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Lise Blouin

Debout


ARTICLE - 9 avril 2009
Lise Blouin: "Les relations sont parfois dissonantes, mais elles sont quand même accrochées à un thème, comme un thème musical."
Lise Blouin raconte une femme debout et nous rappelle que les Dissonances, existentielles et musicales, sont souvent le sel de la vie.
 
"Quasiment tous mes écrits présentent des femmes qui s'assument. Celui-là, d'ailleurs, est dédié aux femmes debout, et je trouve que ça résume bien tous les personnages que j'ai créés", explique Lise Blouin, les yeux posés sur son sixième roman, Dissonances.

La dernière femme debout en lice se nomme Florence. Des années 30 de sa naissance à son dernier repos, la vie de la Sherbrookoise sera animée de combats: pour les gagne-petit, pour les mal-aimés, pour les exploités, etc. Et pour les femmes, d'abord et toujours. Un roman que l'écrivaine encapsule dans une question: "Entre la naissance et la mort, qui nous arrivent de façon tout à fait arbitraire, comment l'individu peut-il exercer sa liberté?"

Roman essentiellement existentiel selon son auteure, Dissonances emprunte tout de même au roman historique son souci d'une certaine exactitude factuelle. Avec le concours de l'historienne Micheline Dumont et grâce à de longues recherches, l'écrivaine a pu propulser son personnage principal dans de véritables manifestations féministes - colloques, réunions - de l'époque.

Quant au soi-disant ressac des idées féministes chez les jeunes générations que d'aucuns évoquent, la récipiendaire du prix Alfred-Desrochers 2004 se dit optimiste, quoique vigilante. "Je ne suis pas quelqu'un qui lance la pierre. Elles sont jeunes encore. Au fil de leur vie, elles vont être confrontées dans leurs choix de vie et auront des prises de conscience", suppute-t-elle.

Portée par un désir d'"ancrer la fiction dans le réel", la romancière a également fait le choix de situer ses Dissonances dans la reine des Cantons. "C'est très important pour moi. On lit des romans français qui se passent dans des petits villages et on ne bronche pas. C'est une façon de faire vivre un lieu, de l'immortaliser. C'est ma façon de rendre hommage à Sherbrooke; je trouve important de la porter. Cette ville-là a un imaginaire qu'on doit transcrire, qu'on doit capter." Ce qui caractériserait cet imaginaire? "La proximité, répond-elle. Il n'y a rien qui est anonyme à Sherbrooke. Tout est facile d'accès."

AU SON DE L'OISEAU

Évocations des musiques de Bill Evans et de John Lewis et présence fugitive d'un certain Parker, personnage obsédé par le légendaire bopper Charlie Parker, marquent au sceau du jazz le dernier Lise Blouin.

"Je voulais un titre musical. J'ai beaucoup changé au fil des diverses versions. Je voulais trouver un terme musical qui rend compte des relations dans mon roman. Les relations sont parfois dissonantes, mais elles sont quand même accrochées à un thème, comme un thème musical. Parfois ça fausse, mais il y a un lien qui persiste", explique la mélomane qui, tous les jours, à l'heure de l'apéro, syntonise la radio jazz.

Un amour qui, pour l'écrivaine, s'est transformé en choix esthétique, puisqu'elle a tenté de transposer la proverbiale pulsion jazzistique à l'écrit. "J'ai beaucoup travaillé le rythme de mes phrases. Entre autres en enlevant beaucoup de virgules." Égrener les virgules comme un saxophoniste égrène les notes...

Dissonances
de Lise Blouin
XYZ éditeur, 2009, 272 p.

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30 mai 2009, 22:50
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Le prologue plein de promesses donne le goût de rencontrer Florence, présentée comme une battante sur la 4ième de couverture. L’histoire commence par sa naissance, et Florence grandit en même temps que les pages tournent. Dès les premiers chapitres, j’ai éprouvé de la difficulté à m’habituer à la narration à la troisième personne me donnant la nette impression de lire une biographie.

L’on comprends rapidement que Florence aura l'occasion de démontrer sa force de caractère, le destin s’acharne sur elle, disons que la guigne s’est arrêtée juste au-dessus de sa tête. Elle réagit par un réflexe peu commun ; aider les femmes démunies allant jusqu’à les héberger malgré que son fils en soit malheureux. Lui aussi est un homme fort puisque malgré toutes les contrariétés de la vie, à commencer par celles que sa mère lui fait subir, il deviendra tout de même un homme équilibré. Un aidant. Comme sa mère. Ça tombe bien puisque Éliane surgit dans leur vie. Cette flamboyante musicienne de jazz agit et réagit comme une vedette. Elle donne naissance à une fille, Camélie qu’elle entrevoit dès sa naissance comme une entrave à sa carrière. Et voilà la table mise pour nos deux aidants, mère et fils, qui ne manqueront pas de fil à retordre.

Des thèmes abordés, il y a la dyslexie, l’itinérance aussi, ce sera la musique qui prendra le dessus à travers Éliane, cette virtuose qui personnifie la femme artiste faisant passer son art avant la maternité. Est-ce parce que la femme de carrière qui passe pour une égoïste est une problématique dont on a beaucoup entendue parler mais je ne me suis pas sentie interpeler. Mal m’en pris, c’est le pilier du roman. Les actions tournent autour de l’aide à apporter à plus mal pris que soi. Que ce soit du fils à la mère, de la conjointe Mireille au fils mais essentiellement de Florence à Éliane et sa fille, Camélie. Cette dernière monopolisera les énergies des donneurs dans son champ environnant.

La trame de ce roman ciblant l’émotion de la désespérance à différents degrés est servie essentiellement par un style à la troisième personne. Je dois dire que la détresse, non abordée directement, me rejoint moins : « Raconte-moi comment tu as pu survivre à son décès. As-tu été aussi détruite qu’aujourd’hui ? Me rejoues-tu une scène semblable ? Je t’ai piquée, là. J’ai surpris un plissement de tes yeux, un serrement au coin de tes lèvres. Ça y est, tu retires ta main, tu repousses définitivement ton plat ... »

Certains chapitres donnent la parole au fils Samuel, ceux-ci sont au « je », et même chose pour Camélie sous forme d’extraits de lettres d’une dyslexique. Il est évident que Lise Blouin est une auteure au verbe facile, inspiré, et qu’elle a du souffle. Les lettres de Camélie et leur épice absurde dégageaient une poésie que j’ai appréciée.

Évidemment cette distance donnée par le style est une option défendable mais personnellement cela a joué contre mon attachement aux personnages. À tous les personnages. Leurs nombreux malheurs ne m’ont pas atteint, même pas un frisson sur le cœur. Sans jeu de mots, c’est bien malheureux. Si encore j’avais lu et vu une sincère interrogation de la part de Florence face à cette question soulevée au 4ième de couverture : « se dépenser sans compter pour les autres au risque d’y perdre son propre bonheur » est-ce la voie à emprunter ? Cela aurait suscité une tension qui, à mon avis, manque cruellement à cette histoire. Les réponses arrivent toutes cuites dans le bec du lecteur, c'en est presque de l'ordre du réflexe, Florence choisit d'aider son prochain.