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Arts de la scène
Top Dogs
Théâtre · Théâtre français répertoire
Mardi 2 mars 2010
M.d.c. Côte-des-Neiges
5290, ch. Côte-des-Neiges, Mtl · (514) 872-6889

Top Dogs

Le déclin de l'empire américain


ARTICLE - 16 octobre 2008
Christian Saint-Pierre Christian Saint-Pierre

Avec Top Dogs, leur troisième production, les créateurs du Théâtre de la Marée Haute confirment leur talent, un talent qu'aucun manque de moyens n'a pu empêcher d'éclore.
 
Il y a eu Kvetch, du Britannique Steven Berkoff, un texte percutant, revisité avec clairvoyance, puis Rhapsodie-Béton, du Français Georges Michel, un petit bijou méconnu, offert avec une conviction étonnante. Et maintenant Top Dogs, du Suisse Urs Widmer, une partition montée aux quatre coins de la planète mais jamais chez nous, livrée ces jours-ci avec un sens de l'humour (sombre) peu commun.

En moins de deux ans, le metteur en scène Michel-Maxime Legault et ses collègues du Théâtre de la Marée Haute ont réussi à démontrer la pertinence de leur démarche. De manière drôle et grinçante, toujours originale, et surtout sans une ombre de cynisme, leurs réalisations se penchent sur le moteur, faut-il le rappeler défectueux, de la société occidentale.

Cette fois, il y a sur scène des hommes et des femmes d'affaires de haut vol, des top dogs, comme on dit. Mais les cadres supérieurs ont connu des jours meilleurs. En effet, quand on les rencontre, les sept individus, incarnés avec beaucoup de nuances par Philippe Cousineau, Alexandre Daneau, Sébastien Dodge, Danny Gilmore, Marie-Claude Giroux, Philippe Robert et Marie-Ève Trudel, sont engagés dans une thérapie de groupe, un crescendo de témoignages enflammés, une suite de jeux de rôle plus révélateurs les uns que les autres.

Autant de situations cathartiques dont l'objectif est de faire admettre, à des hommes et des femmes qui se sont toujours crus intouchables, qu'ils sont maintenant chômeurs. Est-ce normal, souhaitable, sain que toute une vie repose ainsi sur le travail? Sous nos yeux, non sans effort, les membres du groupe deviennent de moins en moins des machines et de plus en plus des humains.

Dans la mise en scène de Legault, on retrouve les mêmes qualités que dans les deux précédentes productions de la compagnie: une utilisation de l'espace extrêmement efficace, une direction d'acteur rigoureuse et cette manière unique d'insuffler de l'angoisse, de l'onirisme dans le réel. Si, en 12 ans, les mots de Widmer (traduits par Daniel Benoin) n'ont pas pris une ride, on peut dire que dans un contexte de crise boursière, en plein processus électoral, au Canada comme aux États-Unis, ils ont une résonance sidérante.

À voir si vous aimez /
La Compagnie des hommes, d'Edward Bond et Push up, de Roland Schimmelpfennig

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20 oct. 2008, 11:45
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On ne s’ennuie jamais avec le Théâtre de la Marée Haute.  Symphonie Béton, leur deuxième pièce  que j’ai vue au printemps  m’avait impressionnée. J’avais découvert une  troupe qui s’investit avec talent et livre une prestation physique  époustouflante.  Dans cet intime Espace Geordie, le metteur  en scène, Michel-Maxime Legault,  dispose de l'espace de façon ingénieuse. 

 

 

 

Le Théâtre de la Marée Haute sait découvrir les textes percutants.  Top Dogs de Urs Widmer, leur troisième pièce,   a de quoi réjouir un amateur de théâtre contemporain.  Mais plus encore, la jeune troupe possède des qualités d’interprétation d’une grande intensité et d'une diversité étonnante.  Les  comédiens incarnent des personnages à la limite de la caricature sans jamais dériver vers l’insignifiance.  C’est grinçant, mais hallucinant de réalisme.  Dans Top Dogs l’auteur trace une cartographie chirurgicale et implacable d’une société basée sur l’exploitation de ses ressources humaines.  Dont la performance au travail et le rendement professionnel sont les valeurs auxquelles s’identifient les personnages.  Tous floués par l’impitoyable «restructuration» des entreprises.   Des hauts cadres qui se thérapisent entre eux, exorcisent leurs frustrations, leur amertume et leur colère à l’aide jeux de rôles révélateurs.  Un à un les masques tombent,  les carapaces s’effondrent.  On rit pour ne pas pleurer tellement on reconnaît à travers les divers personnages ce monde de concurrence féroce, imprévisible et en perpétuel changement qui est le nôtre.   Une satire cruelle et hilarante.