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Arts de la scène
Ma femme, c’est moi
Théâtre français (création) · Théâtre
3 au 28 fév 2009
Théâtre du Rideau Vert
4664, rue St-Denis, Mtl · (514) 844-1793

Ma femme, c'est moi

Pièce de musée


ARTICLE - 12 février 2009
Christian Saint-Pierre Christian Saint-Pierre

Serge Postigo démontre qu'il est aussi capable de donner dans la finesse, la subtilité et la nuance.
photo: François Laplante Delagrave
Serge Postigo relève l'immense défi posé par Ma femme, c'est moi, un solo de l'États-Unien Doug Wright mis en scène par Jean-Guy Legault.
 
Avec Le Mystère d'Irma Vep, Serge Postigo avait prouvé qu'il était capable de changer de costume, de perruque et de posture, autrement dit de personnage, à la vitesse de l'éclair. Avec Ma femme, c'est moi, le comédien de 40 ans démontre, en incarnant plus de 30 personnages sans perruque et à peu près sans changer de costume, qu'il est aussi capable de donner dans la finesse, la subtilité et la nuance.

Il s'agit en effet d'une heureuse rencontre. Une heureuse rencontre avec le solo polyphonique d'un dramaturge encore peu monté chez nous, l'États-Unien Doug Wright, à qui l'on doit aussi Quills, cette partition redoutablement efficace sur les derniers jours du marquis de Sade à l'asile de Charenton (Philip Kaufman en a fait un excellent film). Une heureuse rencontre également avec un metteur en scène, Jean-Guy Legault, dont la démarche est fondée sur la virtuosité de l'acteur. Les meilleurs exemples en sont sans nul doute Nuit d'Irlande, un solo de Marie Jones défendu par Jean-Marc Dalphond, et Théâtre extrême, un théâtre politique et participatif délicieusement subversif. À cette liste, il faudra dorénavant ajouter Ma femme, c'est moi.

Mais il s'agit surtout d'une heureuse rencontre avec un personnage, celui qui est au coeur du spectacle, l'insaisissable Charlotte von Mahlsdorf, une femme née dans un corps d'homme, celui de Lothar Berfelde, à Berlin, en 1928. Tour à tour conservatrice d'un musée d'antiquités, propriétaire d'un bar gai clandestin, pillarde des victimes du régime nazi, informatrice de la police secrète communiste et icône du milieu gai est-allemand, cette femme passe-muraille, décédée en 2002, méritait amplement de voir sa vie transposée à la scène.

Louise Campeau (décor) et Beth Kates (éclairages) sont parvenus à évoquer avec ingéniosité le fameux musée rempli de phonographes, mais aussi la prison, la salle d'interrogatoire et même le mur de Berlin. Dans les habits austères de Charlotte (signés Fruzsina Lanyi), avec pour seule frivolité un collier de perles, Postigo glisse avec agilité d'un accent à l'autre, d'un grain de voix à l'autre, d'un état d'esprit à l'autre. Au fil de la représentation, qui précisons-le évite courageusement l'étalage de pathos où la pièce aurait très bien pu mener les créateurs, le personnage apparaît sous nos yeux comme il se doit, c'est-à-dire dans toutes ses contradictions. Chapeau.

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13 févr. 2009, 16:15
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Comme dans «Le Mystère d'Irma Vep», Serge Postigo, dans la pièce «Ma femme, c'est moi», présentée au Rideau Vert, revêt à un rythme rapide, la peau de plusieurs personnages - le programme en fait une liste  de 35 à la page 15- un peu comme André-Philippe Gagnon enfilait ses chanteurs et chanteuses dans «We are the World». Dans les faits, il évoque, il esquisse, à gros traits, comme un caricaturiste, la majorité de ceux-ci en exagérant une posture, un timbre de voix, un accent ou en utilisant la jupe qu'il porte. De ces 35 personnages, deux ont plus de consistance que l'ensemble. Postigo offre une Charlotte von Mahlsdorf, « cette femme née dans un corps d'homme », travesti et homosexuel, bien vivante, bien féminine sans être efféminée ainsi  qu'un Doug Wright, auteur de la pièce, également homosexuel, fasciné par Charlotte. Doug développe une sorte d'obsession au sujet de celle-ci, ce qui l'amènera à écrire cette pièce dans laquelle il se met lui-même en scène. Le programme fait état d'une véritable histoire d'amour entre Doug et Charlotte. À la fin de la pièce, seule une petite référence à une lettre d'amour dans un dossier laisse poindre l'impression que quelqu'un aurait aimé Charlotte.

 «Ma femme, c'est moi», c'est une sorte de biographie racontée ou lue à haute voix où, le narrateur pour maintenir l'intérêt, change de voix, de posture à chaque personnage. Le stratagème fonctionne pendant un certain temps mais à la longue il s'émoustille. Raconter seul une vie, pendant une heure et quarante minutes, aussi particulière soit-elle, est une entreprise périlleuse. L'écouter l'est quasiment tout autant. Malheureusement, je dois l'avouer, j'ai décroché à quelques reprises. Je me suis raccroché par respect pour le comédien. On ne peut que saluer l'audace et reconnaître la virtuosité de Serge Postigo.

 Il est vrai que le parcours de Charlotte von Mahlsdorf, travesti, antiquaire, organisatrice de partouzes gais, est très particulier. Il est d'autant plus intrigant puisqu'elle a survécu aux régimes nazi et communiste. Quand même étonnant non? Mais peut-être moins puisque des documents officiels allèguent qu'elle aurait collaboré avec les deux régimes. Au temps des nazis, on faisait appel à son expertise pour identifier les meubles de qualité confisqués aux juifs, moyennant rétribution à même le butin. Elle aurait été aussi une espionne pour le compte de la Stasi avec les communistes. Sa survie, quoique exceptionnelle, devient ainsi plus explicable. Destin intéressant, intrigant mais pas captivant en ce qui me concerne. Tout l'aspect psychologique d'être «femme dans un corps d'homme» a été évacué. Seule est demeurée la trame historique. À ce niveau, j'éprouve une déception. Cette pièce «Ma femme, c'est moi» aurait dû s'intituler « Le destin de Charlotte von Malhsdorf, travesti».