre notre objectif est perçue comme un acte criminel. Il est interdit de critiquer les angalis unilingue qui nous servent dans la langue de Shakespeare à Montréal. Encore pire les Molières de naissance virent au Shakespeare pour nous servir à même sauce dans les boutiques! C'est rendu que de ne pas savoir parler anglais couremment est une démonstration de ton ignorance. «Je me souviens» du temps ou parler englais demeurait un atout en langue seconde. Mais aujourd'hui la langue première du Québec quotidien c'est l'anglais. Car les affaires se passent en anglais. D'ailleurs, vous avez sûrement déjà remarqué que dans un groupe s'il y a un anglophone avec des Québecois francophones les discussions se font majoritairement en anglais. Pourquoi? Ben il ne faut pas laisser la personnel seule pour compte! Je m'excuse, mais apprendre le français ne devrait être un fardeau quand tu viens vivre au Québec. Et encore pire si tu veux y faire des affaires.

Je pourrais délirer durant des pages et des pages sur l'euthanasie de la langue française que l'on vie actuellement. Je n'ai pas le verve de M Daniel Jacques, mais «Je me souviens» d'un espoir d'être fier de vivre en français chez-nous! Maintenant je vie une gêne d'être uniquement francophone. Triste temps!

13 déc. 2008, 22:12
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Bien que les propos de Daniel Jacques provoqueront la montée aux barricades du noyau dur du mouvement souverainiste, il se trouvera bon nombre de nationalistes modérés pour abonder dans le sens de le démonstration de Daniel Jacques.  Toutefois, je ne pense pas que nous puissions enterrer la souveraineté aussi facilement, pourquoi ?

Simplement, en considérant l'Histoire récente du Québec, il est aisé de constater que le nationalisme des Québécois en est souvent un de réaction, en ce sens sa remontée fait souvent suite aux attaques des fédéralistes purs et durs et des pourfendeurs de culture.

 Ainsi, nous ne pouvons juger de rien en la matière.  Mais, il appert, actuellement, que le Québec semble à bout de souffle, que les passions identitaires passent au second rang derrière la nécessité de préserver l'économie.  Cela sera vrai pour un temps, mais encore là, on ne peut jurer de rien !

 

Alors, redeviendrons-nous des Canadiens-français ?

05 déc. 2008, 08:46
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À partir de l'itinéraire de ceux dont il interprète la pensée et le parcours, soit celles d'Émile Borduas, d'Hubert Aquin, de Fernand Dumont et de René Lévesques, Daniel D. Jacques en arrive à poser une conclusion qui va complètement à l'encontre de sa longue et pénible démonstration. En effet, alors qu'au cours de ces pages, il s'est employé à tenter de démontrer que la fatigue politique du Québec, telle que véhiculée par ces personnalités, est nocive pour le peuple qui se dit et se veut Québécois, parce que selon lui l'indépendance du Québec est improbable et même impossible, et que par conséquent, il vaudrait mieux qu'il abandonne sa lutte pour réintégrer le Canada en tant que minorité, voilà que dans sa conclusion, il exhorte les partis souverainiste et autonomiste à se faire hara-kiri afin de laisser toute la place à un parti qui brandirait seul et bien haut le flambeau de l'indépendance. Il y a dans ces propos de l'incohérence ou de la mauvaise foi à n'en pas douter, à moins qu'il y ait pis encore...

Ce pis, se pourrait-il qu'il découle de la posture que l'auteur de cet essai adopte pour échapper à celles, en porte-à-faux à ses yeux, parce qu'écartées entre un idéal impossible à atteindre et des soucis pour les siens, ceux de son peuple, qui rendrait leur pensée lourde d'une fatigue, pour utiliser cette expression qui lui tient de concept, insurmontable ? Mais que nous suggère-t-il pour échapper à cette contrariété, cette contradiction qu'il élève au rang d'une aporie, si ce n'est de laisser tomber l'un des termes de cet écartèlement, le souci des siens, pour ne tendre que vers ce qu'il qualifie d'idéal. Mais les choses de gâtent pour lui avec sa proposition de posture qui devient une imposture. En effet, alors qu'il a tenté de prouver que seul un recours idéal sans la médiation de la culture ou de la langue à ce qu'il nomme le Politique pourrait permettre une définition acceptable de notre identité, voilà qu'il propose en conclusion un recours à la politique avec un très petit p, soit la politique partisane qui tente de réduire à néant ses adversaires pour mieux poser ses positions. Cette pensée double et celle de ses agents doit sans doute trouver des adeptes puisqu'il est possible, à partir de l'herméneutique de cet auteur pour parler de la culture, de retrouver les mêmes signes que ceux employés par certains dans le débat souverainiste, comme ceux qui réfèrent à Aquin, à Trudeau, à la Cité...

Et bien pis encore, même si l'auteur de cet essai prend bien soin de laisser dans l'ombre des références philosophiques qui planent au-dessus de ses propos, il est possible d'y voir la marque de Heiddegger, celui dont les dérives idéologiques droitières sont bien connues, avec pour s'en démarquer une référence, explicite celle-là, à Sloterdijk...À nous laisser aller sur la pente qu'il nous indique conduirait à voir d'une d'une bien inquiétante façon la confrérie de ceux qu'il invite à se rallier à sa conclusion...

Mais faut-il prendre à ce point au sérieux, celui qui nous dit dans les pages de cet essai que la Révolution tranquille à été une façon de remplacer l'Église et la Religion par l'État et par la Culture ou qui prend pied sur la pensée des autres pour essayer de paraître la poursuivre tout en en détournant le sens pour mieux préparer sa bizarre conclusion ? Probablement pas.

01 déc. 2008, 14:59
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Dans son texte Jean-Pierre Dubé parle d'un philosophe appelé Gagnon.  De qui s'agit-il? 

 

Aussi, il formule son texte d'une manière telle que la conclusion qui s'impose, c'est que quiconque ne pense pas comme lui devrait relire des livres d'histoire.  Je suis certain que M. Dubé n'ignore pas le fait que l'histoire ouvre la porte à moult interprétations, lectures et visions.  

 

Il n'y a rien de plus accablant que le dogmatisme ou l'anti-intellectualisme lorsqu'il est question d'histoire.

 

JSB

21 nov. 2008, 10:33
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C'est avec beaucoup d'intérêt que j'ai pris connaissance des propos de Daniel Jacques, propos qui m'incitent à me procurer son livre et à éventuellement le dévorer.  

Je fais partie de ces ex-souverainistes désabusés et lassés qui, aux yeux de nombreux purs et durs, passent pour des félons, des poltrons et des colonisés.  

 Je trouve que les Québécois ont connu deux passions politiques au cours des quarante ou cinquante dernières années.  Il y a eu la passion de la modernité, laquelle passion était intimement liée à ce qu'on a appelé la révolution tranquille.  Aujourd'hui de nombreux «progrès» ont été réalisés dans le sens de la «modernisation» culturelle des esprits mais il y a aussi un essouflement généralisé et une recherche de balises philosophiques et de valeurs «rassurantes».

La deuxième passion, elle aussi liée à la fameuse révolution dite tranquille, ce fut celle qui aurait consisté à éventuellement se donner un pays nouveau, avant-gardiste, français et «décolonisateur».

 Mais, comme le rappelle si bien Daniel Jacques, «il est temps d'admettre que démocratiquement, à deux reprises, on a choisi de demeurer au sein du Canada».   Évidemment les plus enragés, comme Gérald Larose et ses compères, vont nous rappeler ad nauseam la «vérité» indiscutable selon laquelle le référendum de 1995 a été «volé» par les chiens fédéralistes, par les forces coloniales. 

Je pense que multiples sont les raisons qui ont miné et ralenti le généreux projet d'un Québec enfin libre, souverain et indépendant.   Sans sombrer dans une unicausalité perverse, je me permets quand même de dire que ceux qui ont discrédité le beau rêve, ce sont, en grande partie du moins, ceux qu'on appelle les purs et durs ou les inconditionnels.  Moi, j'émettrais l'hypothèse que le mouvement terroriste des années 60 a ralenti la fièvre souverainiste de nombreux citoyens.   Je dirais aussi qu'à force d'entendre les propos virulents et régressifs d'un Pierre Falardeau, de nombreuses personnes, dont moi-même, ont vu se refroidir leur élan «libertaire» et libérateur.  Moi, je pense, en espérant me tromper, que nous voyons actuellement resurgir la vieille tentation du terrorisme, soit-il armé, intellectuel, politique, verbal ou culturel.  Or, qu'on le veuille ou non, comme le proclame Daniel Jacques, «le pays réel dans lequel les Québécois vivent est toujours le Canada!»  Alors, il faut prendre acte de l'état réel du pays et il serait intéressant que les Falardeau, Lanctôt, Villeneuve, Brûlé, Larose, Laviolette, Saint-André et autres enragés se décident à tenir compte de «la réalité». 

Quoi qu'il en soit, et je termine ainsi, le terrorisme est rarement, très rarement, une arme efficace qui déboucherait sur les résultats désirés et escomptés!

Merci à Daniel Jacques de m'avoir forcé à maladroitement formuler quelques remarques remuantes et émouvantes. 

Jean-Serge Baribeau, sociologue des médias et ex-séparatiste

20 nov. 2008, 15:26
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Daniel Jacques déclare dans son essai La fatigue politique du Québec français, que «les souverainistes ont beaucoup de difficulté à assumer cette décision collective et la réalité: le pays réel dans lequel les Québécois vivent est toujours le Canada!» Contrairement à ce qu’affirme  Daniel Jacques,  les Québécois n’ont pas décidé  «collectivement» du «pays réel» lors du dernier référendum. Ni lors du premier d’ailleurs.  C’est le vote de la communauté anglophone du West Island qui a décidé, dans une proportion dépassant les  90%, du  maintien du Québec dans la Confédération canadienne. D’entraver la volonté du  Québec français  d’accéder au pays réel avec des pouvoirs réels sur son destin politique. Mais bien sûr au Québec, il ne faut pas parler de vote ethnique. Ce serait raciste, xénophobe et tout autre épithète sur l’absence d’ouverture d’un peuple, déjà ouvert depuis longtemps, sur le reste du monde.   On encense, ces jours-ci, avec raison, les USA pour leur sursaut de dignité.  Pour leur audace d’avoir porté, avec à peine un léger pourcentage de majorité, le premier Noir à la présidence du pays. En analysant l’élection d’Obama, qui  se scandalise que le vote démocrate soit clairement disséqué, réparti  et publié ? Déclaré sans fausse honte que  c’est grâce aux Noirs, aux Latinos, aux femmes, aux jeunes et aux opposants à la guerre que Obama a battu McCain ?  Mais ici, il faut plutôt accepter une arnaque comme un fait historique déterminant le sort d’un peuple : l’intervention illégale d’Ottawa dans une campagne où les sondages donnaient le Oui gagnant.    Monsieur Frenette a la lucidité de reconnaître que «la référence à l'identité nationale est devenue essentiellement rhétorique.» Cette banalisation de l’idée d’indépendance parmi les générations actuelles reflète le manque de vision historique qui s’est emparée de ceux qui n’ont pas eu à se battre pouce par pouce pour ne pas être anéantis.     «On vit aujourd'hui dans un univers de langage où la référence à la nation n'a aucune conséquence au niveau de l'organisation du pouvoir», affirme l’auteur de l’essai.  Et j’ajouterais que si le rendez-vous a été manqué ce n’est pas à cause d’une décision collective du peuple québécois mais à cause du pouvoir réel d’une enclave  du West Island.  Je n’accepte pas l’explication avancée par certains,  à savoir que, minoritaires au Québec, les Anglos obtiennent leur majorité à Montréal.  C’est ce genre de faux raisonnement qui oblitère le vote francophone majoritaire.   On argue que le vote francophone aussi était divisé. Que c’est un signe de démocratie. Et que, pour une partie des francophones, le fédéralisme est une option respectable.  Je suis d’accord.  Toutefois, contrairement au vote monolithique anglophone, le vote référendaire des  francophones fut équitablement réparti. Le Québec français a voté démocratiquement mais pas stratégiquement.   Si les souverainistes manquent de réalisme, ce n’est pas parce qu’ils refusent d’accepter la défaite, mais parce qu’ils furent incapables de voter de façon stratégique.