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Société

Alain Gagnon et Raffaele Iacovino

Pour un Canada multinational


ARTICLE - 14 février 2008
Elias Levy

Raffaele Iacovino et Alain Gagnon: "Nous pensons qu'il est temps d'aller vers l'avant et d'instaurer un fédéralisme multinational."
Le Canada court à sa perte s'il ne table pas sur un fédéralisme multinational plutôt que territorial, prédisent les politologues Alain Gagnon et Raffaele Iacovino dans un essai iconoclaste. Plaidoyer pour un fédéralisme innovateur et audacieux.
 
Voir: Pour vous, la "question nationale québécoise" n'est pas une tare pour le Canada mais, au contraire, un atout prometteur.

Raffaele Iacovino: "Nous croyons résolument que la "question québécoise", qui suscite des réactions généralement hostiles à l'extérieur du Québec, fournit au contraire au Canada l'occasion de réaliser ses promesses et de se définir à partir de principes qui lui sont propres et qui reflètent son histoire, sa société, sa diversité nationale et culturelle. Au lieu d'indisposer les Canadiens anglophones et francophones, la "question québécoise" devrait être accueillie comme une dimension essentielle de ce que nous sommes, elle devrait faire partie aussi de l'examen de notre évolution en tant que pays "modèle"."

Votre livre est un vibrant plaidoyer pour un fédéralisme canadien "fonctionnel, pragmatique et perspicace".

Alain Gagnon: "Ce livre est un plaidoyer pour un fédéralisme qui se respecte. Nous pensons que le fédéralisme canadien a travesti jusqu'à un certain point un héritage historique, qui est le nôtre. Au fil des décennies, le Canada s'est structuré autour d'un fédéralisme territorial, où les relations entre le pouvoir central et les États membres de la confédération sont souvent imposées. Nous pensons qu'il est temps d'aller vers l'avant et d'instaurer un fédéralisme multinational. Le fédéralisme territorial, qui traite tout le monde de façon identique sur un même territoire, n'est plus un projet viable pour l'avenir. Nous proposons un nouvel élan: la reconnaissance des communautés, de sociétés complexes. Les Canadiens ne sont pas les seuls à être confrontés à ce défi de taille. Désormais, les Américains, qui doivent prendre en considération la présence sur leur territoire des hispanophones, les Allemands, qui doivent prendre en considération la présence des Turcs, les Australiens, qui doivent tenir compte des attentes des autochtones... sont de plus en plus conscients de cette réalité politique inéluctable."

Vous critiquez vigoureusement dans votre livre les mesures politiques adoptées par le gouvernement libéral de Jean Chrétien pour contrer les desseins sécessionnistes des nationalistes québécois.

R.I.: "Pour un bon nombre de Québécois, le Canada n'est l'objet que d'une association utilitaire. Pour le reste du Canada, le Québec n'est qu'un enfant gâté, un territoire qui exige constamment des concessions et menace toujours de faire sécession. Le plan B concocté par le Parti libéral du Canada, qui s'appuie fortement sur la Loi sur la clarté référendaire, a certainement contribué au malaise des dernières années. Ce plan repose sur l'idée que le gouvernement fédéral doit se charger de "tenir le Québec à sa place", en faisant fi de ses revendications et de ses aspirations en tant que nation interne et en restant fidèle à sa dynamique maladroite de nationalisation centralisatrice. Nous croyons que cette stratégie ne fera que précipiter la rupture du Canada. Cette approche maximaliste s'oppose à la fibre multinationale et témoigne, de la part d'Ottawa, d'un degré de cynisme politique qu'on peut qualifier d'irresponsable."

D'après vous, le "fédéralisme territorial" canadien est plus synonyme de "modèle éculé et stagnant" que de "pays modèle". Un diagnostic sévère!

A.G.: "Nous avons un problème avec l'idée, ressassée sur la scène internationale, que le Canada est un "pays modèle". On nous présente toujours le Canada comme le "pays exemplaire et parfait". Nous savons bien que ce n'est pas le cas. Lorsque les Catalans, les Tibétains et les Taïwanais font appel à nous - notre livre a été traduit dans ces trois pays -, c'est parce qu'il y a quelque chose qu'ils retrouvent dans la dynamique politique Québec-Canada qui pose problème. Ces derniers pensent qu'à travers notre modèle multinational, il y a un levier pour essayer d'affirmer des rapports d'intégrité entre des communautés. Le jour où le Canada sera en mesure de défendre les communautés dans l'ensemble du pays de façon beaucoup plus louable que présentement, il pourra être alors un "pays modèle"."

La reconnaissance officielle du Québec comme nation, est-ce un pas vers l'avant prometteur?

A.G.: "C'est la première fois qu'un parti ministériel canadien dit aux Québécois: "Nous sommes prêts à vous reconnaître, pas simplement comme une société distincte, comme Jean Chrétien l'a fait, mais nous allons donner une valeur, un sens au concept de nation québécoise." Pour la première fois dans les annales politiques du Canada, ce concept a été reconnu formellement. Je ne sais pas quelles sont les limites et les frontières de ce concept. Cependant, cette "reconnaissance" est extrêmement importante car, dorénavant, la Cour suprême du Canada va devoir s'en servir lorsqu'elle aura à se prononcer sur les futures intentions politiques du Québec. Bien que le concept de "nation québécoise" n'ait pas de valeur légale, parce qu'il n'a pas encore été "constitutionnalisé", dorénavant, la Cour suprême du Canada devra tenir compte de ce concept incontournable parce qu'il est structurant et déterminant. Celui-ci sera désormais considéré comme une clause interprétative. Mais il faut trouver une façon de valider cette notion, de lui donner une profondeur interprétative."

Vous préconisez l'adoption par le Québec d'une Constitution. Cette proposition ulcérera sans doute les fédéralistes les plus invétérés.

R.I.: "Une Constitution québécoise préciserait les frontières de la citoyenneté québécoise, ses orientations en ce qui a trait à l'intégration des nouveaux immigrants, ses droits et obligations en tant que membre de la fédération canadienne, ses relations institutionnelles avec ses partenaires de négociation. La nation interne serait ainsi le porte-étendard de la démocratie multinationale et d'une vision qui permettrait de rompre avec les antagonismes causés par le centre, qui rejette la diversité, et par la nation interne, qui quémande continuellement pour qu'on la reconnaisse."

C'est ce que la leader du camp souverainiste, Pauline Marois, a proposé dernièrement aux Québécois.

A.G.: "On est assez loin du type de Constitution que Pauline Marois propose aux Québécois. Mais force est de rappeler que la Constitution québécoise existe déjà. Il y a des pratiques et des us et coutumes constitutionnels. Il y a des aspects de cette Constitution qui sont déjà écrits, par exemple la Loi sur les consultations populaires, la Charte québécoise des droits et libertés... Ce sont des éléments organiques de la Constitution québécoise. Il y a des éléments constitutifs de la Constitution québécoise qu'il faut améliorer en donnant plus de place aux citoyens, en reconnaissant davantage les rapports avec les Premières Nations... C'est un projet en pleine évolution."

De la nation à la multination - Les Rapports Québec-Canada
d'Alain-G. Gagnon et Raffaele Iacovino
Éd. Boréal, 2008, 262 p.

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19 févr. 2008, 21:20
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Mes chers lecteurs, Biennque je pense que ceci soit réalisable, je ne considère pas que ce problème canadien est comparable a la situation aux USA ou en Allemagne ou repectivement les hispaniques et les turcs sont de nouveaux venus, des immigrants, et non des (premiers) colons avant l'indépendance. Le problème est tout autre et aucune nation au monde ne peut l'accepter ainsi. On peut reconnaitre la culture d'un autre peuple sur son propre territoire sans passer a la multinationalité, mais le problème québécois est tout autre, les québécois n'ayant jamais été des immigrants venus chercher un bien-etre dans une autre nation, et c'est seulement la que j'appuierais la multinationalité au Québec. J'a été un étudiant au Collège Jean de Brébeuf a Montréal ou j'ai eu beaucoup de camarades québécois. Au revoir. Dr. Roger Qualo.
19 févr. 2008, 17:06
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Dans les propos des auteurs de cet essai politique, il se dégage une vision de l'État qui se rapproche d'un découpage du territoire du pouvoir selon des paramètres linguistiques et culturels.  À ce qu'il est permis d'en comprendre à partir des réponses des auteurs, le Canada deviendrait une entité politique résultant d'un amalgame de cantons.  Il me semble qu'une sorte de Constitution à la Suisse se pointe au sommet de ce résumé d'explications fournies par les auteurs de l'essai.

Cette vision est à la fois trop et trop peu innovatrice.  Pour les fédéralistes dominateurs, bien campés dans leurs positions territoriales, le seul objectif valable à leurs yeux est de maintenir les acquis de la conquête du territoire par l'Angleterre, ceux qui résultèrent de la Guerre de sept ans et dont ils se croient les héritiers légitimes. Pour eux, la vision territoriale unitaire est l'argument massu, celui qu'il faut asséner sur la tête de quiconque la remet en doute.  La position des auteurs de cet essai est donc condamnable absolument dans la mesure où elle remet en question leur absolutisme. 

Par contre, pour les souverainiste québécois, cette position cantonnale à la Suisse est trop peu innovatrice, car elle demeure largement en retrait de ce que serait à leurs yeux un véritable fédéralisme, si tant est qu'il faille ou qu'il soit possible d'en créer un au terme de la reconnaissance de la souveraineté du Québec sur son territoire actuel par d'autres nations souveraines.  Qui plus est, cette vision cantonnale à partir de critères linguistiques pourrait miner les prétentions des souverainistes Québécois qui revendiquent tout le territoire du Québec aux fins de former un État souverain.   

17 févr. 2008, 16:09
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Peut-être que je manque le coche (et la coche) mais j'ai été profondément ennuyé par les propos de Gagnon et Iacovino.  Je ne vois pas en quoi ces considérations, parfois un peu absconses, font avancer le débat sur le Canada et sur la place du Québec au sein de l'ensemble canadien.  J'attends des considérations moins éthérées et plus stimulantes. 

 Respectueusement!

 
JSB
 

17 févr. 2008, 07:57
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Plus déconnectés de la réalité que semblent l'être les politologues Alain Gagnon et Raffaele Iacovino, cela doit être assez rare.  Ce que ces messieurs avancent en effet comme solution pour le Canada a plutôt des allures de recette infaillible pour précipiter, plus rapidement encore, au fond du précipice le convoi canadien qui longe ce gouffre depuis des décennies déjà.  Et là où leur raisonnement dérape fondamentalement, entraînant de la sorte le train en entier, c'est en voulant placer la "multinationalité" avant la territorialité.

Que je sache, un pays et en l'occurence ici le Canada, c'est d'abord et avant tout un territoire.  Un endroit que des individus habitent, qu'il s'agisse d'autochtones ou de gens venus d'ailleurs.  Sur ce territoire, tous partagent le beau temps comme le mauvais temps, l'air pur comme la pollution, les ressources comme les pénuries.  Chacun se doit d'y être égal en droit tout autant que tenu aux mêmes responsabilités.

Mais cela ne paraît pas être l'avis de monsieur Gagnon qui dit: Le fédéralisme territorial, qui traite tout le monde de façon identique sur un même territoire, n'est plus un projet valable pour l'avenir.  Pourtant, n'est-ce pas justement cette idée de ne pas traiter tout le monde de façon identique, avec des passe-droit pour certains, qui irrite tellement par les temps qui courent?  Le kirpan à l'école, par exemple?  Le turban au port ou dans la police?  Le voile au bureau de vote?  Sur un même territoire, tous se doivent d'être traités également.

Enfin, dans cette insipide bouillie que nous servent les deux politologues, on mentionne la reconnaissance du Québec comme nation, avec une perception favorable de la chose.  La belle affaire!  D'ailleurs, qui reconnaît-on au juste ici?  Et à l'exclusion de qui?  Plus encore, en quoi cette reconnaissance floue et davantage problématique qu'autre chose saurait-elle favoriser l'avenir du Canada?  Sans le moindre doute possible, continuer sur la lancée de messieurs Gagnon et Iacovino, qui ont apparemment élaboré leur vision portes et fenêtres fermées, en vase clos, c'est aller tout droit vers la désintégration d'un territoire dont la devise - qu'on pourra alors lire dans les livres d'histoire futurs - aura été A mari usque ad mare.

14 févr. 2008, 18:01
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Personne ne "tient  à sa place"  [jamais !...] ... sauf les sujets et les esclaves  !....  Comme toutes les cultures,  les Québécois ne doivent pas se laisser piéger par le communautarisme  ( autre pseudo du fascisme ) ,  mais s'exprimer comme membre de plein droit envers les autres communautés de votre Nation ... qui n'a pas encore eu ( à ma connaissance) sa Jeanne d'Arc , comme ciment unificateur !... 

Les nationalités, pas le nationalisme :  trouvez  ( grâce à un réseau de réunions et de congrès)  les énergies qui vous rapprochent  ( pas celles qui vous fâchent )  !... Seul un projet fédérateur  ( peut-être hélas confédérateur ... si vous tardez trop !)  sera susceptible de vous rassembler dans une institution puissante !....  La liberté n'a rien à faire dans les querelles de voisinage : elle ne commence pas ou celle du type d'à-côté se termine .... la vraie liberté, celle dont vous avez besoin, c'est tous ensemble que vous l'obtiendrez  !...