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Société

La gauche politique, partie 2

Réinventer les idées


ARTICLE - 27 novembre 2008
Jean-François Lisée: "On ne naît pas égaux. La société doit faire en sorte de limiter les inégalités. Ensuite, chacun peut se réaliser selon l'intensité qu'il souhaite"
On connaît - ou on a l'impression de connaître - les idées politiques de gauche. Serait-il temps de les réinventer? Voir a posé la question à Jean-François Lisée, qui vient de publier un essai sur le sujet: Pour une gauche efficace.
 
Signalons au départ que le contexte actuel est tout à fait propice au changement. Quel contexte? La crise économique. Bien entendu. C'est qu'actuellement, selon Jean-François Lisée, l'exemple est fait de l'inefficacité des mesures proposées par la droite. "C'est en suivant ces préceptes qu'on s'est trouvés face à la pire crise économique depuis les années 1930", lance le directeur du Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal, qui conseille à l'occasion le Parti québécois et le Bloc québécois. Devant la prédominance des idées de la droite, les citoyens et citoyennes sont maintenant prêts à entendre de nouvelles idées. "L'économie de marché nous conduit à un mur. Au rythme où l'on va, si la Chine et l'Inde se mettent à consommer comme nous le faisons, la planète ne pourra pas soutenir ça. Il faut faire en sorte que le Québec soit plus fort pour les années à venir."

Ainsi, la porte est ouverte pour la gauche. Mais celle-ci doit prendre les devants, se renouveler et, surtout, éviter de simplement réagir aux options proposées par la droite. "La grande difficulté, c'est de laisser la droite proposer les réformes. Si on laisse à la droite le monopole des idées d'efficacité, de performance, de réussite, alors ce sera un échec majeur. Ces idées, elles ne sont pas de droite, ce sont simplement des idées qui font avancer la société. Et il y a une façon de gauche de les mettre en pratique", explique M. Lisée. Oui à la solidarité, certes. Mais, surtout, oui à la solidarité pour la réussite de l'individu. "La gauche, c'est aussi un moyen de réussir. Mais si un individu connaît un échec, la gauche fera en sorte de l'aider à se relever alors que la droite le laissera tomber", précise-t-il.

Ces idées, on pourrait les appliquer à la manière d'un pacte entre l'économique et le social. "Il faut admettre que pour avoir l'égalité des chances au Québec, il faut aussi la prospérité des entreprises. La gauche ne dit pas ça: il faut faire ce pas-là. Mais il ne faut pas le faire n'importe comment." Par exemple? En échange de l'abolition de la taxe sur le capital, on demande aux entreprises des normes minimales du travail. L'idée est que ces mesures soient "donnant-donnant".

Un autre exemple? Portons un regard sur la lutte à la pauvreté. Selon Jean-François Lisée, elle est essentielle à la prospérité de tous: "Chaque enfant qu'on réussit à sortir de la pauvreté, ça représente des dizaines de milliers de dollars économisés." Les moyens? L'alphabétisation. Et les garderies. Car l'enfant est au coeur de la solution. "On ne naît pas égaux. La société doit faire en sorte de limiter les inégalités. Ensuite, chacun peut se réaliser selon l'intensité qu'il souhaite", ajoute-t-il.

L'essentiel, au bout du compte, reste d'éviter de s'asseoir sur les idées du passé. "Notre capacité à nous réinventer, c'est une ressource renouvelable", indique le penseur. Il faut sortir des sentiers battus. "Et ne jamais oublier que ce n'est pas le capital qui doit être au coeur de notre société, mais plutôt la qualité de vie des individus." Tout en évitant le fatalisme, ajoute Jean-François Lisée : "On a encore la possibilité de prendre du recul, de voir notre société telle qu'elle est, de proposer des façons de tendre vers plus de justice. Le Québec a déjà fait beaucoup. Cependant, il faut faire beaucoup plus. On est capables de faire beaucoup de choses. On a l'inventivité nécessaire pour y parvenir."

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11 janv. 2009, 10:29
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Malgré le titre de son essai intitulé "Pour une gauche efficace" et bien que son auteur y fasse un portrait réaliste de la situation en ce qui concerne le fardeau fiscal réel des québécois au regard des services qu'ils reçoivent et du coût réel de la vie chez eux, donc de leur niveau de vie en comparaison de celui de leurs voisins, ce qui tourne finalement le portrait à leur avantage contrairement aux idées reçues colportées par une droite myope, il faudrait malgré tout lui assigner un autre titre, quelque chose comme "Pour une droite habile" ou encore "ratoureuse" pour employer ce vocable bien d'ici pour dire que nous en avons vu bien d'autres en matière de discours habiles à contourner les idées pour les rendre conformes à ses visées.

Car que nous propose en bref cet essai ? Rien d'autre que le report sur la TVQ et d'une hausse substantielle des coûts de l'énergie, de ceux de l'électricité, du mazout et du pétrole, pour compenser des baisses importantes, surtout en bonne part à l'avantage des fractions les mieux rémunérées des salariés, des impôts sur le revenu. Bien plus encore, il propose de faire reculer encore un peu plus le fardeau fiscal de ceux qui contribuent à la richesse collective en faisant migrer une partie du fardeau des charges sociales des entrepreneurs pour la main-d’œuvre vers des tranches additionnelles de TVQ. Malgré que ce plan dise s'inspirer en l’occurrence des exemples scandinaves qui ont des taux de TVA allant vingt pour cent et même vingt-cinq pour cent, il passe sous silence le rôle qu'y joue l'impôt sur le revenu comme mécanisme de stabilisation et de redistribution de la richesse. Nous sommes donc très loin d'un modèle social-démocrate avec les propositions de l'auteur de cet essai. Par ailleurs, non content d'avoir soulagé les entrepreneurs de la sorte, voilà qu'il propose la vente de vingt-cinq pour cent des actifs de l'Hydro-Québec à des intérêts privés.

Même s'il prétend que les sommes ainsi recueillies seraient réinvesties dans la lutte à la pauvreté et surtout, dans la scolarisation, la formation professionnelle et l'éducation, il en résulterait au final un clivage encore plus important que celui du présent entre la fraction des salariés des tranches supérieures de revenu à laquelle il tente d'associer machiévaliquement les enseignants pour lesquels il propose de relever les salaires à la hauteur des cent mille dollars annuels, histoire de s'associer les responsables syndicaux du secteur, et celle des salariés exclus de la croissance postulée à partir de ces mesures en définitive hyper-conservatrice, soit tous ceux dont la formation, le secteur d'activité ou les aléas de l'existence réduiraient à suivre le pauvre fil conducteur qu'il propose pour eux. S'y ajouteraient aussi toute la fraction des retraités, petits et moyens qui n'auraient droit qu'à la portion congrue du pactole qu'il imagine.

En fait, ce plan de société est en fait l'émanation d'une vision politique qui a pourtant fait long feu au Québec récemment avec la déroute de l'ADQ qui en reprend les grandes lignes directrices avec des mots différents. Le PQ en a aussi tiré une leçon avec la déroute électorale que lui a valu le fait d'avoir mis à sa tête avec André Boisclair quelqu'un qui partageait sans le dire cette même vision. En fait, le PQ a intérêt à se tenir loin d'une sortie de secours tout obstruée qu'elle est encore des cadavres de Mario Dumont, d'André Boisclair et de Lucien Bouchard.