La religion du Canadien de Montréal
Saints Habitants
ARTICLE -
22 janvier 2009
Elias Levy
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Le Canadien remplit deux fonctions majeures de la religion: transmettre et perpétuer des traditions et être un lien autour duquel communient des individus.
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Les Québécois sont des adeptes invétérés d'une "religion" qui suscite ferveur et communion, le Canadien de Montréal, rappellent les auteurs d'un ouvrage collectif audacieux et passionnant: La Religion du Canadien de Montréal.
Voir: Selon vous, le Canadien de Montréal est devenu au fil des années une "religion" très populaire au Québec. Olivier Bauer: "Le Canadien de Montréal n'est pas une "religion" au sens strict du terme. En effet, il manque au Canadien, fondamentalement et indéniablement, une référence explicite et assumée à une Transcendance, à un Dieu, à une divinité ou à un Ultime, quel qu'Il ou qu'Elle soit. Mais ce constat n'ôte pas pour autant au Canadien tout caractère religieux. Il faut reconnaître que ce club de hockey présente bien des aspects d'une religion. Le Canadien remplit deux fonctions majeures de la religion: transmettre et perpétuer des traditions et être un lien autour duquel communient des individus. Particulièrement durant cette année où on a commémoré en grande pompe le centenaire du Canadien, on a maintes fois évoqué les traditions légendaires qui font partie intégrante de l'histoire du tricolore: les émeutes, en 1955, provoquées par la suspension de Maurice Richard, l'invention du lancer frappé par Boum Boum Geoffrion, le premier masque porté par Jacques Plante... Des rites que le Canadien s'escrime à maintenir vivants. Il y a aussi à Montréal une "ferveur religieuse" autour du Canadien, qui s'exacerbe quand les séries approchent et que "ça commence à sentir la coupe Stanley". Une ferveur qui rapproche des millions de personnes de toutes les origines ethniques et culturelles. À Montréal et au Québec, le Canadien est un facteur important d'intégration sociale, qui réunit les Québécois "pure laine", les minorités ethniques, les anglophones, les francophones, les catholiques, les protestants, les juifs, les musulmans... Il me semble qu'il y a cent ans, ce n'était pas aussi évident que ça à Montréal, sauf sur la patinoire." Le Canadien est une "religion prosélyte" qui compte de plus en plus d'adeptes? "Absolument. Comme n'importe quelle religion, le Canadien fait aussi du prosélytisme auprès des nouveaux immigrants. Pour ces derniers, encourager ce célèbre club de hockey, ça fait partie des rites d'intégration à la société québécoise: porter le chandail, une casquette ou une tuque arborant les couleurs et l'effigie du Canadien, suivre religieusement les matchs du tricolore, aller au Centre Bell..." À une époque où le catholicisme est en plein déclin au Québec, le Canadien n'est-il pas en fin de compte une religion de substitution pour beaucoup de Québécois? "Je trouve que le rapport à l'Église catholique et le rapport au Canadien de Montréal ont changé de manière relativement parallèle. Au Québec, dans les années 30, 40 et 50, on allait à l'église tous les dimanches puis on écoutait à la radio tous les matchs du Canadien. Ça faisait partie d'une façon de vivre, d'une culture populaire. Aujourd'hui, au Québec comme dans les autres sociétés occidentales, beaucoup d'églises sont vides. Par contre, en ce qui a trait au Canadien, depuis quelques années, il est quasiment impossible d'aller au Centre Bell, car les places disponibles sont rarissimes. Il y a dix ans, le Canadien devait se battre pour vendre ses billets. Peut-être que dans deux ou trois ans, quand l'effervescence suscitée par les célébrations du centenaire du Canadien se sera émoussée, et si celui-ci ne participe plus aux séries éliminatoires, la fièvre qui sévit actuellement s'apaisera et l'intérêt pour le tricolore sera moindre. Les églises et le Canadien font aujourd'hui le même travail, fort ardu: convaincre les gens de s'intéresser à la religion et au hockey." D'après vous, le Canadien est une "religion inégalitaire". Pourquoi? "En tout cas, si le Canadien est une religion, il n'est pas une religion égalitaire. Il y a toute une hiérarchie dans ce club de hockey: dans son organisation interne; il y a des joueurs-superstars - leurs salaires mirobolants signifient quelque chose; certains joueurs seulement sont autorisés à parler aux médias... C'est clair que si le Canadien est une religion, c'est une religion qui se nourrit des différences qu'elle génère. Au Centre Bell, c'est aussi très hiérarchisé: au fur et à mesure qu'on descend vers la glace, les places coûtent plus cher. Le Canadien est une religion qui sanctionne des différences sociales, qui ne naissent pas dans la patinoire." Selon vous, l'"ascèse" que l'on retrouve dans les religions occupe aussi une place prépondérante dans la philosophie du Canadien de Montréal. "Le Canadien est une religion très dure qui exige de ses joueurs une ascèse impitoyable au plan physique - même si ces derniers ont quelques moments où ils se libèrent -, de la discipline, de l'entraînement, de la nutrition... La souffrance sur la glace... Les bras meurtris des joueurs du tricolore me font toujours penser aux meurtrissures des mains du Christ." Dans l'entrevue qu'il vous a accordée pour ce livre, un ancien joueur du Canadien, Réjean Houle, affirme que dans son club, "même les coups de poing sur la gueule n'étaient pas considérés comme un péché"! Il y aurait donc au hockey une violence qui ne serait pas incompatible avec les valeurs prônées par le christianisme? "Depuis le milieu du 19e siècle, dans les pays anglo-saxons, il y a un mouvement protestant qui s'appelle "Muscular Christianity", qui défend une idée iconoclaste, à savoir que la religion chrétienne telle qu'on nous l'a présentée au cours du 10e siècle était une religion faite pour les femmes et non pour les hommes. Ainsi, le Jésus qu'on nous présente est un Jésus qui est une femmelette et non un vrai homme au sens masculin, viril, du terme. Il y a donc tout un mouvement du christianisme qui s'emploie à valoriser le fait qu'on peut être un homme avec tous les stéréotypes que ça comporte, notamment le fait d'utiliser ses muscles dans le cadre de la foi chrétienne. Ainsi, des mouvements d'obédience protestante férus de sports "légitiment" la violence sur une patinoire de hockey parce qu'ils considèrent que celle-ci s'exprime avec honneur, face à face. À la différence du football européen - soccer -, où les joueurs se donnent des coups par derrière, au hockey, les adversaires se mettent face à face, enlèvent leurs gants et commencent à se battre comme des hommes... et sportivement. Dans la perspective des religions, on pourrait dire qu'un sport qui met en scène l'affrontement, la violence, c'est une fonction de libération, presque d'exorcisme de la violence. Ce qui est intéressant, c'est que le hockey est un sport violent sur la patinoire, mais dans les gradins, c'est un sport très paisible, en tout cas à Montréal. À part les émeutes de l'année dernière, il y a rarement des hooligans dans les gradins du Centre Bell. Sur la glace, la violence qui sévit est réglementée, ce qui permet de rester dans des limites acceptables." La Religion du Canadien de Montréal Sous la direction d'Olivier Bauer et de Jean-Marc Barreau Éditions Fides, 2008, 180 p.
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26 janv. 2009, 13:03
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Je ne me consìdère pas comme un érudit en général et encore moins en matière de hockey. Mais quand je suis obligé d'utiliser mon dictionnaire 5 à 6 fois afin de comprendre les termes utilisés pour me parler de hockey, je suis perplexe? Que veut-on démonter? Serions nous en train d'essayer d'intellectualiser le monde du hocker pour agrandir d'avantage le cercle des fervent «croyants»? Je dois avouer que je suis pas mal surpris que l'on puisse faire autant de comparaison avec une religion avec un sport d'équipe. J'ai toujours trouvé que nos penseurs adorent étirer l'élastique de leur sujet jusqu'à frôler l'absurde. Et avec l'apparition de ce livre le «frôlage» est proche en maudit.
Pourquoi vouloir attribuer une volonté religieuse à un sport? Loin de moi de défendre les religieux par pur conservateurisme, mais j'ai de la difficulté à ne pas réagir à ces initiatives rocambolesques qui me démontre hors de tout doute que l'appaât du gains n'est pas seulement sur le banc des joueurs, mais que toute la petite collectivitée y étant ratachée se bat bec et ongles pour mordre dans la cagnote! Le pire, selon moi, c'est que ce livre se vendra comme des petits pains chauds. Et cet ouvrage ce voulant audacieux par son titre offrira encore des heures de débats à 110% ou l'absurde côtoit l'insignifiance.
Je ne suis pas un anti canadien (chose à ne pas être c'est temps ci) mais j'aime bien que les choses soient remises en perspective. Un sport demeure un sport aussi populaire soit-il. N,oubliez pas, chers et chères croyants, que si votre religion ne fait pas les séries et ne remporte pas votre «st graal» que vous irez pas en enfer. Alors inutile de tout briser dans les rues après la défaite! Et qui plus est, pour la victoire encore moins! Amen!
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22 janv. 2009, 17:39
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8 commentaire(s)
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À l'heure actuelle, les guerre de religions, les guerres pour LA religion ou les guerres ayant pour prétexte des motifs religieux déchirent les peuples, les frontières de la décence et catapultent l'humanité tout entière dans le Moyen-Âge le plus obscurantiste.
Vous n'avez qu'à aller sur Dailymotion, sur Youtube et sur d'autres sites de partage audio-visuels, le prosélytisme religieux pullule, pustule et postillonne à la face de l'humanité des Lumières.
N'importe qui, dans son coin, influencé par les guerres fratricides ayant lieu n'importe où sur la terre où la démocratie n'a pas eu le temps de prendre racine, un individu devient une boule de propagande compacte et solide qui roule dans la blogosphère à la vitesse de la lumière.
C'est dans ce contexte de folie ordinaire, spectaculaire et décourageante (pour quiconque croit en un État laïc, expurgé de toutes les bondieuseries existantes ou encore à naître), que j'aimerais porter à l'attention des lecteurs l'observation suivante :
Et si ce n'était pas le sport qui était devenu une religion mais plutôt l'inverse : la religion qui était devenu un sport dangereux ?
Je pose la question car il me semble qu'il est toujours facile chez les intellos de la branchouille de l'UQAM de nous sortir des théories qui méprisent plus ou moins directement la culture populaire.
« Le Canadien de Montréal n'est pas une "religion" au sens strict du terme. En effet, il manque au Canadien, fondamentalement et indéniablement, une référence explicite et assumée à une Transcendance, à un Dieu, à une divinité ou à un Ultime, quel qu'Il ou qu'Elle soit. »
peut-on lire dans cette entrevue avec l'auteur du livre.
Là, encore, je ne suis pas d'accord.
Pour une raison simple : à travers les héros sportifs (ici les joueurs de hockey), il peut s'établir un rassemblement multi-générationnel qui transcende les groupes d'âge, les époques et, depuis quelques années, aide également à rapprocher les deux sexes.
Ainsi, hommes, femmes, jeunes et moins jeunes, immigrants ou habitants réussissent à se conter leur histoire à travers l'épopée sportive commune.
Évidemment, le hockey n'arrive pas à la cheville de l'œcuménisme du ballon rond, du soccer, du football européen.
D'ailleurs, combien de fois ai-je vu des gens de toutes provenances se réunir autour d'une table de cuisine et discuter des prouesses de Ronaldo comparée à celle de Pelé ou de Maradona ?
À la base de la signification du mot religion, si on se fie à l'étymologie, signifie rien de moins que « réunir ensemble » puisque provenant du latin religiare.
De plus, pour en revenir au hockey, et au Canadien, on ne peut pas dire que le hockeyeur n'est pas semblable au messie lui-même lorsqu'il soulève tout un peuple en écrivant sur la glace des paraboles et des arabesques étranges soulignant à quel point un homme qui surpasse les autres et se surpasse lui-même, en équipe, peut réussir non seulement à marcher sur l'eau (la glace est ce liquide maintenu dans un autre état, plus solide) afin d'atteindre un but rassembleur ?
N'y a-t-il pas la coupe Stanley, nouveau St-Graal, qu'on élève au-dessus de soi et que l'on porte même à ses lèvres ?
Oui, d'une certaine façon, les auteurs de ce livre ont entièrement raison de se poser des questions sur l'aspect « religieux » au sens primitif du terme.
J'espère simplement qu'ils n'oublieront pas, au passage, de se pencher avec autant de sérieux et de sagesse sur l'état des religions (nouvelles et anciennes) dans nos collectivités si variées sur le globe.
Car s'il fallait qu'on traite les fidèles aussi sévèrement que l'on traite les amateurs de sport, s'il fallait qu'on étudie les règlements écrits et non-écrits du sport dangereux que représente la religion de nos jours ; je crois qu'on en arriverait à un constat socio-politique et une observation bien plus pertinente puisque celle-ci aurait au moins le mérite de s'attaquer au véritable sujet de l'heure : la remontée des intégrismes religieux et le retour en force de sa « logique de dieu » (sa théologie, autrement dit) sur la terre, sur la mer... comme au ciel.
Au grand dam de l'humanité miséreuse... qui a de moins en moins le luxe de vivre la vie des gérants d'estrades de notre sport si populaire, générateur de légendes et de rendez-vous historiques importants.
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22 janv. 2009, 15:38
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Selon vous, le Canadien de
Montréal est devenu au fil des années une "religion" très populaire
au Québec.
Il est
très étonnant de voir un club de Hockey, en l’occurrence, le Canadien de
Montréal, porter le nom de « religion ».
La religion ne constitue-t-elle pas un ensemble d’actes rituels liés à la
conception d’un domaine « sacré »
distinct du « profane » et
destinés à mettre l ’âme humaine en rapport avec Dieu ? Vous avez raison monsieur Olivier Bauer…pour
être une « religion » au
sens strict du terme, il manque au Canadien, fondamentalement et
indéniablement, une référence explicite et assumée à une Transcendance qui est
Dieu.
Je suis
d’accord avec vous pour dire que le Canadien de Montréal transmet des
traditions qui regroupent des individus intéressés à ce sport ; mais la
différence est grande entre un regroupement de milliers de personnes au Centre
Bell pour y voir performer une équipe de Hockey et un rassemblement de 14 mille
personnes venues célébrer Jésus Christ, comme cela s’est vu en juin dernier à
Québec, lors du Congrès Eucharistique International. Cet événement
international « religieux » a rejoint le cœur des participants dont
la vie ne sera plus la même après une telle expérience de fraternité, d’unité
dans la diversité et de communion en Jésus-Christ.
Je ne
vois aucunement où est la supposée « ferveur
religieuse » chez les amateurs de Hockey car l’expression « ferveur religieuse » suppose des rapports entre l’homme et un pouvoir
surnaturel. Il serait plus exact de parler d’un intérêt marqué pour le Hockey et
tout ce qui s’y rattache.
Transmettre,
perpétuer des traditions et être un lien autour duquel communient des individus
est très bien, et c’est tant mieux si le Canadien de Montréal atteint cet
objectif. Je trouve très dommage moi aussi qu’à une époque où le
catholicisme est en plein déclin au Québec, le Canadien devienne une activité
de substitution pour beaucoup de Québécois? Remplir le Centre Bell est
une chose, remplir nos églises vides en est une autre. Voir évoluer sur glace
une équipe de Hockey exige des sous ; les spectateurs doivent posséder
l’argent nécessaire pour s’y rendre. Pour remplir nos églises, il faut être
convaincu que le Christ est vivant, présent et agissant au cœur de nos vies. Se
lèveront-ils un jour ces chrétiens capables d’afficher leur croyance religieuse,
capables d’en témoigner par leur vie d’entraide et de charité ? C’est mon plus
ardent souhait au début de cette nouvelle année. La foi de nos québécois n’est
pas morte, elle sommeille dans le cœur des hommes et des femmes de notre temps,
jamais satisfaits et inconsciemment à la recherche d’un bien supérieur qui
s’appelle Dieu ?
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