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Selon le magazine Forbes, Rachael Ray fait 18 millions de dollars par année. Elle n'est ni une star du cinéma, ni la vedette d'un soap américain, ni une chanteuse pop. Sa spécialité? Les spatules, le batteur et l'art de bien choisir son huile d'olive. Rachael Ray est chef cuisinière vedette.
Je ne suis pas un bon cuisinier. Loin de là. Comme disait Woody Allen dans Stardust Memories, quand je m'essaie aux fourneaux, la cuisine a toujours l'air d'Hiroshima. Seulement, cette semaine, j'ai osé m'égarer dans la section "Cuisine" d'un stand à journaux, et la chose m'a frappé. Sur le tiers des pages couverture de magazines, un visage reconnaissable, une tronche de star, un regard déjà aperçu à la télévision. En 10 ans, la ligne entre "vedette" et "référence culinaire" s'est embrouillée, ce qui fait qu'une comédienne comme Patricia Paquin distribue maintenant son Moi & la cuisine et qu'une animatrice comme Clodine Desrochers fait fureur avec le magazine Tout simplement Clodine. Éditrice du magazine américain Gourmet, Ruth Reichl explique cette tendance par notre obsession de la célébrité. Désormais, la promesse de déguster un bon plat ne suffit plus pour capter l'attention. Tout est question de connexion personnelle. "Plus les gens peuvent s'identifier au chef ou à celui qui prépare le repas, plus ils seront portés à aller visiter son restaurant, à acheter son livre de recettes, à avoir une forme de contact avec lui", explique-t-elle. Si tout le monde a déjà eu sa Charlie's Angel préférée ou son Backstreet Boy favori, c'est maintenant son chef ou son chroniqueur vedette qu'il faut choisir. Les femmes ont donc Ricardo, les couples, le beau Louis-François Marcotte, les hipsters, Chuck Hughes, les ados, Bob le Chef, et les trois quarts de la population québécoise, Josée di Stasio. Pour ma part, on ne m'enlèvera jamais ma Sœur Angèle ou mon manuel de Recettes au "blender" de Juliette Huot de 1971.
En cette ère du multiplateforme, les chefs vedettes sont donc devenus les nouvelles stars omniprésentes de la culture populaire avec leurs lucratifs empires aux tentacules infinis: livres en librairie, sites Web, restaurants, accessoires de cuisine et produits dérivés, émissions de télévision en HD... Tout le monde y trouve son compte. Aux États-Unis, la Rachael Ray dont je parlais plus tôt possède ainsi quatre émissions de télévision sur le Food Network, un talk-show produit par Oprah Winfrey, un magazine lu par 1,5 million de lecteurs et un partenariat avec Dunkin' Donuts. La superstar autrichienne Wolfgang Puck, lui, possède 15 restaurants dont certains fréquentés par Brad Pitt et Jamie Foxx, des comptoirs de sandwichs dans les aéroports, des bistros de banlieue, une marque de soupe distribuée en épicerie et de la coutellerie vendue sur le Web. De la convergence sautée dans la poêle et mijotée au four à 450 oF. Servir bien chaud sur un lit de beaux billets verts.
Une orienteuse plutôt désorientée a déjà déconseillé à un de mes amis de se diriger vers des études en gastronomie. Pas d'argent à faire dans une cuisine. J'espère qu'elle est présentement en train de lire cette chronique.
Sexy chef
On aura beau dire ce qu'on voudra sur les milliards de dollars générés chaque année par cette industrie du divertissement culinaire, au bout du compte, c'est nous qui sortons gagnants de toute cette entreprise. À mettre en ondes des chefs cuisiniers plus sexy aux allures de mannequins, les réseaux de télévision ont en effet créé de nouveaux modèles et de nouveaux héros pouvant faire passer leur message et prêcher pour une meilleure alimentation. Des stars absolues de la cuisine comme le Britannique Jamie Oliver ont même donné envie aux hommes de cuisiner et de délaisser le football en adoptant une façon résolument moderne d'aborder la cuisine. Chef cuisinier le plus connu d'Angleterre grâce à ses émissions de télévision diffusées dans plus de 40 pays, Oliver a donné un grand coup en lançant à la fin de 2009 une application iPhone portant son nom et proposant aux utilisateurs du gadget des recettes quotidiennes réalisables en 20 minutes. En l'espace de quelques semaines, l'application vendue en ligne à 7,99 $ est devenue la plus populaire sur le site d'Apple au Royaume-Uni, présentant un nouveau modèle d'union entre la cuisine traditionnelle et la technologie du 21e siècle.
Avec ou sans tablier, les nouvelles stars du 21e siècle s'admirent maintenant le ventre plein, le livre de recettes ou le iPhone dans une main et le malaxeur dans l'autre. Bon appétit.
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