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Arts de la scène
Reine Margot (La)
Théâtre · Théâtre français répertoire
12 jan au 6 fév 2010
Théâtre de la Bordée
315, rue Saint-Joseph E., Québec · (418) 694-9721

Marie-Ève Pelletier et Marie-Josée Bastien

Êtres de passion


ARTICLE - 14 janvier 2010
Marie Laliberté Marie Laliberté

Marie-Ève Pelletier: "Pour travailler, tout le monde est installé à Québec. C'est super: tu répètes toute la journée, tu y rêves le soir, tu reviens le lendemain. C'est vraiment comme une immersion."
photo: Renaud Philippe / Stigmat photo
Marie-Ève Pelletier et Marie-Josée Bastien parlent avec animation de La Reine Margot: un personnage, un spectacle et un travail de création d'une grande intensité.
 
Il y a quelques années, Marie-Josée Bastien se plonge dans la lecture du roman d'Alexandre Dumas La Reine Margot. Bientôt, c'est aussi dans son adaptation pour la scène qu'elle se lance: 700 pages. Rien de moins.

OEuvre touffue, comme tous les romans de Dumas, La Reine Margot relate les événements entourant le mariage de Marguerite de Valois (1553-1615) avec Henri de Navarre (Simon Rousseau), qui deviendra Henri IV, dans une ultime tentative pour réconcilier catholiques et protestants. La tentative échoue: au même moment, l'opposition entre les deux groupes dégénère en massacre. Le roman raconte aussi la passion de Marguerite pour le comte de la Mole (Guillaume Perreault), un protestant, ainsi que tous les complots déchirant les Valois, qui se disputent le pouvoir.

Dès qu'elle aborde le travail, Marie-Josée Bastien, qui signe aussi la mise en scène, est frappée par la force de l'oeuvre. "J'ai été complètement fascinée: c'est une histoire épique, passionnante, les personnages ont de la profondeur, les dialogues sont extraordinaires. Le souffle de l'écriture de Dumas est très théâtral. C'est vraiment un coup de coeur."

Si elle a fouillé les ouvrages historiques, elle se concentre, pour écrire la pièce, sur la version des faits que présente le romancier. Il en va de même pour Marie-Ève Pelletier, finissante au Conservatoire de Montréal en 1999, qui incarne la reine Margot. "Je me suis nourrie de toute la partie historique, c'est sûr, mais j'ai vite laissé aller ça. C'est présent dans ma tête, mais mon filon à moi, c'est Dumas et les choix qu'a faits Marie-Josée dans l'adaptation, plus que la Margot historique."

Elle la décrit ainsi: "Pour moi, ce qui rallie toutes ses facettes, c'est la passion, que ce soit dans sa vie amoureuse ou dans son implication dans le royaume. Dans la pièce, on voit Margot comme une amoureuse, évidemment, mais aussi comme la fille qui n'a pas sa place, au départ, dans cette famille-là. Elle est celle qui ne régnera probablement pas, qui est un peu oubliée par sa mère qui se concentre plutôt sur ses fils. Pendant le spectacle, elle essaie de trouver sa place, et quand Navarre arrive, c'est l'occasion pour elle de trouver sa voie. Au départ, Margot est la femme de chair, un peu superficielle. Avec la Mole, elle connaît un amour profond, en même temps qu'elle confronte sa famille. Elle change vraiment pendant le spectacle: elle prend de la maturité, même si elle est très jeune."

Pour raconter cette histoire complexe, l'adaptatrice a bien sûr fait des choix. "Déchirants", sourit-elle. "Le spectacle pourrait durer huit heures, sans problème. Historiquement parlant, c'est formidable; mais il faut aussi garder le souci de raconter une histoire. Alors on place, de la façon la plus simple possible, des choses dans le contexte politique et historique. J'ai voulu mettre l'accent sur les personnages, sur ce qu'ils vivent, et sur leur rapport avec le pouvoir. Tout le monde veut accéder au pouvoir, et tente de l'arracher aux autres. C'est fougueux, ça bout tout le temps: les alliances changent. Moi ce que j'aime, c'est que même dans les scènes les plus calmes, en dessous, c'est volcanique. C'est aussi une course à relais: on se passe le témoin. On change de scène, mais on continue à raconter l'histoire, du point de vue d'un autre personnage. La première partie est très physique, alors que dans la deuxième, tout ce qui bouge se passe à l'intérieur."

Coproduction Bordée-Théâtre Denise-Pelletier, le spectacle réunit 11 interprètes et 6 concepteurs de Québec et de Montréal qui recréeront, par la suggestion, cette vaste fresque. "T'as un plateau vide, explique la metteure en scène, comme un échiquier: c'est vraiment un terrain de jeu. Les comédiens s'installent, et la scène commence, dans le vif. On fait des tableaux avec les costumes, les éclairages, quelques accessoires; on a essayé de suggérer par des mouvements, avec la musique, des chuchotements." Marie-Ève Pelletier poursuit: "Il n'y a pas grand-chose sur scène, mais en même temps, c'est touffu. Et tout passe par le corps des acteurs. Je pense que c'est ça que j'aime le plus: on est dans ce qu'il y a de plus charnel, de plus humain. Et c'est jamais tranquille. C'est ce qui me frappait en répétition: t'as toujours envie d'y aller. "C'est à mon tour, passe-moi le bâton." J'aime beaucoup le côté intense, direct de ce spectacle. Il n'y a pas de niaisage, pas de temps psychologique: tout est essentiel."

Le résultat? Près de 2h30 de spectacle dense, où se côtoient tractations et calculs sordides, mais aussi amour, amitié et idéal.

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14 janv. 2010, 17:27
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Les personnages sont grandement étoffés. Bien qu’il soit difficile au début de cerner tous les liens entre les personnages et les problématiques qui les opposent, lorsqu’on a fait le tour de ceux-ci, on est à même d’apprécier la qualité du jeu de tous les acteurs. Jonathan Gagnon qui est le roi Charles IX, que l’on voit peu et très effacé dans son rôle en première partie, s’éclate complètement par la suite, lorsqu’il défie sa mère et prend enfin lui-même des décisions. On alterne entre le rire et l’admiration, devant ses mimiques, ses répliques et son agonie. Une belle performance. Ce que je retiens également, est le quatuor formé de la reine Margot (Marie-Ève Pelletier), son amie Henriette (Marie-Soleil Dion), Coconnas (Éliot Laprise) et la Mole (Guillaume Perreault). Ils forment les quatre mousquetaires, à la vie, à la mort. La dynamique entre eux donne une bouffée de légèreté et de rigolade, à travers tous ces pourparlers de guerre, de bataille et de haine. Entre eux, c’est l’amour et l’amitié sans peur et sans reproche. Les répliques entre Coconnas et Henriette sont délicieusement drôles, la passion entre Margot et La Mole donne des chaleurs à tous. Mais surtout, les batailles chorégraphiées entre La Mole et Coconnas sont endiablées, très réalistes et efficaces. C’est justement lors de ce massacre des protestants, que le rythme de la pièce s’intensifie. Les courses folles, les bagarres, les poursuites, les épées qui transpercent, tout est mis à contribution pour donner l’effet de réalisme et de totale barbarie. Je me dois également de mentionner l’excellente performance des autres fils de Catherine, Henri d’Anjou (Frédéric Bouffard) et François d’Alençon (Renaud Lacelle-Bourbon). Bien qu’ils aient des rôles plus secondaires, chaque fois qu’ils ont leur mot à dire sur scène, ils volent la vedette.

Au niveau du décor, nous nous retrouvons dans la cour d’un palais gigantesque. Une magnifique structure grise, aux multiples fenêtres et panoplies d’arches. Un décor imposant et dénudé avec un éclairage tamisé qui donne une impression austère, mais également dégage une élégance et surtout permet de créer l’ambiance de cette période historique. Quelques accessoires viennent s’ajouter à l’occasion pour certaines scènes (tables, chaises, rideau qui descend du plafond pour créer l’effet d’une autre pièce de la maison). Mais, globalement, la majorité des scènes se jouent dénudées, avec pour seuls accessoires les autres personnages qui ne participent pas à la scène, mais qui sont disposés un peu partout autour du château. Ainsi, presque tous les personnages sont constamment sur la scène et se déplacent au gré des divers tableaux qui se jouent. Et au son de la musique (tambour, contrebasse, violon) qui augmente la dimension austère et solennelle, tous les personnages bougent et se placent dans un autre endroit pour le tableau suivant. L’éclairage fait le reste pour mettre en lumière ceux qui participent à l’échange verbal. Cette mise en scène ainsi pensée par Marie-Josée Bastien est fascinante. En étant au balcon, j’ai pu apprécier toute la symétrie ainsi créée par les personnages qui attendent dans l’ombre de ce palais. Cela donne une toute autre dimension à la pièce.

Au niveau des costumes, les femmes ont droit à des robes longues sublimes, qui mettent en valeur leurs poitrines. Marguerite, tout en rouge éclatant avec les cheveux noirs luisants,  est l’image même de l’Amour passion enflammée qu’elle dégage et recherche auprès de ses amants. Sa mère Catherine, au contraire, toute vêtue de noir, avec les cheveux tirés vers l’arrière, dénote tout le contrôle, la froideur, la rigueur qu’elle dégage. Finalement, Henriette de Nevers l’amie de Marguerite, elle brille de candeur dans sa robe gris-bleu avec quelques ajouts de rouge (ce rouge symbolique des catholiques que l’on retrouve dans tous les costumes des hommes catholiques).

Pour les hommes, des chemises bouffantes avec du rouge, des vestes grises, et capes et épées pour les combats, les fils de Catherine et autres catholiques, se ressemblent et s’agencent tous au niveau des costumes. Tandis que La Mole, Henri de Navarre et Coligny, les protestants, eux, sont tous de noirs vêtus, sans aucune trace de couleur. Une magnifique combinaison très bien pensée pour les costumes.