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Encerclement - La démocratie dans les rets du néolibéralisme (L')
Le réalisateur donne la parole à certains représentants du néolibéralisme les plus éloquents (Martin Masse, Jean-Luc Migué, Filip Palda, Donald J. Boudreaux) mais aussi à ses critiques les plus compétents (dont Noam Chomsky, bien sûr!) dans ce documentaire sérieux et sobre.

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L'Encerclement, de Richard Brouillette

Le piège néolibéral


ARTICLE - 26 février 2009
Richard Brouillette: "L'avéré économique est présenté comme une science pure, alors qu'il s'agit d'une science humaine plus proche des sciences politiques ou de la sociologie."
Dans L'Encerclement, Richard Brouillette donne la parole à certains représentants du néolibéralisme les plus éloquents (Martin Masse, Jean-Luc Migué, Filip Palda, Donald J. Boudreaux) mais aussi à ses critiques les plus compétents (dont Noam Chomsky, bien sûr!). Un film sérieux et sobre, d'un très haut niveau académique.
 
Voir: Vous avez terminé votre film alors que la crise s'annonçait. C'est presque une chance pour vous!

Richard Brouillette: "Ce n'était pas prévu. J'ai tout de même mis 12 ans à finir le film. Mais il arrive, en effet, à point nommé puisqu'on s'interroge de plus en plus face à la situation actuelle. En France, on voit un fort mouvement de contestation des politiques néolibérales, il y a même une résurgence de l'extrême gauche, alors que le parti socialiste est délaissé. Cette crise était inévitable, c'était évident que nous vivions dans une bulle. Il suffisait de voir la valeur des produits dérivés qui augmentait de 40 % par année."

Votre film montre à quel point la pensée économique vit dans le déni de ses erreurs.

"L'avéré économique est présenté comme une science pure, alors qu'il s'agit d'une science humaine plus proche des sciences politiques ou de la sociologie. Mais peu de gens comprennent l'économie. Alors on se fie aux experts. Cette folie néolibérale nous a été présentée de façon raisonnable par des gens en veston-cravate. Et puis la chute des régimes communistes a été interprétée comme une sanction historique. Très vite, une certaine arrogance s'est installée."

Oui mais le néolibéralisme date d'avant la chute du mur de Berlin!

"En effet, Thatcher et Reagan avaient déjà imposé toutes sortes de réformes de dérégulation monétaire, ils avaient affaibli les syndicats et multiplié les privatisations. Mais le premier grand laboratoire du néolibéralisme a été le Chili de Pinochet. C'est l'école de Chicago et Milton Friedman qui ont téléguidé les politiques du dictateur pour qu'il impose une thérapie de choc accompagnée de privatisations massives en santé, en éducation et de politiques anti-inflationnistes dont la principale aura été de multiplier le nombre de chômeurs. Plus tard, cette recette a servi d'inspiration pour les programmes d'ajustement structurel du FMI."

Pensez-vous que la crise aura pour résultat une remise en question en profondeur de nos modes de fonctionnement économiques?

"Avec cette crise, on est témoin d'un remake du bon vieux classique de la privatisation des profits et de la socialisation des pertes. On ne remet pas en question l'indépendance des banques centrales, ou le mode de fonctionnement du système monétaire international. Par contre, le secteur public vient à la rescousse des banques. On siphonne l'argent des contribuables pour le plus grand bien des actionnaires des banques. Il n'y a toujours pas de volonté réelle de surveillance des marchés financiers. Je vois Nicolas Sarkozy qui essaie de tenir le haut du pavé, qui réclame plus de réformes. Mais j'ai peur qu'il le fasse uniquement pour se donner plus de visibilité."

John Locke et Adam Smith, les pionniers du libéralisme classique, étaient soucieux du bien commun. Est-ce le cas des économistes néolibéraux?

"Il n'est plus question d'éthique dans l'économie néolibérale qui s'appuie sur des théories très mécaniques. C'est regrettable, mais il y a très peu de questionnement par rapport à la dimension humaine en économie. On est loin de Karl Marx ou de Schumpeter. Les sciences économiques sont devenues des outils pour justifier le fonctionnement actuel du système."

N'est-il pas ironique que les défenseurs du néolibéralisme soient si critiques des bureaucraties du secteur public tout en faisant l'apologie de grandes multinationales tout aussi technocratiques que certains gouvernements?

"L'argument de base, c'est que la dérégulation des marchés entraîne une baisse des prix, ce qui est bon pour tout le monde. Mais cela facilite aussi la création d'oligopoles. Cela donne des structures hyper-bureaucratisées, hiérarchisées; des mammouths comme GM n'ont pas exactement le monopole de l'efficacité."

Les think tanks jouent un rôle-clé dans la propagation des idées néolibérales.

"D'où le sous-titre de mon film: La Démocratie dans les rets du néolibéralisme. Un rets, c'est un filet. Ces think tanks constituent un vaste réseau qui se relaie la doctrine d'un maillon à l'autre et qui, par son omniprésence, arrive à l'imposer à l'opinion, à exercer des pressions sur les parlementaires."

Mais les think tanks ne sont pourtant pas des lobbyistes?

"Non, ce ne sont pas des lobbyistes, ils ne représentent pas une industrie en particulier. Par contre, ces think tanks sont financés par des grandes corporations pour promouvoir des idées qui vont en leur faveur. Par exemple, l'Institut économique de Montréal, présidé par Hélène Desmarais, fait une pression énorme pour privatiser les soins de santé, certains aspects du système d'éducation. En même temps, Power Corporation a plusieurs intérêts dans les assurances. Power bénéficierait donc d'une privatisation de l'assurance."

Ces mêmes think tanks se méfient des groupes d'intérêts citoyens!

"Certains aimeraient sans doute se passer des élections et des gouvernements. Dans le film, Noam Chomsky parle d'un rapport intitulé La Démocratie en crise, rédigé par la Commission Trilatérale en 73 (par Samuel Huntington, entre autres), qui déplorait un surcroît de démocratie en Occident. Leur volonté était que le privé mette le grappin sur tout ce qui est géré et décidé collectivement. Cela rappelle la vague des lucides que l'on a connue au Québec, pour qui il y a trop de groupes de pression citoyens au Québec et qui considèrent que les Québécois ne travaillent pas assez!"

Pensez-vous que la présidence de Barack Obama changera le discours néolibéral?

"Je ne peux pas m'empêcher d'être optimiste. Mais c'est tout de même le président des États-Unis, il est là pour servir certains groupes présents (son ministre de l'Agriculture, par exemple, a des liens avec Monsanto). Je ne pense pas qu'en termes de politique étrangère, les choses vont trop changer, sauf, peut-être, que les Américains vont adopter une approche plus diplomatique. Sur le plan économique, ce sera très bien si les démocrates arrivent à imposer leur réforme de l'assurance maladie. Mais je ne m'attends pas à de grandes réformes."

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27 févr. 2009, 10:35
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Grande est ma tentation, bien judéo-chrétienne, d'aller voir ce film, dans les meilleurs délais.  J'ai passé 37 années de ma vie à enseigner la sociologie et à être, parfois, membre (ou même coordonnateur) d'un vaste département des sciences humaines .  Lorsqu'existait ce département élargi, les conflits étaient fréquents entre les professeurs de science économique et les autres professeurs (anthropologie, sociologie, science politique, histoire, géographie, psychologie, etc).  Le substrat fondamental de ce conflit résidait dans le fait que certains économistes, triomphants et arrogants, ne cessaient de nous dire, avec une insolence démesurée, qu'ils étaient les seuls scientifiques du département.  Tout le reste n'était à leurs yeux que littérature (j'aime beaucoup la littérature) et approximation un peu méprisable. 

Aussi, la présence de Noam Chomsky dans le film me fait un peu saliver (le complexe de Pavlov).  En effet, pendant presque vingt ans j'ai présenté à mes étudiants le fameux film MANUFACTURING CONSENT:  NOAM CHOMSKY AND THE MEDIAS.  Et Chomsky, dans le film comme dans ses écrits, ne cesse de s'indigner lorsqu'il est confronté à des «penseurs» qui déplorent le fait qu'il y a un surcroît de démocratie.   Et il est vrai que tel était le point de vue de la fameuse COMMISSION TRILATÉRALE, laquelle a été assez proche de Jimmy Carter pendant les années 70. 

 

J'ai l'impression que ce film est touffu et très documenté.  Je ne sais pas trop quelles sont les solutions proposées.  Moi, je pense, sans être marxiste, qu'il va éventuellement y avoir un certain retour à un certain marxisme, un marxisme renouvelé, un marxisme rafraîchi, un marxisme rajeuni, un marxisme qui serait en osmose  avec le contexte qui s'impose en ce début de siècle, en ce début de millénaire.  

 

Et pendant que j'y suis, pourquoi ne pas espérer le retour de formes d'humour plus ou moins apparentées à l'humour des MARX BROTHERS.  Décidément, les Marx semblent essentiels en cette peu glorieuse période de l'histoire humaine.

 

J'ai été ravi de lire ce billet et je me promets de voir le film.  En attendant je vais continuer à lire la «brique» de presque 700 pages, oeuvre brillante de Naomi Klein.  Titre de cet ouvrage essentiel:  LA STRATÉGIE DU CHOC.  LA MONTÉE D'UN CAPITALISME DU DÉSASTRE.  

 

AU PLAISIR!  

JSB

26 févr. 2009, 15:05
1 commentaire(s)
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A l'ONF le 28 février !

26 févr. 2009, 12:57
4 commentaire(s)
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Toute la pertinence de films de ce types (The Corporation, Manufacturing Consent, La Moitié Gauche du Frigo, etc.) tient dans cette phrase :

L'avéré économique est présenté comme une science pure, alors qu'il s'agit d'une science humaine plus proche des sciences politiques ou de la sociologie.

Et c'est parce que l'économie actuelle, dépouillée de son nemesis précédent représenté par le "communisme mécanique" n'ayant jamais choisi le virage ou le visage humain que le printemps de Prague voulait lui donner, ne peut réussir à s'appuyer sur autre chose que sa propre "logique" que nous n'arrivons plus à discerné le Vrai du Faux dans le débat qui s'installe face à la Crise qui nous frappe.

D'ailleurs, il est très intéressant de noter que sans la crise boursière actuelle et les nombreuses faillites ou escroqueries financières récentes ayant provoqués la grogne de tout un éventail de citoyens, aurions-nous simplement l'amorce de réflexion que nous propose ce film à nous mettre devant les yeux afin que nous les ayons enfin en face des trous.

Ainsi, comment se fait-il qu'un événement majeur comme la chute du mur de Berlin en 1989, accompagnée des premiers soubresauts démocratiques de la République populaire de Chine - perçue encore aujourd'hui comme "communiste" alors que l'on devrait plutôt parler de régime autoritaire ou de dictature marchande -, comment se fait-il, dis-je, que l'Empire Soviétique - qui a piétiné le concept des "soviets" et démembré la paysannerie russe et celle de l'Europe de l'Est au profit d'une industrialisation de chocs essayant à la fois de rattraper stupidement le temps perdu sur le reste des pays de l'Europe de l'Ouest et ceux de l'Amérique tout en voulant maladroitement instaurer les prémisses indéniables du "matérialisme historique" telles que conçues par Engels et Marx dans leur fameux manifeste de la fin du XIXe siècle.

 

L'IMPASSE PHILOSOPHIQUE ET LA PENSÉE UNIQUE

Mais au-delà d'un débat Droite/Gauche qu'il est très difficile de mettre en scène sur la place publique à travers le débat politique, à cause notamment de l'indifférenciation quasiment permanente du discours d'opposition et de gouvernement, force est de constater que l'intelligentsia mondiale ou les élites de la fin du XXe siècle n'étaient pas prêtes à une remise en question de leur propre régime politique et économique au sein des pays post-industrialisés et démocratiques.  Et ce, en plus d'être "distrait" spectaculairement au début de leurs réflexions depuis les événements du 11 septembre 2001.

En effet, à mesure que la poussière retombe sur les attentats et que la logique de guerre au terrorisme prend une forme de moins en moins antagoniste dans le monde, à force de se globalisée et de débouchée la plupart du temps sur des initiatives diplomatiques plus ou moins apparentes dans l'actualité américaine, nous commençons collectivement à émerger à nouveau de la logique d'opposition Gauche/Droite ayant imprégnée la Guerre Froide.

Ainsi, les flux migratoires tout comme la circulation des biens et services ainsi que les flux et reflux monétaires sont remis en question à nouveau tant part la Gauche que par la Droite renaissante ou extrême.  Les syndicats commencent à se rendre compte qu'un retour aux sources de leur émergence dans la société des années 1960-1970 revient rapidement à la surface dans leurs réunions générales afins de comprendre le recul constant de leur vision de la société dans laquelle ils se sont taillés une place en oubliant tout un pan de leur discours d'émancipation général.

Mais ce qui est le plus inquiétant, c'est que le libéralisme en chute libre que l'on voit en ce moment perdre de plus en plus sa crédibilité en ce moment, risque d'entraîner aussi dans sa descente aux enfers - si les différentes interventions "providentielles" d'un État remis sévèrement en question par ceux-là même qui, juste hier, ne voulait donner aux élus qu'une place marginale dans l'édification du néolibéralisme triomphant - , cette dégringolade, dis-je commence de plus en plus à entraîner également au sein de la population mal informée, sous-informée ou désinformée savament une idée reçue selon laquelle la Liberté elle-même est remise en question.

Par exemple, les Droits individuels, les Libertés fondamentales garanties par la plupart des Constitutions nationales - sans parler de l'incurie des organismes multinationaux comme l'Europe Unie ou les Nations Unies - se voient constamment bradées ou ébranlées par un troc électoral inadmissible mais tout de même réalisé lentement : chaque fois qu'un gouvernement cherche à être élu, celui-ci promet l'ordre et la sécurité économique en échange d'une abdication plus ou moins consciente d'un droit de regard ou d'auto-défense citoyenne qui donne froid dans le dos et ressemble à s'y méprendre à un "coup d'État au ralenti" de la classe dominante (la classe politique devenue le valet de l'élite capitaliste dont les intérêts transgressent les limites frontalières en plus de passer outre des législations nationales obsolètes).

 

LA DICTATURE DE L'ACTUALITÉ OU LA POLITIQUE DU COURT TERME

Bref, l'information continue de débouler en masse.  La dictature de l'Acutalité transforme des phénomènes économiques en phénomène météorologiques à défaut d'identifier clairement des coupables ET des responsables des dégâts répertoriés ou comptabilisés afin de préserver une certaine apparence de justice SOCIALE ou SOCIÉTALE afin de calmer le jeu démocratique.

Ce qui est pernicieux dans cette fuite en avant où l'argent des contribuables est disséminé quasiment aux quatre vents par une classe politique qui n'est pas en mesure de mesurer son action ou d'en déterminer la portée notable, c'est que toute cette opération de sauvetage - présentée sans souci de démonstrations pratiques et pédagogiques - finit par être récupéré par les éléments de la Droite la plus extrémiste afin d'alimenter un discours d'exclusion, de remise en question de la démocratie et, surtout, un renversement des valeurs acquises de longue lutte au cours des décennies précédentes à force de sophisme et de démagogisme appliqué à toutes les sauces médiatiques.

Enfin, la vigiliance est de plus en plus de mise et, plus que jamais, l'esprit critique doit être présent dans notre perception des bouleversements en cours afin de ne pas rejeter une idéologie floue avec un système qui, bien que imparfait, ne mérite pas une révolution sauvage mais une réforme radicale qui puisse extraire à la racine les problèmes de notre temps.

Comme le dit l'adage, time is money, le coût de la Vie vient de changer de système de valeurs et l'heure de rendre des comptes à sonner.

Saurons-nous naviguer à travers l'éblouissement d'un sauvetage temporaire qui pourrait simplement nous faire reculer pour mieux sauter dans le vide d'une compréhension purement virtuelle de la réalité ?

Ou bien saurons nous RÉELLEMENT comprendre la virtualité des mouvements monétaires et humanitaires afin de résorber virtuellement de manière législative une situation d'injustice planétaire qui a par trop perdurée ?

Je demeure pessimiste face à cette question puisque si l'on remet en question l'économie de marché, l'on empêche pas encore concrètement ce marché de marcher sur le Tiers-Monde afin d'atteindre ses objectifs trimestrielles de rendement à court terme...

FICHE-INFO
Pays: Canada
Année: 2008
Durée: 2h40
Catégorie: Documentaire
Classification: N/A
De: Richard Brouillette