Ils ne sont pas beaux, les ados de Riad Sattouf. Franchement moches, même, et divisés en deux camps bien distincts: les dominés et les dominants. Boutonneux, frêles, accros à la coupe Longueuil, et perpétuellement frustrés dans leur quête d'amour (autant dire de sexe) pour les uns; violents et cons pour les autres. Dans le monde de Riad Sattouf, l'adolescence n'est pas un champ de roses et il n'est pas bon d'y cultiver sa différence. "Le rapport entre les garçons et les filles est crispé à mort. C'est la loi du plus fort, dit l'intéressé qui en remet une couche. Mais faut pas croire: à la moindre occasion, celui qui a été humilié va exercer une forme de violence sur un autre."
Âge con. Si, de son propre aveu, l'adolescence n'est pas une obsession pour Riad Sattouf, elle est quand même très présente dans ses bd: Retour au collège (digression hilarante et troublante sur la relation profs-élèves dans un collège bourgeois); Manuel du puceau (portrait forcément féroce du jeune homme à l'âge des premières pulsions sexuelles); Ma circoncision (ou comment parler d'un tabou absolu et, du même coup, remettre en question le rapport à la virilité dans les sociétés arabes). Car finalement, la question qui intéresse Riad Sattouf, c'est: comment gérer sa différence?
"J'adore observer les comportements humains en période d'adaptation à un nouvel environnement, confie-t-il. C'est pour ça que j'aime les histoires d'explorateurs, d'aventuriers."
Et de fustiger au passage le modèle d'homme viril que la société impose aux garçons: "Je déteste le comportement dominateur de l'homme, l'idée que pour être un mec, il faut aimer le sport, avoir une grosse voix et être musclé."
Dans le cas présent, la virilité a un corollaire: l'accès au sexe. Un véritable Saint-Graal pour les jeunes du film, qui se paluchent à qui mieux mieux, chose plutôt rare au cinéma. "C'est le truc le plus partagé par les ados et c'est très peu montré à l'écran. J'ai eu plein de réactions positives de la part de jeunes garçons. Les jeunes filles sont plus pudiques, et très peu de films explorent le thème de leur sexualité."
Pour faire passer la pilule, Riad Sattouf manie l'humour: "Je voulais provoquer des sensations de rire: rire gras, rire triste, violent, de surprise ou de dégoût". Et ça marche. On se bidonne, même lorsqu'un prof, dépressif, passe par la fenêtre, devant deux ados amorphes: "Ouf, on a eu chaud!"
Graveleux mais pas méchant, le réalisateur, qui use souvent d'autodérision (il apparaît complètement obsédé par Virginie Ledoyen dans un carnet de Joann Sfar), parle avec tendresse de ses acteurs, tous amateurs: "Je ne leur ai jamais menti. Je leur ai expliqué que je voulais faire un film avec des mecs bien moches. Et puis, je leur ai montré des photos de moi ado, pour qu'ils voient que j'étais bien pire qu'eux."
À voir si vous aimez/
À l'ouest de Pluton de Henry Bernadet et Myriam Verreault, Superbad de Greg Mottola, la télé-série Freaks and Geeks
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LES BEAUX GOSSESLes Beaux Gosses raconte les tribulations de deux ados mochetons, Hervé et Camel (Vincent Lacoste et Anthony Sonigo, d'un naturel désarmant), amateurs de branlette à la chaussette et de porno qui ne savent pas s'y prendre avec les filles. Si l'on ne crie pas au génie d'emblée devant ce film constitué de courtes scènes anecdotiques, l'on ne peut que saluer l'effort du réalisateur de ne pas idéaliser les adolescents comme dans La Boom ou les films de John Hugues, pas plus que d'en faire d'indécrottables crétins à la American Pie ou d'inquiétants nihilistes comme chez Larry Clark. Avec leur acné, leur allure dégingandée, leur démarche maladroite et leurs désastres capillaires, les ados de Riad Sattouf sont d'abord rebutants, mais deviennent bientôt attachants tant leurs déboires, leurs revers et leurs vaines tentatives d'être cool s'avèrent d'une troublante et amusante authenticité.
