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Auteur(s): Dominique Fortier
Genre: Roman
Éditeur: Alto
Description de l'éditeur: Mai 1845, les navires Terror et Erebus, sous le commandement de sir John Franklin, partent à la conquête du mythique passage du Nord-Ouest avec, à leur bord, cent trente-trois hommes et suffisamment ... suite >
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Dominique Fortier

Une étoile est née


ARTICLE - 13 novembre 2008
Candide Proulx

Dominique Fortier: "Le meilleur conseil qu'on m'ait donné? On ne veut pas le savoir, on veut le voir."
photo: Martine Doyon
Ce n'est pas tous les jours qu'on lit de la grande littérature. Ni tous les jours qu'on en publie. Avec son premier roman, Dominique Fortier allume un phare destiné à briller longtemps dans notre paysage québécois.
 
Au commencement, il y a l'Histoire: en 1845, deux navires anglais partent à la recherche du passage du Nord-Ouest. Sir John Franklin est à la tête de l'expédition, avec tout ce qu'il faut de conserves, d'argenterie, de charbon et de courage pour tenir quelques années, dont la moitié sera figée par les glaces... Quoi? Vous ne connaissez pas Franklin? Dites-vous que vous n'êtes pas seul: "L'histoire de Franklin est hyper-connue dans le Canada anglais. Les enfants l'apprennent à l'école. Et moi, comme plein de Québécois, je n'en avais jamais entendu parler, jusqu'à ce que je voie un reportage à la télé", confie Dominique Fortier.

Il n'en fallait pas plus pour que l'imagination de l'auteure s'emballe. Prenant pour béton les quelques faits historiquement documentés, elle insuffle une âme aux personnages et reconstitue, par le biais des journaux intimes de Franklin et de son attachant second, Crozier, l'expérience vécue par l'équipage. S'ajoutent une narration classique, portant sur les mondanités de lady Franklin dans l'Angleterre victorienne, ainsi que de multiples fragments, dont une partition de musique, un traité scientifique sur le magnétisme, un extrait du Voyage dans la lune de Cyrano de Bergerac, quelques notes manuscrites, chansons populaires et quantité d'artefacts du même acabit.

L'esprit du roman tient beaucoup à cette initiative composite qui insère par exemple, aux côtés du triste récit d'un Nouvel An passé dans un navire frigorifié, la recette du traditionnel plum-pudding. Chaque fragment est une fenêtre ouverte sur cette époque qu'un écrivain moins doué se serait cassé les dents à décrire. "Le meilleur conseil qu'on m'ait donné? On ne veut pas le savoir, on veut le voir." Dans le mille, Émile. Et puis la forme fragmentaire contraste agréablement avec le style de l'auteure. "J'ai une écriture classique, même archaïque peut-être. Là, je l'ai poussée à l'extrême, mais je ne pourrais pas écrire autrement de toute façon. Et puis je finis toujours par écrire des histoires qui se passent au 19e siècle, alors j'en suis venue à penser que c'est la manière dont j'écris qui conditionne ce que j'écris, qui détermine l'univers."

Un univers qui parle autant de la conquête de territoires inconnus que de la création littéraire. C'est à coups de crayon que sont sortis du néant ces arpents de neige que le Canada revendique. Pour le cartographe comme pour l'écrivain, il s'agit toujours, ni plus ni moins, de recréer le monde. En témoigne ce superbe passage du roman: "Nous avançons au milieu d'une carte blanche, dessinant le paysage comme si nous l'inventions au fur et à mesure, traçant le plus fidèlement possible les baies, les anses, les caps, nommant les montagnes et les rivières. [...] Avant nous, le paysage grandiose fait de glace et de ciel n'existait pas; nous le tirons du néant où il ne retournera jamais, car désormais il a un nom."

Lire n'est pas autre chose, nous rappelle la jeune auteure et traductrice. "Il y a une super belle image en théorie de la littérature qui dit qu'un texte littéraire, c'est comme une série de points lumineux dans un ciel noir. Les points sont fixes; il appartient à chaque lecteur de tracer les lignes qui formeront les constellations. C'est pour ça que j'ai appelé mon livre comme ça."

Du bon usage des étoiles, vous dites?

Du bon usage des étoiles
de Dominique Fortier
Éd. Alto, 2008, 345 p.

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23 oct. 2009, 07:33
1 commentaire(s)
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Ce livre m'aura captivé du début à la fin.  Et, en ce sens, je rejoins les nombreux commentaires positifs qu'il a récoltés.  L'histoire est déjà une bonne raison de l'apprécier.  Basé sur des faits réels s'étant déroulés entre 1845 et 1848, (mais quoi que très peu documentés!) nous suivons le commandant Sir John Franklin et son aide, le commandant Crozier, qui veulent découvrir un passage maritime via le Nord Arctique, pour passer de l'Atlantique au Pacifique.  À la tête d'une expédition, ils tenteront l'expérience.  Malheureusement, les deux navires qu'ils commandent seront bientôt prisonniers des glaces et, cela, pendant trois ans.  Bien que tout ait été prévu, à bord des bateaux, pour soutenir un siège polaire de plusieurs années, rien ne se passe comme prévu et, bientôt, la famine et la mort commencent à faire leur œuvre.

En parallèle à cette histoire, on suit la destinée de Sophia, la promise du commandant Crozier.  Celle-ci vit dans la haute société de Londres et va de réception en réception, avec son statut de femme de découvreur.  Et plus le temps passe, plus on comprend que l'expédition est peut-être en danger, ce qui contribue à accroître l'intérêt que la haute société attribue à Sophia.

Oui, l'histoire représente en soi un point fort de ce livre.  On suit les péripéties des membres de l'équipage, ce qui constitue un magnifique roman d'aventure.  Mais, au-delà de ça, j'ai également apprécié la construction du roman, puisque l'auteure, Dominique Fortier, d'un chapitre à l'autre, digresse de très belle façon, nous présentant, ici, une partition musicale, là, une recette de Plum Pouding, tout ça pour venir appuyer le texte qui précédait la digression.

Le style est également une autre raison d'apprécier ce livre.  L'auteure a su trouver une façon de raconter cette histoire qui ne comporte aucune lourdeur, sans non plus tomber dans un récit minimaliste.  C'est le genre de livre dont on commence la lecture et qu'il est difficile de déposer pour le reprendre plus tard, tant on est captivé.

"Du bon usage des étoiles" est le premier livre de Dominique Fortier.  Mais on se plait à espérer que le prochain suive très rapidement.  Un tel talent ne doit pas être laissé en plan!

26 mars 2009, 13:34
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Finaliste au prix des libraires 2009, ce roman fait un tabac parmi les chroniqueurs et les bloggeurs. Il est honoré de 15 commentaires élogieux sur Internet. Le 16e fera l’effet d’une douche froide. Ce n’est pas son manque d’intérêt qui a failli à la tâche. La matière captive, mais échoue à l’épreuve de la facture. L’œuvre n’est pas sans qualités. Parmi celles-ci ressort le don d’harponner le lecteur. Après quelques pages de lecture, nous fléchissons devant son charme. L’écriture évoque l’art des auteurs du X1Xe siècle, voire ceux du XV111e : la belle phrase complexe déroulant, en concordance avec les temps de verbe, son tapis de propositions subordonnées. C’est du plus bel effet, qui vient en contradiction avec la déclaration prétentieuse de Jean Barbe À tout le monde en parle, à savoir que les jeunes auteurs ne maîtrisent pas la syntaxe. Hormis quelques coquilles oubliées par un éditeur peu valeureux à ce chapitre, la phraséologie peut paraître pompeuse aux yeux des ignares, mais elle s’éloigne d’un archaïsme qui se donnerait un second souffle. Même le titre s’inspire des traités anciens et, en particulier, de la grammaire de Maurice Grevisse, intitulée Le Bon Usage. Les étoiles damant le pion, en toute convivialité, aux règles grammaticales. Étoiles plutôt filantes, qui n’accordent que le temps de séduire la promise avec une constellation relevant du cru du soupirant. C’est l’une des nombreuses digressions, qui s’imbriquent fort peu à la trame romanesque. Il en résulte un patchwork tenu par un faufilage étriqué. Depuis l’avènement de l’Internet, les romanciers enrichissent, soi-disant, leurs œuvres de renseignements, qui soulèvent, certes, la curiosité, mais qui défient toute pertinence. Dominique Fortier raconte l’étymologie du mot thé et rapporte un extrait du Voyage dans la lune de Cyrano de Bergerac. Aucun lien d’intertextualité ni rôle d’accélérant dramatique. En somme, le roman navigue majestueusement dans une mer harnachée de digues informatives. Ces apports étrangers jouent en défaveur de l’émotion. En s’effectuant aux dépens de la psychologie des personnages, la recherche documentaire dégage une impression de rigueur, qui sent le rapport scientifique. Il faut attendre la seconde moitié du roman avant que ne se dévoile le visage des personnages affectés par ce drame. La narration effleure à peine les enjeux en cause dans une société victorienne décrite bien chichement. Il aurait fallu s’en tenir aux réactions des marins prisonniers de leurs bateaux entravés par les glaces, dans le contexte d’une Albion en quête d’expansion à travers l’exploration de l’Arctique. Cependant il faut rendre hommage à l’auteure pour l’importance accordée aux femmes de ces explorateurs, à qui elle a évité de donner une stature démesurée. Elle a respecté une juste mesure pour contourner le piège du sensationnalisme. Bref, la facture boiteuse devrait retenir les libraires d’accorder leur prix prestigieux à ce roman.  
15 déc. 2008, 23:26
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De parler d’un roman qui touche l’immensité de la nature, la noblesse du sentiment humain, servi par un style d’une aussi rare élégance, on se sent petit. Comme ces explorateurs auraient dû se sentir s’ils avaient su combien les fers de la glace sont impitoyables pour l’homme qui se hausse de sa science. Toutes voiles d’égos déployés, ils quittent la terre ferme sans savoir s’ils la reverront un jour. Ni femme, ni enfants. La cale gonflée à bloc de victuailles, le pont débordant d’un équipage humain, ils seront les premiers, les plus forts, les découvreurs du Passage Nord-Ouest.

Deux navires, l’Erebus et le Terror, deux commandants, le fier et orgueilleux John Franklin, le franc et humble Francis Crozier : « Les montagnes de glace aux reflets d’un bleu, vert, turquoise minéral, s’élèvent dans le ciel comme des cathédrales de neige. Ces masses auprès desquelles nos navires semblent lilliputiens ont au soleil un éclat presque surnaturel ; on les dirait sorties d’une peinture représentant la surface d’une planète inconnue, ou du rêve d’un fou » C’est à cette voix de Crozier que je me suis attachée comme à une amarre pour ne pas sombrer entre les géantes de neige. Dans son journal de bord impeccablement tenu, il ne nous fait pas seulement découvrir la splendeur de l’Arctique, il ouvre ses pages sur le doute pour les moyens employés, les décisions prises, autant d’aberrations dont la plus frappante est certes de refuser la sagesse des Esquimaux qui, de par leur conciliation, réussissent à dompter les dures lois de la froidure. Une histoire de sauvetage dans l’histoire nous est racontée et aurait dû être vue comme un dessein dessiné par le Destin.

Toujours sous la plume alerte de ce Crozier, attendrissant de vulnérabilité, on découvre la douce tyrannie de son amour pour Sophia : « Je ne pars plus vers quelque chose comme je l’ai fait tant de fois, le cœur battant, l’esprit enflammé à la pensée de découvrir une partie de notre monde que personne jusque-là n’avait aperçue : je quitte quelque chose, je laisse derrière moi Sophia, dont j’aurais voulu qu’elle soit ma femme, ma maison et mon pays, et dont je sais qu’elle ne sera jamais à moi comme elle refusera toujours que je sois à elle ».

Qui est Sophia ? Il faut traverser les mers glacières pour la retrouver sur son continent, elle et sa tante Jane, épouse du héros de l’Arctique, John Franklin, commandant en chef de l’expédition. L’étrangeté et le charme de ce roman est de se promener d’un contraste à l’autre, du monde des hommes à celui des femmes. D’un côté, les hommes, et leur pseudo esprit scientifique, de l’autre, les femmes et leur fluidité intuitive. D’un côté, l’essentiel de la vie, de l’autre, la superficialité. L’attente, l’immobilité, le silence, de l’autre, le bruit, l’action, le caquètement des mots. La nuit, le jour.

Ce que j’ai tant aimé de ce roman est de découvrir l’eau vive des vérités vivant sous la glace, qui ne sont pas toujours celles que l’on croit être en surface. C’est un débusquage continuel de vérités trop ignorés de l’homme qui se prétend grand devant les lois de la nature, qu’il en devient sourd. Sourd à tous les messages que la Vie essaie de lui transmettre.

Jane sera l’active amazone qui a en elle tout, plus que son célèbre mari, pour mener à bien une expédition. Elle en mènera d’ailleurs une, courageusement et diplomatiquement, avec les moyens qu’offre la haute bourgeoisie. Sophia en femme belle est une réaction vive à la vie, fragile par sa passivité. C’est par elle que tout le romantisme de l’histoire passe.

Le mot « romantisme » s’est imposé à moi dans le courant de ma lecture et pas seulement celui que l’on voit dans les yeux langoureux des amoureux mais par le ton de Dominique Fortier. Cette escapade périlleuse entre les serres glaciaires est devenue hautement romanesque à mes yeux que j’en ai même momentanément perdu la raison. C’est ainsi que je me suis fait attraper par la fin, choquée même. Revenue brutalement à toute la dureté que peut contenir la beauté.

Ce roman contient tant qu’il est presqu’impossible à cerner dans la concision, il a volontairement été ancré dans une réalité documentaire par l’exposition d’illustrations d’instruments magnétiques, en passant par une pièce de théâtre, un poème, un menu, une recette. J’avais entendu parler de cette diversité qui le caractérisait et je m’étais tôt fait la peur de la cassure du morcellement. Et puis, je vous l’annonce, non pas du tout.

Ce roman, plus qu’un roman pour moi, est une réflexion romanesque et en tant que telle me porte un terrible coup au cœur. Je n’en reviendrais pas.