Ma femme, c'est moi
Pièce de musée
ARTICLE -
12 février 2009
Christian Saint-Pierre
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Serge Postigo démontre qu'il est aussi capable de donner dans la finesse, la subtilité et la nuance.
photo: François Laplante Delagrave
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Serge Postigo relève l'immense défi posé par Ma femme, c'est moi, un solo de l'États-Unien Doug Wright mis en scène par Jean-Guy Legault.
Avec Le Mystère d'Irma Vep, Serge Postigo avait prouvé qu'il était capable de changer de costume, de perruque et de posture, autrement dit de personnage, à la vitesse de l'éclair. Avec Ma femme, c'est moi, le comédien de 40 ans démontre, en incarnant plus de 30 personnages sans perruque et à peu près sans changer de costume, qu'il est aussi capable de donner dans la finesse, la subtilité et la nuance.Il s'agit en effet d'une heureuse rencontre. Une heureuse rencontre avec le solo polyphonique d'un dramaturge encore peu monté chez nous, l'États-Unien Doug Wright, à qui l'on doit aussi Quills, cette partition redoutablement efficace sur les derniers jours du marquis de Sade à l'asile de Charenton (Philip Kaufman en a fait un excellent film). Une heureuse rencontre également avec un metteur en scène, Jean-Guy Legault, dont la démarche est fondée sur la virtuosité de l'acteur. Les meilleurs exemples en sont sans nul doute Nuit d'Irlande, un solo de Marie Jones défendu par Jean-Marc Dalphond, et Théâtre extrême, un théâtre politique et participatif délicieusement subversif. À cette liste, il faudra dorénavant ajouter Ma femme, c'est moi. Mais il s'agit surtout d'une heureuse rencontre avec un personnage, celui qui est au coeur du spectacle, l'insaisissable Charlotte von Mahlsdorf, une femme née dans un corps d'homme, celui de Lothar Berfelde, à Berlin, en 1928. Tour à tour conservatrice d'un musée d'antiquités, propriétaire d'un bar gai clandestin, pillarde des victimes du régime nazi, informatrice de la police secrète communiste et icône du milieu gai est-allemand, cette femme passe-muraille, décédée en 2002, méritait amplement de voir sa vie transposée à la scène. Louise Campeau (décor) et Beth Kates (éclairages) sont parvenus à évoquer avec ingéniosité le fameux musée rempli de phonographes, mais aussi la prison, la salle d'interrogatoire et même le mur de Berlin. Dans les habits austères de Charlotte (signés Fruzsina Lanyi), avec pour seule frivolité un collier de perles, Postigo glisse avec agilité d'un accent à l'autre, d'un grain de voix à l'autre, d'un état d'esprit à l'autre. Au fil de la représentation, qui précisons-le évite courageusement l'étalage de pathos où la pièce aurait très bien pu mener les créateurs, le personnage apparaît sous nos yeux comme il se doit, c'est-à-dire dans toutes ses contradictions. Chapeau. 
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13 févr. 2009, 16:15
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Comme dans «Le Mystère d'Irma Vep»,
Serge Postigo, dans la pièce «Ma
femme, c'est moi», présentée au Rideau Vert, revêt à un rythme rapide, la
peau de plusieurs personnages - le programme en fait une liste de 35 à la page 15- un peu comme André-Philippe
Gagnon enfilait ses chanteurs et chanteuses dans «We are the World». Dans les
faits, il évoque, il esquisse, à gros traits, comme un caricaturiste, la
majorité de ceux-ci en exagérant une posture, un timbre de voix, un accent ou
en utilisant la jupe qu'il porte. De ces 35 personnages, deux ont plus de
consistance que l'ensemble. Postigo offre
une Charlotte von Mahlsdorf,
« cette femme née dans un corps d'homme », travesti et homosexuel,
bien vivante, bien féminine sans être efféminée ainsi qu'un Doug
Wright, auteur de la pièce, également homosexuel, fasciné par Charlotte. Doug développe une sorte d'obsession au
sujet de celle-ci, ce qui l'amènera à écrire cette pièce dans laquelle il se
met lui-même en scène. Le programme fait état d'une véritable histoire d'amour
entre Doug et Charlotte. À la fin de la pièce, seule une petite référence à une
lettre d'amour dans un dossier laisse poindre l'impression que quelqu'un aurait
aimé Charlotte.
«Ma femme, c'est moi», c'est une sorte de biographie
racontée ou lue à haute voix où, le narrateur pour maintenir l'intérêt, change
de voix, de posture à chaque personnage. Le stratagème fonctionne pendant un
certain temps mais à la longue il s'émoustille. Raconter seul une vie, pendant
une heure et quarante minutes, aussi particulière soit-elle, est une entreprise
périlleuse. L'écouter l'est quasiment tout autant. Malheureusement, je dois l'avouer,
j'ai décroché à quelques reprises. Je me suis raccroché par respect pour le
comédien. On ne peut que saluer l'audace et reconnaître la virtuosité de Serge
Postigo.
Il est vrai que le parcours de
Charlotte von Mahlsdorf, travesti, antiquaire, organisatrice de partouzes gais,
est très particulier. Il est d'autant plus intrigant puisqu'elle a survécu aux
régimes nazi et communiste. Quand même étonnant non? Mais peut-être moins
puisque des documents officiels allèguent qu'elle aurait collaboré avec les
deux régimes. Au temps des nazis, on faisait appel à son expertise pour identifier
les meubles de qualité confisqués aux juifs, moyennant rétribution à même le
butin. Elle aurait été aussi une espionne pour le compte de la Stasi avec les
communistes. Sa survie, quoique exceptionnelle, devient ainsi plus explicable.
Destin intéressant, intrigant mais pas captivant en ce qui me concerne. Tout l'aspect
psychologique d'être «femme dans un corps d'homme» a été évacué. Seule est
demeurée la trame historique. À ce niveau, j'éprouve une déception. Cette pièce
«Ma femme, c'est moi» aurait dû s'intituler « Le destin de Charlotte von
Malhsdorf, travesti».
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