Bienvenue sur Voir
ouvrir session
FAQ
devenez membre
www.voir.ca
Arts de la scène
Fringe 19
Danse · Humour français · Théâtre anglais (création) · Théâtre français (création) · Rock · Pop · Théâtre · Danse moderne · Humour anglais
11 au 21 juin 2009

Une célébration en théâtre, musique et danse. Plus de 80 troupes et 350 représentations. Info: (514) 849-FEST ou www.montrealfringe.ca

Le théâtre au 19e Festival Fringe de Montréal

Joyeux chaos


ARTICLE - 18 juin 2009
Les Néos offrent Dans le salon avec la clé anglaise, un spectacle ludique et sans prétention où domine le plaisir de jouer.
Le 19e Festival Fringe de Montréal sonne le vrai début de l'été pour les assidus de théâtre. La loi et l'ordre prennent le bord et les scènes sont envahies de tout et n'importe quoi. Compte rendu non exhaustif de l'expérience 2009.
 
Sans doute faut-il être un peu zélé, ou particulièrement insatiable, pour avoir encore envie, après toute une saison de théâtre et un blitz final éreintant (je parle ici du Festival TransAmériques et du OFF.T.A.), d'errer de salle en salle pour se gaver de spectacles de la relève et de la marge. Il y a plus de 90 spectacles à voir. J'en ai attrapé une douzaine, et vous parle ici de ceux qui valent le détour.

Le conte urbain, forme intimiste, poétique et virulente, semble taillé sur mesure pour le Fringe. Sarah Berthiaume propose Villes mortes, trois contes mettant en scène trois personnages dans trois villes déchues, et autant de descentes aux enfers. Il y a là une vraie plume: l'auteure et comédienne a du souffle, un humour un brin cynique, l'art de créer des images fortes, le sens du suspense et la capacité d'alterner les registres. Chez Jean-Philippe Baril-Guérard, auteur et interprète de 4 contes crades, le conte est plus essoufflant. Empruntant les traits d'un coursier à vélo plutôt bavard, il nous transporte du sauvetage raté d'un ami suicidaire jusqu'à une bravade contre la Mort, en passant par les tribulations d'une putain russe à la beauté phénoménale et une histoire de bijoux de famille éparpillés. Le conteur maîtrise une oralité bien québécoise, qui emprunte un brin à la manière traditionnelle et beaucoup au slang urbain, dans laquelle les grivoiseries sont légion. En allant voir Under the Radar, solo de l'acteur Alan Shain (en anglais), plusieurs croyaient se dilater la rate, se fiant à la réputation d'humoriste de l'Ontarien atteint de paralysie cérébrale. Erreur. Si le ton emprunte d'abord au traditionnel stand-up comique et à ses sempiternelles blagues sur le couple, le monologue bascule rapidement vers la confession et nous confronte à la réalité de ce laissé-pour-compte qui a choisi de sortir de l'ombre en prenant la scène d'assaut. Humain.

Les fanas de théâtre musical peuvent se réjouir. Chantons à l'hospice, de la compagnie Les Jarrets Repentissants, est une fable beckettienne ponctuée de chansonnettes tantôt naïves et tantôt grivoises, dans laquelle trois petits vieux se "font chier à l'hospice" et attendent un train imaginaire. Un choeur de zombies à la mine patibulaire, un synthétiseur et une bonne dose d'ironie constituent la recette infaillible de cette comédie simplette, aux dialogues un peu bâclés mais dont le petit côté moqueur est irrésistible. Il ne faut pas non plus rater l'événement anglophone du Fringe, Teen Sleuth & the Freed Cyborg Choir. Étrange spectacle racontant la dépossession de soi sur un très joli fond musical. La chanteuse Ellen Smallwood évolue au milieu d'une forêt peuplée d'orignaux dansants et d'autres personnages fantomatiques en carton-pâte. Une expérience atypique, artisanale et un peu brouillonne, mais propice à l'émerveillement.

Dans Louis, 25 ans, captive troyenne, le Théâtre Point d'Orgue orchestre une trajectoire elliptique jusqu'à des vérités enfouies, dans laquelle un jeune homme revisite, comme dans un manège incontrôlable, ses anniversaires passés et ses obsessions récurrentes. Partitions corporelles rythmées et temporalité éclatée nous font vivre une expérience erratique de l'espace et du temps. Les Néos, eux, brouillent les cartes avec une pièce inspirée du jeu Clue, Dans le salon avec la clé anglaise. À travers une suite de portraits, la cruauté sous toutes ses formes est exposée à un public attentif, devenu enquêteur pour l'occasion. Un spectacle ludique et sans prétention où domine le plaisir de jouer.

Première surprise: Picasso a écrit en 1941 une pièce de théâtre intitulée Le Désir attrapé par la queue. Deuxième surprise: c'est d'une grande poésie, à grands coups de métaphores gastronomiques, de sensualité brûlante et d'envolées lyriques surréalistes (on est à l'âge d'or de l'écriture automatique, après tout). Et la troisième? Le Théâtre Pretium Doloris, la metteure en scène Véronick Raymond en tête, s'est approprié cette matière difficile avec panache, misant avant tout sur l'image et le corps, puis sur un jeu contrasté, où les sensations et le relief des mots priment l'émotion ou l'intellect. Certes, il y a encore du travail à faire, des resserrements ici et là, mais l'expérience est concluante. Pour plus de détails et d'autres critiques, consultez mon blogue, Parathéâtre, sur voir.ca. Et bonne fin de Fringe.

www.montrealfringe.ca

Écrire une critique de spectacle
Pour avoir accès aux fonctions interactives de Voir.ca, vous devez être membre et vous identifier en ouvrant une session.
Déjà membre ?
ouvrir une session
Pas encore membre ?
devenez membre
18 juin 2009, 13:31
répondez à cette critique!

Le désir attrapé par la queue du Collectif Pretium Doloris marquera sûrement le Fringe 2009. Basée sur une pièce de théâtre, écrite par Pablo Picasso durant l'occupation de la France pendant la 2e guerre mondiale, cette pièce a été une découverte pour moi qui ne connaissais Picasso qu'en tant que peintre abstrait. Sur scène, les 11 acteurs nous apparaissent avec différents costumes variant du sexy pour les femmes au grotesque pour les hommes. Peut-on imaginer des hommes porter des sous-vêtements blancs (combinaisons et camisoles) à la mi-juin? On retrouvera les vêtements des acteurs maculés de peinture, ainsi que sur leur peau, la peinture étant le matériau de base pour Picasso. Cela laisse comme impression qu'ils sortent tous d'un atelier de peinture. Pour compléter le portrait, il y a même des hommes portant des masques respiratoires nous rappellant la peinture industrielle pulvérisée. Le spectacle semble basée sur les tableaux abstraits de Picasso et le spectateur se retrouve avec une histoire aussi abstraite que les tableaux. Ceux-ci seront projetés comme image sur la peau, les vêtements des acteurs ainsi que sur le fond de la scène. Cette explosion de couleurs est tout simplement formidable et fera une forte impression sur tous les spectateurs. Il y a beaucoup plus à voir dans ce spectacle hétéroclite et la nudité sur scène semble aussi inspirée par les tableaux. C'est à voir!

Amazone: a (very violent) love story est présenté par le Vangarde Theatre Compagny. Cette pièce de théâtre anglais est présentée par un narrateur (en anglais) et aussi par les 13 autres acteurs qui restent silencieux (quelques cris et gémissements). Les costumes sont formidables variant des amazones à un personnage princier. Un conflit armé existe entre le prince, des ninjas et les amazones. Une histoire d'amour existe au milieu de ce conflit. Il y a des bons et des méchants, des forts et des faibles et si l'amour est mêlé avec la guerre, la séduction le sera avec la domination. La musique orientale est omniprésente et produira un très bel effet. Le Kung Fu est très employé par les soldats ninjas ainsi que les sabres et les poignards. Il n'y a pas de temps mort, l'action et la musique conservant notre attention. J'ai adoré ce spectacle qui devrait aisément être traduit en français (narration) et je ne serais pas surpris qu'il se qualifie pour un prix à la fin du festival Fringe.

Penumbra est aussi une pièce de théâtre en anglais qui touche à l'utilisation de l'internet à des fins de prostitution. Un couple se paiera une partie de fesses à trois pour changer la routine. Une jeune internaute répondra à ce caprice, ce qui lui causera des ennuis avec son copain qu'elle ne considère pas à la hauteur de la situation. Ces personnages sont des voisins ce qui implique un élément de proximité. Les ébats sexuels sont masquées par un drap et nous sont présentés comme des ombres chinoises. C'est très bien fait, moralisateur et on ne verse pas dans le trash. L'histoire est un éternel recommencement, même si les couples se brisent suite à cette pratique. Cette pièce est très bien ficelée et me laisse une bonne impression.